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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2110019

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2110019

jeudi 31 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2110019
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantSCP PIGEAU CONTE MURILLO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 8 septembre 2021, M. B A, représenté par Me Murillo, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 17 juin 2021 par lequel le préfet de la Sarthe lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Sarthe, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, ou, à défaut, de réexaminer sa situation, dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte, en lui délivrant dans l'attente un récépissé de demande de titre de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision a été prise par une personne incompétente ;

- elle est intervenue à l'issue d'une procédure irrégulière en l'absence de saisine préalable de la commission du titre de séjour ;

- la décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que son admission au séjour ne porte aucune atteinte à l'ordre public ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales alors qu'il réside en France depuis 2001 où vivent sa mère et sa sœur toutes deux ressortissantes françaises.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 novembre 2022, le préfet de la Sarthe conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 20 septembre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Thomas, première conseillère, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant ouzbek né le 18 novembre 1979, bénéficiant d'un titre de séjour pluriannuel pour motif médical valable jusqu'au 18 septembre 2020, en a sollicité le renouvellement. Par une décision du 17 juin 2021, dont M. A demande au tribunal l'annulation, le préfet de la Sarthe a pris à son encontre un refus de renouvellement de son titre de séjour.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Il ressort des mentions de l'arrêté attaqué que le préfet de la Sarthe a refusé de faire droit à la demande de renouvellement de carte de séjour pluriannuelle de M. A au motif que sa présence en France constitue une menace à l'ordre public.

3. D'une part, aux termes des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile: " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat ".

4. D'autre part, aux termes de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La circonstance que la présence d'un étranger en France constitue une menace pour l'ordre public fait obstacle à la délivrance et au renouvellement de la carte de séjour temporaire, de la carte de séjour pluriannuelle et de l'autorisation provisoire de séjour prévue aux articles L. 425-4 ou L. 425-10 ainsi qu'à la délivrance de la carte de résident et de la carte de résident portant la mention " résident de longue durée-UE " ". Selon l'article L. 432-1 du même code : " La délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident peut, par une décision motivée, être refusée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public. ".

5. Enfin, aux termes de l'article L. 432-13 du même code : " Dans chaque département, est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : 1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-13, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21, L. 423-22, L. 423-23, L. 425-9 ou L. 426-5 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance () ".

6. Il résulte de ces dispositions que dès lors qu'un étranger auquel le préfet envisage de refuser le séjour remplit effectivement toutes les conditions prévues à l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet est tenu de soumettre son cas à la consultation de la commission du titre de séjour prévue par l'article L. 432-13 du même code, sans que puisse y faire obstacle la circonstance que sa présence en France constitue une menace à l'ordre public.

7. Il n'est pas contesté par le préfet en défense que l'état de santé de M. A, titulaire d'une carte de séjour pluriannuelle délivrée pour raisons médicales et valable du 19 septembre 2018 au 18 septembre 2020, répondait aux conditions prévues à l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors, le préfet ne pouvait légalement se fonder sur le risque de troubles à l'ordre public que constitue effectivement la présence en France de M. A, pour ne pas saisir la commission du titre de séjour. Par suite, le préfet de la Sarthe a méconnu les dispositions de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et la décision attaquée du 17 juin 2021 doit être annulée pour ce motif.

8. Aucun des autres moyens soulevés par le requérant n'est susceptible d'entraîner l'annulation de la décision attaquée de refus de délivrance d'un titre de séjour. En particulier, dès lors qu'il ressort des pièces du dossier que le requérant, mis en cause à plusieurs reprises pour des faits de vols avec violence, de détention d'arme non autorisée, de refus d'obtempérer et de conduite sous l'empire d'un état alcoolique, a été condamné à un total de six mois d'emprisonnement par des jugements du tribunal correctionnel du Mans du 18 janvier 2019, du 11 septembre 2019 et du président du tribunal de grande instance du Mans du 10 octobre 2019, eu égard à la nature et au caractère récent de ces infractions, et quand bien même, ainsi que le soutient le requérant, elles trouveraient leur explication dans des troubles psychiatriques dont il est atteint, le préfet a pu légalement estimer que la présence en France de l'intéressé constitue une menace pour l'ordre public et qu'il y avait lieu de refuser de lui délivrer un titre de séjour.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

9. Eu égard à ses motifs, le présent jugement implique seulement qu'il soit enjoint au préfet de la Sarthe de réexaminer la demande de renouvellement de titre de séjour pour motif médical de M. A, en particulier, en saisissant la commission du titre de séjour dans un délai de deux mois à compter du présent jugement. Il n'y a pas lieu dans les circonstances de l'espèce d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

10. M. A ayant obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Murillo renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 100 euros.

D É C I D E :

Article 1er : La décision du préfet de la Sarthe du 17 juin 2021 est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Sarthe de réexaminer la demande de renouvellement de titre de séjour pour motif médical de M. A dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à Me Murillo, la somme de 1 100 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Murillo renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, au préfet de la Sarthe et à Me Murillo.

Délibéré après l'audience du 1er octobre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Douet, présidente,

Mme Thomas, première conseillère,

M. Brémond, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 octobre 2024.

La rapporteure,

S. THOMAS

La présidente,

H. DOUETLa greffière,

L. LÉCUYER

La République mande et ordonne au préfet de la Sarthe en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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