lundi 30 janvier 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2110552 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | BEARNAIS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 21 septembre 2021, Mme D E, représentée par Me Béarnais, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 19 janvier 2021 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation et de lui délivrer, dans l'attente, un récépissé de demande de titre de séjour ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 1 500 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 sur l'aide juridique.
Elle soutient que :
Sur la décision portant refus de titre de séjour :
- la compétence de sa signataire n'est pas démontrée ;
- elle n'est pas suffisamment motivée ;
- la procédure suivie devant l'office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) pour l'instruction de sa demande de titre de séjour est entachée de vices de procédure ; le préfet devra démontrer que le médecin ayant rédigé le rapport médical sur son état de santé n'a pas siégé au sein du collège des médecins ayant émis l'avis sur lequel le préfet s'est fondé pour rejeter sa demande de titre ; de même, le préfet devra établir que l'avis a été rendu à l'issue d'une délibération du collège présentant un caractère effectivement collégial et que cet avis a été rendu dans un délai de trois mois à compter de la date à laquelle elle a transmis à l'OFII les éléments médicaux la concernant ;
- sa situation n'a pas fait l'objet d'un examen sérieux et actualisé ; la décision attaquée est intervenue plus de trois mois après la date d'émission de l'avis de l'OFII ;
- le préfet a méconnu le 11° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; le suivi de son état de santé ne pourrait être assuré en Angola ; le défaut de suivi et de traitement entrainerait des conséquences graves sur son état de santé ;
- le préfet a méconnu l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et commis une erreur manifeste d'appréciation ;
- le préfet a méconnu le 7° de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; sa vie est ancrée sur le territoire français ; elle ne peut mener une vie privée normale en Angola ;
- le préfet a méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le préfet a méconnu l'article 3 paragraphe 1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- la compétence de sa signataire n'est pas établie ;
- elle n'est pas suffisamment motivée ; cette insuffisance révèle un défaut d'examen de sa situation ;
- son annulation sera prononcée par voie de conséquence de celle de la décision portant refus de titre de séjour ;
- le préfet a méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
Sur la décision fixant le pays de destination :
- la compétence de sa signataire n'est pas établie ;
- sa motivation est insuffisante ; le préfet ne s'est pas livré à un examen approfondi de sa situation au regard des dispositions de l'article L. 513-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le préfet a méconnu les articles 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et L. 513-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Par un mémoire en défense, enregistré le 13 avril 2022, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par la requérante n'est fondé.
Mme E a été admise à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 6 septembre 2021.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Martin, président-rapporteur,
- et les observations de Me Béarnais, représentant de Mme E.
Considérant ce qui suit :
1. Mme E, ressortissante angolaise née le 5 janvier 1991, déclare être entrée irrégulièrement en France en janvier 2018 accompagnée de ses deux enfants mineurs, A, né en 2008, et Benedito, né en 2011. Elle a déposé une demande d'asile qui a été rejetée par une décision du 25 septembre 2018 du directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides. Ce rejet a été confirmé par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 25 mars 2019. Le 26 mai 2019, Mme E a sollicité du préfet de la Loire-Atlantique la délivrance d'un titre de séjour pour raisons de santé, sur le fondement du 11° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et, à titre subsidiaire, d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " sur le fondement du 7° du même article L. 313-11. Elle a enfin sollicité son admission exceptionnelle au séjour sur le fondement de l'article L. 313-14 dudit code. Par un arrêté du 19 janvier 2021, le préfet de la Loire-Atlantique a rejeté sa demande, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a désigné l'Angola comme pays de destination. Par la présente requête, Mme E demande au tribunal d'annuler cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne le moyen soulevé à l'encontre de l'ensemble des décisions attaquées :
2. L'arrêté attaqué du 19 janvier 2021 a été signé par Mme C B, directrice des migrations et de l'intégration à la préfecture de la Loire-Atlantique. Par un arrêté du 8 janvier 2021 régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet de la Loire-Atlantique lui a donné délégation à l'effet de signer notamment les décisions portant refus de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français avec ou sans délai de départ volontaire et fixation du pays de destination. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de cet arrêté doit être écarté comme manquant en fait.
En ce qui concerne les autres moyens soulevés à l'encontre de la décision portant refus de titre de séjour :
3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui () constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 211 5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".
