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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2110241

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2110241

vendredi 5 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2110241
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantLEVI-CYFERMAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 14 septembre 2021 et 9 novembre 2023, M. D A, représenté par Me Levi-Cyferman, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 4 juin 2021 par laquelle le ministre de l'intérieur a ajourné à deux ans sa demande de naturalisation ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de lui octroyer la nationalité française ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 100 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il n'est pas établi que la décision attaquée a été signée par une autorité compétente ;

- la décision est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa demande ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il remplit toutes les conditions pour être naturalisé et que les faits qui lui sont reprochés sont anciens ;

- elle est entachée d'erreur de droit au regard des dispositions des articles 21-23 et 21-27 du code civil dès qu'il n'a pas fait l'objet de condamnation en raison de son séjour irrégulier sur le territoire national.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 septembre 2022, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Benoist ;

- les observations de M. A, en l'absence de son avocat.

Considérant ce qui suit :

1. M. D A, ressortissant congolais, a déposé une demande de naturalisation auprès du préfet de la Seine-Saint-Denis qui a, par une décision du 1er février 2021, ajourné à deux ans sa demande. Il a formé un recours contre cette décision auprès du ministre de l'intérieur, qui a confirmé cet ajournement par une décision du 4 juin 2021, au motif qu'il a séjourné irrégulièrement sur le territoire français de 2008 à 2014 et a ainsi méconnu la législation relative à l'entrée et au séjour des étrangers en France. Par sa requête, M. A demande l'annulation de la décision du 4 juin 2021.

2. En premier lieu, par une décision du 30 août 2018, publiée au Journal officiel de la République française le lendemain, Mme B, nommée directrice de l'intégration et de l'accès à la nationalité par décret du 28 septembre 2016, publié au Journal officiel de la République française du lendemain, a accordé à Mme C E, attachée d'administration de l'Etat, signataire de la décision attaquée, une délégation de signature à cet effet. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de cette signataire ne peut qu'être écarté.

3. En deuxième lieu, la décision attaquée comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Elle est par suite suffisamment motivée, de sorte que le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté. Par ailleurs, il ne ressort ni des pièces du dossier ni des termes de la décision attaquée que celle-ci serait entachée d'un défaut d'examen particulier de la situation de M. A et ce moyen doit également être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article 21-15 du code civil : " () l'acquisition de la nationalité française par décision de l'autorité publique résulte d'une naturalisation accordée par décret à la demande de l'étranger ". Aux termes de l'article 48 du décret susvisé du 30 décembre 1993 : " Si le ministre chargé des naturalisations estime qu'il n'y a pas lieu d'accorder la naturalisation ou la réintégration dans la nationalité sollicitée, il prononce le rejet de la demande. Il peut également en prononcer l'ajournement en imposant un délai ou des conditions. () ". En vertu de ces dispositions, il appartient au ministre chargé des naturalisations de porter une appréciation sur l'intérêt d'accorder la naturalisation à l'étranger qui la sollicite. Dans le cadre de cet examen d'opportunité, il peut légalement prendre en compte les renseignements défavorables recueillis sur son comportement.

5. Il ressort des pièces du dossier que M. A a séjourné irrégulièrement en France au cours d'une période de près de six ans, entre 2008 et 2014. Compte tenu de ces faits, qui n'étaient ni excessivement anciens ni dépourvus de gravité pour apprécier le comportement de l'intéressé, le ministre a pu, eu égard au large pouvoir d'appréciation dont il dispose pour apprécier l'opportunité d'accorder la nationalité française à l'étranger qui la sollicite, confirmer l'ajournement à deux ans de la demande de M. A sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation. La circonstance que l'intéressé n'a jamais fait l'objet de condamnation à raison de ce séjour irrégulier ne fait pas obstacle à ce que le ministre retienne ces faits dans son appréciation du comportement du postulant.

6. En quatrième lieu, il ressort de la décision attaquée que le ministre de l'intérieur s'est fondé, pour ajourner la demande de naturalisation de M. A, sur les dispositions des articles 45 et 48 du décret du 30 décembre 1993. Par suite, le requérant ne peut utilement se prévaloir des articles 21-23 et 21-27 du code civil relatifs à la recevabilité des demandes de naturalisation.

7. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 17 juin 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Allio-Rousseau, présidente,

Mme Frelaut, première conseillère,

Mme Benoist, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 juillet 2024.

La rapporteure,

L.-L. BENOISTLa présidente,

M.-P. ALLIO-ROUSSEAU

La greffière,

E. HAUBOIS

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

3

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