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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2110101

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2110101

mardi 7 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2110101
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantSCP PIGEAU CONTE MURILLO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 9 septembre 2021, M. B D, représenté par Me Murillo, demande au tribunal :

1°) d'annuler les arrêtés du 12 juillet 2021 par lesquels le préfet de la Sarthe a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire sans délai, l'a interdit de retour sur le territoire français pendant une durée de douze mois et l'a assigné à résidence dans le département de la Sarthe pour une durée de quarante-cinq jours ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Sarthe de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " salarié " ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour durant ce réexamen, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de cinquante euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros qui devra être versée à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

M. D soutient que :

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

- il n'est pas établi que la décision a été prise par une autorité compétente ;

- la décision n'est pas suffisamment motivée ;

- le préfet n'a pas procédé à l'examen particulier de sa situation personnelle avant de prendre la décision litigieuse ;

- la décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 412-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et du 3° de l'article L. 412-2 du même code, dès lors qu'il n'était pas tenu de produire un visa de long séjour à l'appui de sa demande et que son acte de naissance est authentique, contrairement à ce qu'a retenu le préfet ;

- la décision méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits humains et des libertés fondamentales ;

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- il n'est pas établi que la décision a été prise par une autorité compétente ;

- la décision n'est pas suffisamment motivée ;

- la décision méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits humains et des libertés fondamentales ;

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an :

- il n'est pas établi que la décision a été prise par une autorité compétente ;

- la décision n'est pas suffisamment motivée ;

- la décision méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits humains et des libertés fondamentales ;

Sur la décision portant assignation à résidence :

- il n'est pas établi que la décision a été prise par une autorité compétente ;

- l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français prive de base légale la décision portant assignation à résidence.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 septembre 2021, le préfet de la Sarthe conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par M. D n'est fondé.

Par un jugement du 15 septembre 2021, la magistrate désignée par le président du tribunal a statué sur les conclusions de la requête visée ci-dessus tendant à l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français, de la décision fixant le pays de destination et de la décision portant assignation à résidence pendant une durée de quarante-cinq jours.

Par décision du 13 septembre 2021, la section administrative du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Nantes a admis M. D au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Par une ordonnance du 16 octobre 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 7'novembre 2023.

Par un courrier du 23 octobre 2024, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de ce que l'arrêté du 12 juillet 2021 trouve également sa base légale dans les stipulations de la convention relative à la circulation et au séjour des personnes entre le gouvernement de la République française et le gouvernement de la République togolaise, du 13 juin 1996.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits humains et des libertés fondamentales ;

- la convention entre le gouvernement de la République française et le gouvernement de la République togolaise relative à la circulation et au séjour des personnes (ensemble deux échanges de lettres), signée à Lomé le 13 juin 1996, approuvée par la loi n° 98-237 du

1er avril 1998 et publiée par le décret n° 2001-1268 du 20 décembre 2001 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Jégard a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B D, ressortissant togolais né en 1964, déclare être entré en France le 1er mars 2017. Sa demande d'asile a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) le 31 mars 2018 et son recours contre cette décision a été rejeté par la cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 28 février 2019. Par une décision du 5 mars 2019, le préfet de la Sarthe a prononcé à son endroit une obligation de quitter le territoire français. Sa requête contre cette décision a été rejetée par le jugement n°'1903385 du 6 septembre 2019 du tribunal et son appel contre ce jugement a été rejeté par l'ordonnance n°'19NT04678 du

7 mai 2020 du président de la cour administrative d'appel de Nantes. Par un courrier reçu par les services préfectoraux le 16 décembre 2020, M. D a présenté une demande de titre

" salarié ". Par un arrêté du 12 juillet 2021, le préfet de la Sarthe a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée d'un an. Par un second arrêté du même jour, il l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours. Par sa requête, M.'D demande l'annulation de ces arrêtés.

2. Compte tenu de l'édiction de l'assignation à résidence à l'égard de M. D, le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Nantes a, en application de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur, statué sur les conclusions tendant à l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français, de la décision fixant le pays de destination, de l'interdiction de retour sur le territoire français pendant un an et de l'assignation à résidence. Il a rejeté ces conclusions par un jugement du

15 septembre 2021. Il appartient à la formation collégiale du tribunal de statuer, d'une part, sur les conclusions de M.'D tendant à l'annulation de la décision relative au séjour prise par le préfet de la Sarthe dans son arrêté pris à son endroit le 12 juillet 2021, d'autre part, sur ses conclusions à fin d'injonction.

3. En premier lieu, par un arrêté du 4 mai 2020 publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet de la Sarthe a donné délégation à M. E A, directeur de cabinet, signataire de l'arrêté litigieux, à l'effet de signer tous arrêtés relevant des attributions de l'État dans le département de la Sarthe à l'exception de certaines catégories d'actes parmi lesquels ne figurent pas les décisions prises en matière de police des étrangers, en cas d'absence ou d'empêchement de M. C Baron, secrétaire général, dont il n'est pas soutenu qu'il n'aurait pas été absent ou empêché. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté attaqué manque en fait et doit être écarté.

4. En deuxième lieu, la décision attaquée comporte l'indication des considérations utiles de droit et de fait qui constituent le fondement du refus de séjour opposé à M. D. Par suite, ce dernier n'est pas fondé à soutenir que cette décision serait insuffisamment motivée.

5. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier, eu égard notamment aux motifs de la décision contestée, que le préfet a procédé à un examen particulier de la situation personnelle de M. D avant de refuser de lui délivrer un titre de séjour. Dès lors, le moyen tiré de ce qu'un tel examen n'aurait pas été opéré doit être écarté.

6. En quatrième lieu, les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatives aux différents titres de séjour qui peuvent être délivrés aux étrangers en général et aux conditions de leur délivrance s'appliquent, ainsi que le rappelle l'article L. 110-1 du même code, " sous réserve () des conventions internationales ". L'article 4 de la convention francotogolaise du 13 juin 1996 stipule': " Pour un séjour de plus de trois mois, () les ressortissants togolais à l'entrée sur le territoire français doivent être munis d'un visa de long séjour et des documents justificatifs prévus aux articles 5 à 9 ci-après, en fonction de la nature de leur séjour ou de leur installation ". Aux termes de l'article 5 de cette même convention : " Les ressortissants de chacun des États contractants désireux d'exercer sur le territoire de l'autre État une activité professionnelle salariée doivent en outre, pour être admis sur le territoire de cet État, justifier de la possession : / 1° d'un certificat de contrôle médical établi dans les deux mois précédant le départ et délivré : () / - en ce qui concerne l'entrée en France, par le consulat de France compétent, après un examen subi sur le territoire togolais devant un médecin agréé par le consulat en accord avec les autorités togolaises ; / 2° d'un contrat de travail visé par le ministère du travail de l'État d'accueil conformément à sa législation ". Enfin, l'article 13 de cette convention stipule : " Les points non traités par la présente convention sont régis par la législation interne de chaque État ".

7. Il résulte de ces stipulations que les articles L. 412-1 et L. 412-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne sont pas applicables aux ressortissants togolais désireux d'exercer une activité salariée en France, dont la situation est régie par les articles 4 et 5 de la convention francotogolaise précitée. Par suite, c'est à tort que le préfet de la Sarthe s'est fondé sur ces dispositions pour refuser de délivrer à M. D un titre de séjour portant la mention " salarié ".

8. Lorsqu'il constate que la décision contestée devant lui aurait pu être prise, en vertu du même pouvoir d'appréciation, sur le fondement d'un autre texte que celui dont la méconnaissance est invoquée, le juge de l'excès de pouvoir peut substituer ce fondement à celui qui a servi de base légale à la décision attaquée, sous réserve que l'intéressé ait disposé des garanties dont est assortie l'application du texte sur le fondement duquel la décision aurait dû être prononcée. Une telle substitution relevant de l'office du juge, celui-ci peut y procéder de sa propre initiative, au vu des pièces du dossier, mais sous réserve, dans ce cas, d'avoir au préalable mis les parties à même de présenter des observations sur ce point.

9. En l'espèce, la décision du 12 juillet 2021 refusant de délivrer à M. D un titre de séjour " salarié " trouve son fondement légal dans les stipulations précitées des articles 4 et 5 de la convention francotogolaise qui peuvent être substituées aux dispositions des articles L. 412-1 et L. 412-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dont l'arrêté attaqué fait application, dès lors, d'une part, que les stipulations de l'article 5 de la convention francotogolaise et les dispositions de l'article L. 412-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sont équivalentes au regard des garanties qu'elles prévoient, d'autre part, que l'administration dispose, le cas échéant, du même pouvoir d'appréciation pour appliquer l'un ou l'autre de ces deux textes.

10. Pour refuser le titre sollicité, le préfet de la Sarthe s'est fondé d'une part sur l'absence de visa de long séjour et d'autre part sur l'absence de motif exceptionnel ou de circonstance humanitaire justifiant une régularisation. Il a ajouté, " au surplus ", que ses actes de l'état civil étaient apocryphes.

11. Il résulte des stipulations de l'article 4 de la convention, citées au point 6 qu'à l'appui de sa demande de titre de séjour, M. D devait présenter un visa de long séjour. Dès lors, la décision attaquée n'est entachée ni d'erreur de droit ni d'erreur manifeste d'appréciation. Eu égard à son pouvoir d'appréciation, le préfet de la Sarthe aurait pu refuser le titre de séjour sollicité sur ce seul motif. Dès lors, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation du caractère apocryphe des actes de l'état civil n'est pas susceptible d'entacher d'illégalité la décision contestée.

12. En cinquième et dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits humains et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

13. M. D fait valoir résider en France depuis 2017, où il vit chez sa cousine et aurait noué des amitiés. Toutefois, d'une part ses allégations ne sont pas établies, d'autre part le préfet de la Sarthe fait valoir sans être contesté que son épouse et ses sept enfants vivent au Togo, ou l'intéressé a vécu une cinquantaine d'années. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits humains et des libertés fondamentales doit être écarté.

14. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. D doit être rejetée, y compris en ce qu'elle comporte des conclusions à fin d'injonction et une demande fondée sur les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : Le surplus des conclusions de la requête de M. D est rejeté.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B D, à Me Murillo et au préfet de la Sarthe.

Délibéré après l'audience du 4 décembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Rimeu, présidente,

M. Jégard, premier conseiller,

Mme El Mouats-Saint-Dizier, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 janvier 2025.

Le rapporteur,

X. JÉGARDLa présidente,

S. RIMEU

La greffière,

A. GOUDOU

La République mande et ordonne au préfet de la Sarthe en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun

contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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