4. En l'espèce, l'arrêté attaqué, en tant qu'il porte refus de séjour, vise les textes dont il fait application, notamment l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les articles L. 313-11, 11°, L. 313-11, 7° et L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il mentionne les éléments de fait pris en compte par le préfet pour refuser de délivrer le titre de séjour sollicité, pour chacun des trois fondements invoqués. Il fait état de l'avis rendu par le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) le 12 octobre 2020 et précise que selon cet avis, si l'état de santé de l'intéressée nécessite une prise en charge médicale, son défaut ne devrait pas entrainer des conséquences d'une exceptionnelle gravité et elle pourra voyager sans risque vers son pays d'origine. Le préfet ajoute que l'intéressée n'établit pas qu'elle ne pourra pas bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine. Il indique ensuite que Mme E est célibataire, que la scolarisation de ses enfants en France est récente et qu'aucun obstacle socio-professionnel ou personnel n'empêche l'intéressée de se réinstaller avec ses enfants dans son pays d'origine. Il ajoute encore qu'elle ne justifie pas d'une particulière intégration ni de considération humanitaire particulière. Par suite, la décision attaquée est suffisamment motivée en droit et en fait. Il ressort de cette motivation que le préfet a bien procédé à un examen sérieux et approfondi de la situation personnelle de la requérante avant de prendre sa décision.
5. En deuxième lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 313-11 alors en vigueur du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " est délivrée de plein droit : / () 11° A l'étranger résidant habituellement en France, si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. La condition prévue à l'article L. 313-2 n'est pas exigée. La décision de délivrer la carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat () ".
6. D'autre part, aux termes de l'article R. 313-22 alors en vigueur du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour l'application du 11° de l'article L. 313-11, le préfet délivre la carte de séjour au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. / () ". Selon l'article R. 313-23 alors en vigueur de ce code : " Le rapport médical mentionné à l'article R. 313-22 est établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à partir d'un certificat médical établi par le médecin qui suit habituellement le demandeur ou par un médecin praticien hospitalier inscrits au tableau de l'ordre, dans les conditions prévues par l'arrêté mentionné au deuxième alinéa de l'article R. 313-22. Le médecin de l'office () transmet son rapport médical au collège de médecins. / Sous couvert du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le service médical de l'office informe le préfet qu'il a transmis au collège de médecins le rapport médical. () / Le collège à compétence nationale, composé de trois médecins, émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du présent article. La composition du collège et, le cas échéant, de ses formations est fixée par décision du directeur général de l'office. Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège. / Le collège peut délibérer au moyen d'une conférence téléphonique ou audiovisuelle. / L'avis est rendu par le collège dans un délai de trois mois à compter de la transmission du certificat médical. Lorsque le demandeur n'a pas présenté au médecin de l'office ou au collège les documents justifiant son identité, n'a pas produit les examens complémentaires qui lui ont été demandés ou n'a pas répondu à la convocation du médecin de l'office ou du collège qui lui a été adressée, l'avis le constate. / L'avis est transmis au préfet territorialement compétent, sous couvert du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. ". Enfin, l'article 6 de l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit que : " Au vu du rapport médical mentionné à l'article 3, un collège de médecins désigné pour chaque dossier dans les conditions prévues à l'article 5 émet un avis, conformément au modèle figurant à l'annexe C du présent arrêté, précisant: / a) si l'état de santé de l'étranger nécessite ou non une prise en charge médicale ; / b) si le défaut de cette prise en charge peut ou non entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur son état de santé ; / c) si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont le ressortissant étranger est originaire, il pourrait ou non y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ; / d) la durée prévisible du traitement. / Dans le cas où le ressortissant étranger pourrait bénéficier effectivement d'un traitement approprié, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, le collège indique, au vu des éléments du dossier du demandeur, si l'état de santé de ce dernier lui permet de voyager sans risque vers ce pays. / Cet avis mentionne les éléments de procédure. / Le collège peut délibérer au moyen d'une conférence téléphonique ou audiovisuelle. / L'avis émis à l'issue de la délibération est signé par chacun des trois médecins membres du collège ".
7. Il résulte des dispositions citées au point précédent que l'avis émis par le collège des médecins de l'OFII doit être rendu à l'issue d'une délibération pouvant prendre la forme soit d'une réunion, soit d'une conférence téléphonique ou audiovisuelle. Le caractère collégial de cette délibération constitue une garantie pour le demandeur de titre de séjour. Préalablement à l'avis rendu par ce collège d'experts, un rapport médical, relatif à l'état de santé du demandeur et établi par un médecin instructeur, doit lui être transmis. Le médecin instructeur à l'origine de ce rapport médical ne doit pas siéger au sein du collège de médecins qui rend l'avis transmis au préfet. Il appartient à l'autorité administrative de se prononcer, au vu de cet avis, sur la demande de titre de séjour dont il est saisi par un étranger malade.
8. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que le collège des médecins de l'OFII a émis le 12 octobre 2020 un avis, versé au dossier par le préfet, sur l'état de santé de la requérante. Il ressort de cet avis que le médecin, qui a instruit la demande de Mme E et rédigé un rapport, n'a pas siégé au sein de ce collège, composé de trois autres médecins. Cet avis, revêtu de la signature de ces trois médecins membres du collège, porte la mention " Après en avoir délibéré, le collège des médecins de l'OFII émet l'avis suivant ", laquelle mention fait foi jusqu'à preuve du contraire. Cette preuve de ce que la délibération ayant précédé l'émission de l'avis n'aurait pas été effectivement collégiale n'est pas rapportée par Mme E. Enfin, si les dispositions de l'article R. 313-23 précité du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoient que l'avis du collège de médecins est rendu dans un délai de trois mois à compter de la transmission par le demandeur des éléments médicaux le concernant, le respect de ce délai n'est pas prescrit à peine de nullité de la procédure. En tout état de cause, Mme E ne précise pas à quelle date elle a transmis à l'OFII les éléments médicaux la concernant. Par suite, le moyen tiré de ce que l'avis du collège aurait été rendu à l'issue d'une procédure irrégulière doit être écarté en toutes ses branches.
9. En troisième lieu, la seule circonstance que trois mois et sept jours se soient écoulés entre la date d'émission de l'avis, soit le 12 octobre 2020, et la date de la décision attaquée, soit le 19 janvier 2021, ne suffit pas à établir un défaut d'actualisation par le préfet de la situation particulière de Mme E, cette dernière ne justifiant pas, en tout état de cause, que son état de santé aurait connu durant cette période une évolution qui aurait justifié une nouvelle consultation du collège médical de l'OFII.
10. En quatrième lieu, la partie qui justifie d'un avis du collège de médecins de l'OFII venant au soutien de ses dires doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour, se détermine au vu de ces échanges contradictoires.
11. Il ressort des pièces du dossier que le préfet de la Loire-Atlantique s'est approprié l'avis du collège des médecins de l'OFII du 12 octobre 2020 et a considéré que, si l'état de santé de Mme E nécessitait une prise en charge médicale, le défaut de cette prise en charge ne devrait pas entraîner pour l'intéressée des conséquences d'une exceptionnelle gravité.
12. Pour contester cette décision, Mme E indique avoir subi, le 15 mai 2019, une ablation de kystes sur les ovaires et s'être vu prescrire, après cette opération, un traitement médicamenteux et un suivi de plus en plus distancié dans le temps. Elle verse au dossier deux ordonnances d'un médecin gynécologue et sa fiche de préadmission précédant son opération. Toutefois, il ne ressort pas de ces documents que l'interruption de ce traitement et de ce suivi serait susceptible d'entrainer sur son état de santé des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Dans ces conditions, et sans qu'il soit besoin d'apprécier la possibilité pour la requérante d'accéder effectivement à un traitement approprié dans son pays d'origine, le moyen tiré de ce que le préfet aurait méconnu les dispositions du 11° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit doit être écarté.
13. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 313-11 alors en vigueur du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " est délivrée de plein droit : / () 7° A l'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France, appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'intéressé, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec la famille restée dans le pays d'origine, sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus () ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ". Pour l'application de ces dispositions et stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.
14. Mme E se prévaut de l'ancienneté de sa présence sur le territoire français, de trois ans à la date de la décision attaquée et du fait qu'elle est accompagnée de ses deux enfants mineurs, lesquels sont scolarisés, l'un en CM1 et l'autre en sixième. Toutefois, elle ne fait état d'aucune circonstance particulière qui ferait obstacle à ce que ses enfants puissent poursuivre leur scolarité hors de France. Par ailleurs, si Mme E justifie participer à des cours de français et à des ateliers de couture et de cuisine organisés par l'association Carlam, qui a son siège à La Montagne, commune de résidence de l'intéressée, cette seule circonstance, pour méritoire qu'elle soit, ne suffit pas à démontrer l'existence de liens avec le territoire français d'une intensité telle que le préfet, en refusant de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", aurait porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Enfin, Mme E ne peut utilement soutenir que sa sécurité serait menacée en cas de retour en Angola dès lors que la décision de refus de séjour n'a ni pour objet ni pour effet de la renvoyer dans son pays d'origine. Dans ces conditions, les moyens tirés de la méconnaissance des articles L. 313-11, 7° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés.
15. En sixième lieu, aux termes de l'article L. 313-14 alors en vigueur du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La carte de séjour temporaire mentionnée à l'article L. 313-11 ou la carte de séjour temporaire mentionnée aux 1° et 2° de l'article L. 313-10 peut être délivrée, sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, à l'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 313-2. () ".
