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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2109838

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2109838

mardi 3 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2109838
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantSELARL CORNET VINCENT SEGUREL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 3 septembre 2021 et le 20 décembre 2021, Mme A B, représentée par Me Flynn, demande au tribunal :

1°) d'annuler le certificat d'urbanisme négatif en date du 4 mai 2021 par lequel le maire de Saint-Malo-de-Guersac (Loire-Atlantique) a déclaré irréalisable l'opération projetée consistant en la construction d'une maison d'habitation sur la parcelle cadastrée section 176 AM n°549 au 132, rue du Pin, sur la commune de Saint-Malo-de-Guersac, ainsi que la décision de rejet de son recours gracieux ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Saint-Malo-de-Guersac le versement d'une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que la décision attaquée est illégale, dès lors qu'elle est prise sur le fondement des dispositions de l'article ULa 3 du plan local d'urbanisme intercommunal, qui méconnaissent les dispositions de l'article L. 101-2 du code de l'urbanisme, sont incohérentes avec les objectifs du projet d'aménagement et de développement durables qui visent à favoriser la densification et la revitalisation des centres urbains ainsi que la lutte contre l'étalement urbain, et sont entachées d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation.

Par des mémoires en défense, enregistré le 4 octobre 2021 et le 5 janvier 2022, la commune de Saint-Malo-de-Guersac, représentée par Me Marchand, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge de la requérante à lui verser au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Thomas, première conseillère,

- les conclusions de M. Marowski, rapporteur public,

- les observations de Me Rioual, substituant Me Flynn, avocat de Mme B,

- les observations de Me Léon, substituant Me Marchand, avocat de la commune de Saint-Malo-de-Guersac.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B est propriétaire de la parcelle cadastrée section AM n°549, d'une superficie de 711 m2, située au 132, rue du Pin à Saint-Malo-de-Guersac et classée en zone ULa par le plan local d'urbanisme intercommunal (PLUi) de la communauté d'agglomération de la région nazairienne et de l'estuaire (CARENE). Le 12 mars 2021, elle a présenté une demande de certificat d'urbanisme opérationnel au titre des dispositions du b) de l'article L. 410-1 du code de l'urbanisme portant sur la faisabilité d'un projet de construction d'une maison individuelle d'habitation d'une superficie de 70 m2 sur cette parcelle. Par un arrêté du 4 mai 2021, le maire de Saint-Malo-de-Guersac a déclaré non réalisable l'opération projetée au motif que la construction d'une maison individuelle en second rideau, que prévoit le projet, est interdite par les dispositions de l'article ULa 3.1.2 du règlement du plan local d'urbanisme applicable à la zone ULa. Mme B demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 4 mai 2021, ainsi que la décision de rejet de leur recours gracieux contre cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

S'agissant de la légalité des dispositions de l'article ULa 3.1.2. du règlement du PLUi de la CARENE :

2. D'une part, aux termes de l'article L. 101-2 du code de l'urbanisme, dans sa rédaction applicable au litige : " Dans le respect des objectifs du développement durable, l'action des collectivités publiques en matière d'urbanisme vise à atteindre les objectifs suivants : / 1° L'équilibre entre : / () / b) Le renouvellement urbain maitrisé, la restructuration des espaces urbanisés, la revitalisation des centres urbains et ruraux ; / c) Une utilisation économe des espaces naturels, la préservation des espaces affectés aux activités agricoles et forestières et la protection des sites, des milieux et paysages naturels ; / () / 3° La diversité des fonctions urbaines et rurales et la mixité sociale dans l'habitat, en prévoyant des capacités de construction et de réhabilitation suffisantes pour la satisfaction, sans discrimination, des besoins présents et futurs de l'ensemble des modes d'habitat, d'activités économiques, touristiques, sportives, culturelles et d'intérêt général ainsi que d'équipements publics et d'équipement commercial, en tenant compte en particulier des objectifs de répartition géographiquement équilibrée entre emploi, habitat, commerces et services, d'amélioration des performances énergétiques, de développement des communications électroniques, de diminution des obligations de déplacements motorisés et de développement des transports alternatifs à l'usage individuel de l'automobile ; / () / 6° La protection des milieux naturels et des paysages, la préservation de la qualité de l'air, de l'eau, du sol et du sous-sol, des ressources naturelles, de la biodiversité, des écosystèmes, des espaces verts ainsi que la création, la préservation et la remise en bon état des continuités écologiques ; / () ". Ces dispositions imposent seulement aux auteurs des documents d'urbanisme d'y faire figurer des mesures tendant à la réalisation des objectifs qu'elles énoncent. Il en résulte que le juge administratif exerce un simple contrôle de compatibilité entre ces documents et les dispositions de l'article L. 101-2 du code de l'urbanisme.

