vendredi 26 août 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2110075 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | ex 5ème Chambre |
| Avocat requérant | GUILBAUD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 9 septembre 2021, M. D B, représenté par Me Guilbaud, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 14 décembre 2020 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office lorsque le délai sera expiré ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique, à titre principal de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " et à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa demande de titre de séjour, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard et, en tout état de cause, de lui délivrer dans l'un et l'autre cas une autorisation provisoire de séjour le temps de la délivrance du titre sollicité ou du réexamen de sa situation, dans un délai de cinq jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat, en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative, la somme de 1 500 euros au profit de son conseil qui renoncera, dans cette hypothèse, à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :
- elle n'est pas suffisamment motivée ;
- elle n'a pas été précédée de l'examen de sa situation personnelle ;
- elle est entachée d'une méconnaissance du 7° de l'article L. 313-11, du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une méconnaissance de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour la prive de base légale ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de l'intéressé et elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
S'agissant de la décision fixant le pays de destination :
- elle n'est pas suffisamment motivée ;
- l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français la prive de base légale.
Par un mémoire en défense, enregistré le 2 juin 2022, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.
M. B a été admis à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 10 août 2021.
Vu les pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement du royaume du Maroc en matière de séjour et d'emploi du 9 octobre 1987 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction antérieure à l'entrée en vigueur des dispositions de l'ordonnance n° 2020-1733 du 16 décembre 2020 et du décret n° 2020-1734 du 16 décembre 2020 ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et son décret d'application n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Livenais, président-rapporteur,
- et les observations de Me Guilbaud, représentant M. B.
Considérant ce qui suit :
1. M. D B, ressortissant marocain né le 24 mars 1959, déclare être entré irrégulièrement en France au cours de l'année 1979. Il a bénéficié de divers titres de séjour en qualité de conjoint de ressortissant français, puis de parent d'enfant français et, en dernier lieu, une carte de résident valable de novembre 1998 à novembre 2008. M. B, qui n'a pas sollicité ou obtenu le renouvellement de ce dernier titre après son expiration, a sollicité du préfet de la Loire-Atlantique la délivrance d'un titre de séjour sans préciser le fondement de sa demande. Sa demande a été rejetée par un arrêté du 14 décembre 2020 portant en outre obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office lorsque le délai sera expiré. M. B demande au tribunal d'annuler cet arrêté.
Sur la légalité de la décision portant refus de titre de séjour :
2. En premier lieu, la décision portant refus de délivrer un titre de séjour, prise au visa, notamment, de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de l'accord franco-marocain et des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dont elle fait application, indique avec une précision suffisante les éléments de fait propres à la situation personnelle de M. B justifiant que lui soit refusé la délivrance d'un titre de séjour. Ainsi, cette décision est suffisamment motivée tant en droit qu'en fait.
3. En deuxième lieu, contrairement à ce que soutient M. B, il ressort de la motivation de la décision attaquée que le préfet de la Loire-Atlantique a procédé à l'examen de sa situation personnelle et familiale avant de décider de lui refuser la délivrance d'un titre de séjour, le préfet n'étant au demeurant pas tenu de faire état de l'intégralité des éléments relatifs à cette situation et ne pouvant faire état que des faits portés à sa connaissance par l'intéressé. Par suite, le moyen tiré de l'absence d'examen de la situation de M. B doit être écarté.
4. En troisième lieu, M. B n'établit pas avoir formulé une demande de titre de séjour sur le fondement des dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et il ne ressort pas des termes de la décision attaquée que le préfet de la Loire-Atlantique aurait examiné d'office sa demande sur ce fondement, quand bien même le préfet lui a demandé de produire des éléments attestant de sa présence sur le territoire qui auraient pu être utilisés pour apprécier l'opportunité de régulariser sa situation au regard de sa vie privée et familiale. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers est inopérant et doit être écarté.
5. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ".
