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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2110528

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2110528

mercredi 16 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2110528
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème Chambre
Avocat requérantPRONOST

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 20 septembre 2021, M. D C, représenté par Me Pronost, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 27 août 2021 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office lorsque ce délai sera expiré ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa demande de titre de séjour, le tout dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard et de le munir dès le prononcé du jugement à intervenir d'une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au profit de son conseil qui renoncera, dans cette hypothèse, à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

- elle n'est pas suffisamment motivée en méconnaissance des dispositions de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle n'a pas été précédée de l'examen de sa situation particulière ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation au regard de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences sur sa situation ;

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- il n'est pas établi que la décision attaquée ait été signée par une autorité compétente ;

- l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour prive de base légale la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation au regard des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences sur sa situation ;

Sur la décision fixant le pays de destination :

- il n'est pas établi que la décision attaquée ait été signée par une autorité compétente ;

- l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français prive de base légale la décision fixant le pays de destination ;

- il encourt des risques pour sa sécurité en cas de renvoi au Maroc.

Par un mémoire en défense, enregistré 13 juillet 2022, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 31 Janvier 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-marocain en matière de séjour et de travail du 9 octobre 1987 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de M. B a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. D C, ressortissant marocain né le 15 mai 1971 est entré en France au cours du mois d'avril 2013 sous couvert d'un visa de court séjour. Il a sollicité du préfet de la Loire-Atlantique la délivrance d'un titre de séjour par un courrier du 14 octobre 2018. Par un arrêté du 19 juin 2019, le préfet de la Loire-Atlantique a pris à son encontre un refus de titre de séjour assorti d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office lorsque ce délai sera expiré ou tout autre pays pour lequel il établit être admissible. Par un jugement du 8 février 2021, le tribunal a annulé cet arrêté au motif du défaut d'examen de la situation de l'intéressé dont il était entaché et a enjoint au préfet de procéder au réexamen de la situation du requérant dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. A la suite de ce réexamen, le préfet de la Loire-Atlantique a, par l'arrêté du 27 août 2021, dont M. C demande l'annulation, rejeté à nouveau sa demande d'admission au séjour et assorti ce rejet d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, laquelle obligation fixe le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office lorsque ce délai sera expiré.

Sur la légalité du refus d'admission au séjour :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué comporte l'indication des raisons de droit comme de fait pour lesquelles son auteur a décidé de refuser d'admettre le requérant au séjour, et fait en particulier mention d'éléments pertinents relatifs à sa vie privée, à ses engagements associatifs, à son cursus universitaire et à son insertion professionnelle qui justifient un tel refus. Par suite, la décision attaquée est suffisamment motivée.

3. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier et notamment de la motivation de l'arrêté attaqué, que la décision portant refus de titre de séjour a été précédée d'un examen de la situation particulière du requérant, alors même qu'une erreur de plume a été commise dans l'un des considérants sur le nom de ce dernier, que l'administration a exprimé des doutes sur la réalité des activités associatives de l'intéressé et qu'elle n'a fait état que d'une promesse d'embauche.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1./ Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, de plus : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

5. Il ressort des pièces du dossier que le requérant résidait en France depuis huit années, à la date de la décision attaquée, cette durée résultant de la durée de l'instruction de sa demande d'asile, puis essentiellement par son maintien sur le territoire français en situation irrégulière. S'il a poursuivi des études supérieures en France, il n'était pas inséré, notamment professionnellement, dans ce pays, malgré son engagement dans des associations et l'exercice très ponctuel d'activités rémunérées, et n'y disposait d'aucune autonomie financière. Les promesses d'embauche dont il se prévaut, eu égard à leur absence de précision sur la rémunération et le type de contrat et à la nature des activités en cause, ne permettent pas non plus d'établir qu'il aurait des perspectives significatives d'insertion professionnelle. Si M. C se prévaut également de sa relation avec une ressortissante étrangère titulaire d'une carte de résidente, il n'est ni établi, ni même allégué, que cette relation, de seulement deux années, impliquerait une communauté de vie. En revanche, il ne ressort pas des pièces du dossier que, malgré la présence de la fille de l'intéressé aux Etats-Unis, que ce dernier serait dépourvu d'attaches personnelles et notamment familiales au Maroc, où il a vécu jusqu'à ses quarante-deux ans. Ainsi, la décision portant refus de titre de séjour ne porte pas au droit de M. C au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts qu'elle poursuit et n'est, dès lors, pas entachée d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

6. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", "travailleur temporaire" ou "vie privée et familiale", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ". Aux termes de l'article 3 de l'accord franco-marocain visé ci-dessus, de plus : " Les ressortissants marocains désireux d'exercer une activité professionnelle salariée en France, pour une durée d'un an au minimum, et qui ne relèvent pas des dispositions de l'article 1er du présent accord, reçoivent après contrôle médical et sur présentation d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes, un titre de séjour valable un an renouvelable et portant la mention ''salarié'' (). Il est statué sur leur demande en tenant compte des conditions d'exercice de leurs activités professionnelles et de leurs moyens d'existence ". L'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est relatif aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France, soit au titre de la vie privée et familiale, soit au titre d'une activité salariée. Dès lors que l'article 3 de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 prévoit la délivrance de titres de séjour au titre d'une activité salariée, un ressortissant marocain souhaitant obtenir un titre de séjour au titre d'une telle activité ne peut utilement invoquer les dispositions de l'article L. 435-1 à l'appui d'une demande d'admission au séjour sur le territoire national. Toutefois, les stipulations de cet accord n'interdisent pas au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, en fonction de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation de la situation d'un ressortissant marocain qui ne remplirait pas les conditions auxquelles est subordonnée la délivrance de plein droit d'un titre de séjour en qualité de salarié.

7. Pour les mêmes raisons que celles exposées au point 5, les éléments relatifs à sa situation que fait valoir le requérant, ne constituent pas des circonstances humanitaires ou des motifs exceptionnels et le préfet n'a donc pas entaché sa décision de refus d'admission au séjour d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou de son pouvoir discrétionnaire de régularisation. De même, la décision attaquée n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de l'intéressé.

Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

8. En premier lieu, l'arrêté du 27 août 2021 a été signé par Mme A, directrice des migrations et de l'intégration de la préfecture de la Loire-Atlantique. Par arrêté du 17 mars 2021, publié le lendemain au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet lui a donné délégation à l'effet de signer notamment les décisions portant refus de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de renvoi. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de cette signataire doit être écarté.

9. En deuxième lieu, il résulte de ce qui a été dit quant à la légalité du refus de séjour que M. C n'est pas fondé à soutenir que l'obligation de quitter le territoire français est illégale en raison de l'illégalité de ce refus.

10. En troisième lieu, pour les mêmes raisons que celles énoncées au point 5 du présent jugement, l'obligation faite à M. C de quitter le territoire français ne porte pas au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise, ne méconnaît donc pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et n'est par ailleurs pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de l'intéressé.

Sur la légalité de la décision fixant le pays de destination :

11. En premier lieu, eu égard à ce qui a été exposé au point 8, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision fixant le pays de destination doit être écarté.

12. En deuxième lieu, il résulte de ce qui a été dit quant à la légalité de l'obligation de quitter le territoire français que M. C n'est pas fondé à soutenir que la décision fixant le pays de destination est illégale en raison de l'illégalité de cette obligation.

13. En troisième lieu, pour les mêmes raisons que celles énoncées au point 5 du présent jugement, la décision fixant le pays de renvoi ne porte pas au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise, et ne méconnaît donc pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

14. En quatrième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".

15. Si M. C fait valoir ses craintes en cas de retour au Maroc, il n'étaye toutefois pas celles-ci d'éléments suffisamment probants, en se bornant à soutenir qu'il a fait part sur les réseaux sociaux sous un nom d'emprunt de son désaccord sur des faits de torture et d'emprisonnement de journalistes et de blogueurs. Ainsi, et alors qu'au demeurant sa demande de protection internationale a été rejetée, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations citées au point précédent, à le supposer soulevé, doit être écarté.

16. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. C doit être rejetée, en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D C, à Me Pronost et au préfet de la Loire-Atlantique.

Délibéré après l'audience du 2 novembre 2022 à laquelle siégeaient :

Mme Béria-Guillaumie, présidente,

M. Catroux, premier conseiller,

Mme Baufumé, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 novembre 2022.

Le rapporteur,

X. B

La présidente,

M. E

La greffière,

Y. BOUBEKEUR

La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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