3. D'autre part, aux termes de l'article L. 151-2 du code de l'urbanisme : " Le plan local d'urbanisme comprend : / 1° Un rapport de présentation ; / 2° Un projet d'aménagement et de développement durables ; / 3° Des orientations d'aménagement et de programmation ; / 4° Un règlement ; / () ". Aux termes de l'article L. 151-4 de ce code : " Le rapport de présentation explique les choix retenus pour établir le projet d'aménagement et de développement durables, les orientations d'aménagement et de programmation et le règlement. / () ". En vertu de l'article L. 151-5 du code de l'urbanisme, le projet d'aménagement et de développement durables du plan local d'urbanisme définit notamment " les orientations générales des politiques d'aménagement, d'équipement, d'urbanisme, de paysage, de protection des espaces naturels, agricoles et forestiers, et de préservation ou de remise en bon état des continuités écologiques " et " fixe des objectifs chiffrés de modération de la consommation de l'espace et de lutte contre l'étalement urbain ". Aux termes de l'article L. 151-8 de ce code : " Le règlement fixe, en cohérence avec le projet d'aménagement et de développement durables, les règles générales et les servitudes d'utilisation des sols, permettant d'atteindre les objectifs mentionnés aux articles L. 101-1 à L. 101-3 ". Aux termes de l'article L. 151-9 du même code : " Le règlement délimite les zones urbaines ou à urbaniser et les zones naturelles ou agricoles et forestières à protéger. / Il peut préciser l'affectation des sols selon les usages principaux qui peuvent en être faits ou la nature des activités qui peuvent y être exercées et également prévoir l'interdiction de construire. / () ". Aux termes de l'article L. 151-17 du même code : " Le règlement peut définir, en fonction des circonstances locales, les règles concernant l'implantation des constructions ".

4. Aux termes de l'article ULa 3.1.2 du règlement du règlement du PLUi de la CARENE : " Tout ou partie des façades des constructions doit s'implanter à l'alignement ou jusqu'à 5 mètres dudit alignement () dans les communes de la Chapelle des Marais et Saint-Malo-de-Guersac, les constructions destinées à l'habitation en second rideau sont interdites ".

5. Il appartient à l'autorité locale de définir les partis d'urbanisme que traduit le plan local d'urbanisme dans le respect des dispositions du code de l'urbanisme.

6. Dès lors, la légalité des prescriptions d'un plan local d'urbanisme ayant pour effet d'interdire dans une zone urbaine la plupart des constructions nouvelles s'apprécie au regard du parti d'urbanisme retenu, défini notamment par les orientations générales et par les objectifs du projet d'aménagement et de développement durables.

7. En l'espèce, d'une part, le plan d'aménagement et de développement durables (PADD) fixe comme objectif " une gestion économe et responsable de l'espace ". A ce titre, il prévoit la limitation de la consommation des espaces naturels et agricoles, en visant notamment à l'échelle de l'agglomération et selon le contexte, de chaque commune une " réduction de la consommation d'espaces agricoles, naturels et forestiers de 35% par rapport aux extensions de l'urbanisation observées entre 1999 et 2012 ".

8. Mais d'autre part, le PADD fixe également comme objectif le maintien d'" un territoire à très haute qualité résidentielle " et la préservation des spécificités urbanistiques du territoire. A cette fin, il prévoit notamment la préservation des " sites plus champêtres qui bénéficient de l'image positive du Parc naturel régional de Brière " et de " la qualité urbaine des centralités communales ". Il se fixe pour objet " d'encadrer strictement l'urbanisation à la campagne pour ne pas déstabiliser les équilibres communaux et préserver la qualité architecturale et paysagère de ces espaces ". Il mentionne également que " les villages, les îles de Brière et les hameaux structurés autour d'un noyau d'habitat ancien, doivent continuer à participer à la diversité des formes urbaines de l'agglomération. Leur urbanisatin doit se faire dans le respect des principes de confortement des centralités, de réduction de la consommation, de la prise en compte de la sensibilité environnementale et agricole, de maintien d'un cadre de vie qualitatif dans ces secteurs () ".

