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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2110344

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2110344

mardi 20 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2110344
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantCREANCE FERRETTI HUREL

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête, enregistrée le 16 septembre 2021 sous le numéro 2110344, M. B A, représenté par la SCP Ferretti, Hurel, Leplatois, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 21 janvier 2021 par laquelle le préfet du Calvados avait rejeté sa demande de naturalisation, ainsi que la décision implicite du ministre de l'intérieur rejetant son recours contre cette décision°;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de lui octroyer la nationalité française dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros en application de l'article L.'761-1 du code de justice administrative.

M. A soutient que la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 septembre 2022, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que le moyen soulevé par le requérant n'est pas fondé.

II. Par une requête enregistrée le 4 novembre 2021 sous le numéro 2112395, M. B A, représenté par la SCP Ferretti, Hurel, Leplatois, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 8 septembre 2021 par laquelle le ministre de l'intérieur a ajourné à deux ans sa demande d'acquisition de la nationalité française, jusqu'au 21 janvier 2023 ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur, de lui octroyer la nationalité française dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros en application de l'article L.'761-1 du code de justice administrative.

M. A soutient que la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code civil ;

- le décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Brémond, premier conseiller, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant arménien, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures, d'annuler la décision du 8 septembre 2021 par laquelle le ministre de l'intérieur a ajourné à deux ans sa demande d'acquisition de la nationalité française à compter du 21 janvier 2021.

Sur la jonction :

2. Les requêtes n°s 2110344 et 2112395 présentées par M. A ont fait l'objet d'une instruction commune et présentent à juger des questions semblables. Il y a lieu, par suite, de les joindre pour qu'il y soit statué par un seul jugement.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision préfectorale :

3. En application des dispositions de l'article 45 du décret du 30 décembre 1993 relatif aux déclarations de nationalité, aux décisions de naturalisation, de réintégration, de perte, de déchéance et de retrait de la nationalité française, la décision du ministre de l'intérieur prise sur le recours préalable obligatoire se substitue à la décision initiale de refus prise par l'autorité préfectorale. Ainsi, les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent être regardées comme uniquement dirigées contre la décision ministérielle du 8 septembre 2021 qui s'est entièrement substituée à la décision préfectorale du 21 janvier 2021.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision ministérielle :

4. Aux termes de l'article 21-15 du code civil : " () l'acquisition de la nationalité française par décision de l'autorité publique résulte d'une naturalisation accordée par décret à la demande de l'étranger ". Aux termes de l'article 48 du décret du 30 décembre 1993 : " () Si le ministre chargé des naturalisations estime qu'il n'y a pas lieu d'accorder la naturalisation ou la réintégration sollicitée, il prononce le rejet de la demande. Il peut également en prononcer l'ajournement en imposant un délai ou des conditions. Ce délai une fois expiré ou ces conditions réalisées, il appartient à l'intéressé, s'il le juge opportun, de déposer une nouvelle demande ". En vertu de ces dispositions, il appartient au ministre de porter une appréciation sur l'intérêt d'accorder la nationalité française à l'étranger qui la sollicite. Dans le cadre de cet examen d'opportunité, il peut légalement prendre en compte le degré de connaissance par le postulant de l'histoire, de la culture et de la société françaises et des droits et devoirs conférés par la nationalité française.

5. Pour ajourner la demande d'acquisition de la nationalité française de M. A, le ministre de l'intérieur s'est fondé sur le motif tiré de ce que les réponses qu'il a apportées lors de son entretien mené en préfecture en vue d'évaluer son niveau de connaissance de la langue, de l'histoire, de la culture et de la société françaises, des droits et devoirs conférés par la nationalité française et de son adhésion aux principes et valeurs essentiels de la République, témoignent d'une connaissance insuffisante des éléments fondamentaux relatifs aux grands repères de l'histoire de la France et aux règles de vie en société tenant aux principes, aux symboles et aux institutions de la République.

6. Il ressort du compte rendu d'entretien d'assimilation, établi par les services de la préfecture du Calvados le 11 janvier 2021, que M. A, interrogé par les services préfectoraux, a obtenu une évaluation satisfaisante concernant son assimilation linguistique et son niveau d'intégration. Toutefois, s'il a donné plusieurs réponses correctes aux questions portant sur ses connaissances de l'histoire, de la culture, de la société françaises et des droits et devoirs du citoyen, il n'a pas su indiquer qui était Charles de Gaulle, ni Jeanne d'Arc, ni citer l'événement important s'étant déroulé en Normandie pendant la seconde guerre mondiale. En outre, il n'a pas su expliquer ce qu'est la laïcité. Si M. A soutient que le compte rendu ne reflète pas l'entretien et que plusieurs questions auxquelles il n'a pas su répondre ne lui auraient pas été posées, il n'apporte aucun élément à l'appui de cette allégation. Dans ces conditions, le ministre a pu, eu égard au large pouvoir d'appréciation dont il dispose pour apprécier l'opportunité d'accorder la nationalité française au ressortissant étranger qui la sollicite, ajourner la demande de naturalisation de M. A pour les motifs mentionnés ci-dessus sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation.

7. Par ailleurs, les circonstances selon lesquelles M. A est intégré socialement et professionnellement et que plusieurs de ses enfants sont nés en France sont sans incidence sur la légalité de la décision attaquée, eu égard au motif sur lequel elle se fonde.

8. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision ministérielle attaquée. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes n°s 2110344 et 2112395 présentées par M. A sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 30 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

M. Durup de Baleine, président,

Mme Thomas, première conseillère,

M. Brémond, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 février 2024.

Le rapporteur,

E. BRÉMOND

Le président,

A. DURUP DE BALEINELa greffière,

L. LÉCUYER

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

N°s 2110344 et 2112395

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