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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2110394

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2110394

mercredi 22 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2110394
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation5ème Chambre
Avocat requérantPOUILLAUDE

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête enregistrée le 1er juin 2021 sous le numéro 2106034, M. A C, représenté par Me Jérôme Pouillaude, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le ministre de l'intérieur a rejeté sa demande de naturalisation ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de réexaminer sa demande de naturalisation ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision est entachée d'un vice d'incompétence ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 avril 2022, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que l'ensemble des moyens de la requête ne sont pas fondés.

M. C a été admis à l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 13 décembre 2021.

II. Par une requête enregistrée le 17 septembre 2021 sous le numéro 2110394, M. A C, représenté par Me Jérôme Pouillaude, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 4 juin 2021 par laquelle le ministre de l'intérieur a rejeté sa demande de naturalisation ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de réexaminer sa demande de naturalisation ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil la somme de 1 500 euros en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision est entachée d'un vice d'incompétence ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 avril 2022, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que l'ensemble des moyens de la requête ne sont pas fondés.

M. C a été admis à l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 13 décembre 2021.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code civil ;

- le décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993, modifié ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme B a été entendu au cours de l'audience publique du 10 avril 2024 à 9 heures 45.

Considérant ce qui suit :

1. M. A C, ressortissant tunisien, né le 14 mars 1966, a sollicité la nationalité française auprès du préfet des Bouches-du-Rhône qui rejeté sa demande par une décision du 30 novembre 2020. M. A C, pour contester cette décision, a, comme il y était tenu en application de l'article 45 du décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 relatif notamment aux décisions de naturalisation, saisi le ministre de l'intérieur d'un recours le 8 janvier 2021. Le silence gardé par cette autorité pendant plus de quatre mois à la suite de sa réception a fait naître une décision implicite de rejet, dont l'intéressé demande au tribunal l'annulation par la requête 2106034. Une décision explicite de rejet de la demande de naturalisation de M. C a été prise par le ministre de l'intérieur le 4 juin 2021, qui s'est substituée à sa décision implicite de rejet, dont M. C demande l'annulation par la requête 2110394.

Sur la jonction des requêtes :

2. Les requêtes nos 2106034 et 2110394, présentées par M. A C, qui concernent la situation d'un ressortissant étranger au regard de sa demande d'acquisition de la nationalité française, présentent à juger des questions semblables et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a donc lieu de les joindre pour qu'il y soit statué par un seul jugement.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision implicite de rejet :

3. Le silence gardé par l'administration sur un recours hiérarchique fait naître une décision implicite de rejet qui peut être déférée au juge de l'excès de pouvoir. Toutefois, une décision explicite de rejet intervenue postérieurement, qu'elle fasse suite ou non à une demande de communication des motifs de la décision implicite, se substitue à la première décision. Il en résulte que, dans cette hypothèse, des conclusions aux fins d'annulation de cette première décision doivent être regardées comme dirigées contre la seconde.

4. Comme il a été dit, le ministre de l'intérieur a rejeté le recours de M. C par une décision expresse du 4 juin 2021. Cette décision s'est substituée à sa décision implicite portant rejet de ce recours formé contre la décision initiale de l'autorité préfectorale. Par suite, les conclusions de la requête n° 2106034 doivent être regardées comme exclusivement dirigées contre la décision ministérielle du 4 juin 2021.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision du 4 juin 2021 :

5. En premier lieu, par une décision du 12 septembre 2019 publiée au Journal officiel de la République française le 14 septembre 2019, la directrice de l'accueil, de l'accompagnement des étrangers et de la nationalité, compétente à cet effet en vertu de l'article 3 du décret du 27 juillet 2005 relatif aux délégations de signature des membres du gouvernement, a donné délégation à Xavier Jégard, chef du bureau des affaires juridiques, du précontentieux et du contentieux, à l'effet de signer au nom du ministre de l'intérieur la décision attaquée. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée doit être écarté comme manquant en fait.

6. En deuxième lieu, aux termes de l'article 27 du code civil : " Toute décision () ajournant () une demande () de naturalisation () doit être motivée ", c'est à dire qu'elle doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui la fondent.