9. Le rapport de présentation du PLUi définit la zone ULa comme comprenant " les secteurs d'habitation situés en bordure des marais, sur les franges (ou la ceinture) des îles de Brière. Il s'agit de secteurs pavillonnaires qui ont gardé une structure d'ile, puisque le parcellaire est encore généralement en lanières () Ces secteurs ont conservé une partie de leur implantation bâtie traditionnelle, c'est-à-dire une implantation de la construction discontinue et en pignon rue sur un parcellaire étroit en lanières ". L'interdiction de constructions d'habitation en second rideau vise à répondre, selon ce rapport, à l'objectif de préservation de ces secteurs.

10. Il en ressort que le PADD articule ces deux objectifs, visant à la densification des secteurs urbanisés tout en préservant leur identité et leur qualité résidentielle, architecturale et paysagère, en particulier lorsque leur parcellaire est en lanière. Les auteurs du PLUi de la CARENE ont ainsi entendu préserver la morphologie urbaine des secteurs urbanisés du parc naturel régional des marais de Brière caractérisés par un parcellaire en lanières, en privilégiant l'implantation des constructions à usage d'habitation le long des voies et l'existence d'espaces paysagers et naturels à l'arrière de ces constructions. Ce parti d'aménagement s'est traduit par l'interdiction, dans la zone ULa, des constructions à usage d'habitation en second rang. Il en résulte que les dispositions précitées de l'article ULa 3.1.2 du règlement du PLUi applicable à la zone ULa sont cohérentes avec les objectifs du PADD. Et, eu égard à ce qui a été dit, ces dispositions ne sont entachées ni d'une erreur de droit ni d'une erreur manifeste d'appréciation.

11. Alors que le PADD prévoit par ailleurs de limiter l'étalement urbain à l'échelle de la communauté d'agglomération, conformément à l'objectif d'utilisation économe des espaces naturels énoncé à l'article L. 101-2 du code de l'urbanisme précité, l'encadrement de l'urbanisation dans les secteurs d'habitation situés en bordure d'espaces naturels, par les dispositions précitées de l'article ULa 3.1.2 du règlement du PLUi applicable à la zone ULa en ce qu'elles interdisent l'implantation en second rang constructions à fin d'habitation, est par ailleurs conforme à l'objectif de protection des sites, des milieux et paysages naturels également énoncé à cet article. Par suite, le moyen tiré de l'incompatibilité des dispositions précitées de l'article ULa 3.1.2 du règlement du PLUi applicable à la zone ULa avec les dispositions de cet article L. 101-2 du code de l'urbanisme doit être écarté.

12. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'illégalité, par la voie de l'exception, des dispositions précitées de l'article ULa 3.1.2 du règlement du PLUi applicable à la zone ULa, doit être écarté.

S'agissant de la méconnaissance par le projet de l'article ULa du règlement du PLUi :

13. Alors que les dispositions de l'article ULa 3.1.2 du règlement du PLUi de la CARENE applicable à la zone ULa ont pour objet d'interdire l'implantation des constructions à destination d'habitation situées au second rang par rapport aux voies publiques, le projet de Mme B prévoit l'implantation d'une construction en second rideau de la rue du Pin, sur un terrain d'assiette séparé de cette voie par les parcelles déjà bâties cadastrées section AMn°548 et 547. Par suite, l'opération projetée, méconnaissait les dispositions de l'article ULa 3.1.2 du règlement du PLUi de la CARENE et ne pouvait qu'être déclarée non réalisable.

14. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme B doit être rejetée en toutes ses conclusions. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à sa charge une somme à verser à la commune de Saint-Malo-de-Guersac au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de la commune de Saint-Malo-de-Guersac au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et à la commune de Saint-Malo-de-Guersac.

Délibéré après l'audience du 5 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Douet, présidente,

Mme Thomas, première conseillère,

M. Brémond, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 décembre 2024.

La rapporteure,

S. THOMAS

La présidente,

H. DOUET

Le greffier

F. LAINÉ

La République mande et ordonne

au préfet de la Loire-Atlantique

en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce

requis en ce qui concerne les voies de droit commun

contre les parties privées, de pourvoir

à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

le greffier,

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