6. M. B se prévaut de sa présence en France depuis 41 ans. Cependant M. B n'établit pas, par les pièces qu'il produit, avoir séjourné de manière continue sur le territoire national au cours de la totalité de cette période et, en tout état de cause, postérieurement à l'expiration de sa carte de résident intervenue au cours du mois de novembre 2008, les seuls documents présentés par M. B au titre de la période courant de la fin de la validité de ce titre de séjour jusqu'à la date de la décision attaquée ne permettant pas de caractériser une présence constante de M. B sur le territoire français. En outre, l'intéressé, qui a divorcé de son épouse, Mme C, en 1996, ne saurait soutenir que l'ensemble de ses intérêts familiaux sont établis sur le territoire français, d'une part au motif que ses deux fils, âgés de 31 et de 37 ans respectivement, sont de nationalité française, l'un de ces fils résidant d'ailleurs hors du territoire français, dans la mesure où il ne justifie pas de l'intensité des liens qu'il conserve avec son fils établi en France. D'autre part, si M. B soutient qu'il entretient depuis 2008 une relation sentimentale avec Mme A, ressortissante française, la durée effective et la continuité de la communauté de vie avec cette dernière n'est pas suffisamment établie par les pièces du dossier. M. B ne fait état d'aucune autre relation d'une particulière intensité, durée ou stabilité en dépit de sa durée alléguée de séjour sur le territoire français. Enfin, le requérant ne justifie pas davantage d'une intégration sociale et professionnelle durable sur le territoire français en produisant plusieurs bulletins de salaire et des relevés de retraite complémentaire démontrant qu'il a travaillé de façon ponctuelle dans le cadre de contrats d'intérim ou à durée déterminée. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée porterait une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
7. En cinquième et dernier lieu, aux termes de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction alors en vigueur : " La carte de séjour temporaire mentionnée à l'article L. 313-11 ou la carte de séjour temporaire mentionnée au 1° de l'article L. 313-10 sur le fondement du troisième alinéa de cet article peut être délivrée, sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, à l'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 311-7. () ". Si M. B se prévaut des mêmes éléments, notamment familiaux, que ceux évoqués précédemment au point 6, ces circonstances ne suffisent toutefois pas à caractériser l'existence de considérations humanitaires ou de motifs exceptionnels au sens des dispositions précitées de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Ainsi, le préfet n'a pas entaché sa décision d'une méconnaissance de ces dispositions. Pour les mêmes motifs de fait, il n'a pas davantage entaché sa décision d'erreur manifeste d'appréciation.
Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
8. D'une part, l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour n'étant pas établie, eu égard à ce qui vient d'être dit, le moyen tiré par voie de conséquence de l'illégalité de cette décision, que M. B invoque à l'encontre de la décision l'obligeant à quitter le territoire français, ne peut qu'être écarté.
9. D'autre part, il résulte de ce qui vint d'être dit aux points précédents qu'en décidant d'obliger l'intéressé à quitter le territoire français, le préfet de la Loire-Atlantique n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur la situation personnelle du requérant.
Sur la légalité de la décision fixant le pays de destination :
10. D'une part, la décision fixant le pays de destination comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Elle vise notamment les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article L. 513-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En outre, elle mentionne que l'intéressé n'établit pas que sa vie ou sa liberté sont menacées dans son pays d'origine ou qu'il y est exposé à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. Elle est, dès lors, suffisamment motivée.
11. D'autre part, l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français n'étant pas établie, eu égard à ce qui vient d'être dit, le moyen tiré par voie de conséquence de l'illégalité de ces décisions, que M. B invoque à l'encontre de la décision fixant le pays de destination, ne peut qu'être écarté.
12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées, ainsi par voie de conséquence que ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et sa demande présentée au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
D É C I D E:
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D B, à Maitre Louise Guilbaud et au préfet de la Loire-Atlantique.
Délibéré après l'audience du 17 juin 2022, à laquelle siégeaient :
M. Livenais, président,
Mme Rosemberg, première conseillère,
M. Huin, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 août 2022.
Le président-rapporteur,
Y. LIVENAISL'assesseure la plus ancienne
dans l'ordre du tableau,
V. ROSEMBERG
La greffière,
L. BILLAUD
La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
mt
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026