7. Pour décider de rejeter la demande de naturalisation présentée par

M. C, le ministre de l'intérieur, se fondant sur les articles 45 et 48 du décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993, a relevé que celui-ci avait été l'auteur de plusieurs procédures, pour " violence avec usage ou menace d'une arme suivie d'incapacité supérieure à huit jours le 24 mai 2009 ", " conduite de véhicule sous l'empire d'un état alcoolique " en 2010 et " récidive de conduite de véhicule sous l'empire d'un état alcoolique " en 2010. Par suite, la décision attaquée est motivée au sens de l'article 27 du code civil.

8. En troisième lieu, aux termes de l'article 21-15 du code civil : " () l'acquisition de la nationalité française par décision de l'autorité publique résulte d'une naturalisation accordée par décret à la demande de l'étranger. ". En application de l'article 27 de ce même code, l'administration a le pouvoir de rejeter ou d'ajourner une demande de naturalisation. Par ailleurs, aux termes de l'article 48 du décret susvisé du 30 décembre 1993 relatif aux déclarations de nationalité, aux décisions de naturalisation, de réintégration, de perte, de déchéance et de retrait de la nationalité française : " () Si le ministre chargé des naturalisations estime qu'il n'y a pas lieu d'accorder la naturalisation ou la réintégration sollicitée, il prononce le rejet de la demande. ()". En vertu de ces dispositions, l'autorité administrative dispose, en matière de naturalisation ou de réintégration dans la nationalité française, d'un large pouvoir d'appréciation. Il appartient au ministre de porter une appréciation sur l'intérêt d'accorder la naturalisation à l'étranger qui la sollicite. Dans le cadre de cet examen d'opportunité, il peut légalement prendre en compte, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, des renseignements défavorables recueillis sur le comportement du postulant. Eu égard au large pouvoir dont le ministre de l'intérieur dispose pour accorder la naturalisation, l'appréciation qu'il porte sur l'intérêt de l'accorder ne peut être censurée par le juge de l'excès de pouvoir qu'en cas d'erreur manifeste.

9. Il ressort des pièces du dossier, que M. C a été condamné, d'une part, par un jugement du tribunal correctionnel d'Aix-en-Provence du 14 janvier 2010 à trois mois d'emprisonnement pour des faits de " violence avec usage ou menace d'une arme suivie d'incapacité supérieure à huit jours " survenus le 24 mai 2009, d'autre part, par un jugement de ce même tribunal du 23 mars 2010 à cinq mois d'emprisonnement avec sursis pour " conduite de véhicule sous l'empire d'un état alcoolique " le 12 octobre 2018, enfin, par un jugement du tribunal correctionnel de Marseille du 2 aout 2010 à 5 mois d'emprisonnement pour " récidive de conduite d'un véhicule sous l'empire d'un état alcoolique " le 27 juin 2010. Si M. C soutient que ces faits étaient anciens, qu'il a été condamné à des peines de prison d'une durée inférieure à six mois et qu'elles n'étaient pas assorties d'un sursis, les faits à l'origine de ces condamnations, qui avaient un caractère répété sur une période temporelle de sept mois, ont donné lieu à trois condamnations mentionnées au bulletin n° 2 du casier judiciaire de M. C. Si ces condamnations n'étaient pas de nature à remettre en cause la recevabilité de la demande de naturalisation de l'intéressé au regard des articles 21-17 et 21-23 du code civil, les faits commis, bien que relativement anciens, étaient empreints d'une particulière gravité. Par suite, eu égard à son large pouvoir d'appréciation de l'opportunité d'accorder la nationalité française, le ministre a pu, sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation, prendre en compte les faits précédemment invoqués pour rejeter la demande de naturalisation du postulant. La circonstance que M. C soit inséré professionnellement et socialement est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de la décision attaquée du 4 juin 2021, présentées par M. C, doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, celles tendant à ce qu'il soit enjoint au ministre de procéder au réexamen de sa demande et à l'application combinée de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes de M. C sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à Me Pouillaude.

Délibéré après l'audience du 10 avril 2024, à laquelle siégeaient :

M. Luc Martin, président,

M. David Labouysse,premier conseiller,

Mme Justine-Kozue Kubota, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 mai 2024.

La rapporteure,

J-K. B

Le président,

L. MARTIN

La greffière,

S. BARBERA

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

Nos 2106034-2110394

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