16. La requérante se prévaut des mêmes éléments que ceux mentionnés au point 14 en faisant notamment valoir qu'elle justifie contribuer à l'éducation de ses enfants et veiller au suivi de leur scolarité. Toutefois, ces éléments, s'ils attestent de la bonne insertion sociale de l'intéressée, ne sont pas de nature à caractériser l'existence d'un motif exceptionnel ou d'une considération humanitaire au sens des dispositions citées au point précédent. Par ailleurs, Mme E invoque les énonciations de la circulaire du ministre de l'intérieur du 28 novembre 2012 relative aux conditions d'examen des demandes d'admission au séjour déposées par des ressortissants étrangers en situation irrégulière dans le cadre des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Toutefois, ces énonciations constituent seulement des orientations générales adressées par le ministre aux préfets pour les éclairer dans la mise en œuvre de leur pouvoir de régularisation, ces autorités administratives disposant d'un pouvoir d'appréciation pour prendre une mesure au bénéfice de laquelle la personne intéressée ne peut faire valoir aucun droit. Cette circulaire, qui ne prévoit pas la délivrance de plein droit d'un titre de séjour à l'étranger qui justifierait d'une bonne intégration républicaine et d'une bonne maîtrise de la langue française, ne comporte ainsi pas de lignes directrices dont l'intéressée pourrait utilement se prévaloir devant le juge et ne comporte pas davantage une interprétation du droit positif ou d'une règle qu'elle pourrait invoquer sur le fondement des articles L. 312-2 et L. 312-3 du code des relations entre le public et l'administration. Au surplus, il résulte des dispositions combinées des articles L. 312-3, R. 312-10 et D. 312-11 du code des relations entre le public et l'administration que, pour être opposable, une circulaire du ministre de l'intérieur adressée aux préfets doit faire l'objet d'une publication sur le site www.interieur.gouv.fr par le biais d'une insertion dans la liste définissant les documents opposables et comportant les mentions prescrites à l'article R. 312-10, et doit comporter un lien vers le document intégral publié sur le site " Légifrance.gouv.fr ", site relevant du Premier ministre. En l'espèce, la circulaire du 28 novembre 2012 du ministre de l'intérieur relative aux conditions d'examen des demandes d'admission au séjour déposées par des ressortissants étrangers en situation irrégulière, si elle a bien été publiée sur le site Légifrance et figure sur le site du ministère de l'intérieur reprenant les publications au bulletin officiel, ne l'a pas été dans les conditions prévues par les dispositions précitées du code des relations entre le public et l'administration. Par suite, Mme E ne peut utilement se prévaloir de cette circulaire. Si elle fait également référence à la circulaire du 20 janvier 2004 prise pour l'application de la loi n° 2003-1119 du 26 novembre 2003 relative à la maîtrise de l'immigration, au séjour des étrangers en France et à la nationalité, en tant qu'elle décline les éléments permettant d'apprécier le respect de la condition d'intégration républicaine, sa bonne intégration n'est, en tout état de cause, pas contestée en l'espèce.
17. En septième et dernier lieu, aux termes du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".
18. La décision attaquée n'a ni pour objet ni pour effet de séparer Mme E de ses enfants. Dans ces conditions, celle-ci n'est pas fondée à soutenir que le préfet de la Loire-Atlantique, en refusant de lui délivrer un titre de séjour, aurait méconnu l'intérêt supérieur de ses enfants. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.
En ce qui concerne les autres moyens soulevés à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
19. En premier lieu, aux termes du I de l'article L. 511-1 alors en vigueur du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () La décision énonçant l'obligation de quitter le territoire français est motivée. Elle n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour dans les cas prévus aux 3° et 5° du présent I () ". Le 3° du I de l'article précité est relatif à l'hypothèse, qui est celle de Mme E, où l'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour. Ainsi qu'il a été dit précédemment au point 4 du présent jugement, la décision portant refus de titre de séjour est suffisamment motivée. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.
20. En deuxième lieu, il résulte des points précédents que l'annulation de la décision portant refus de séjour n'étant pas prononcée, la décision portant obligation de quitter le territoire français ne saurait être annulée par voie de conséquence d'une telle annulation.
21. En troisième et dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés ci-dessus au point 14, l'obligation de quitter le territoire français ne porte pas au droit de l'intéressée au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise. Ainsi, elle ne méconnaît pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et n'est pas davantage entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de l'intéressée.
En ce qui concerne les autres moyens soulevés à l'encontre de la décision fixant le pays de destination :
22. En premier lieu, la décision fixant le pays de destination comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Elle vise notamment les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 513-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En outre, elle mentionne la nationalité de Mme E et indique que l'intéressée n'établit pas que sa vie ou sa liberté sont menacées dans son pays d'origine ou qu'elle y est exposée à des peines ou traitements contraires à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dans la mesure où sa demande d'admission au séjour au titre de l'asile a été rejetée et qu'elle n'a produit aucun élément qui justifierait d'un risque en cas de retour dans son pays. Cette décision est, dès lors, suffisamment motivée.
23. En second lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ". Aux termes de l'article L. 513-2 alors en vigueur du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit : " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ".
24. Mme E expose qu'alors qu'elle était vendeuse ambulante en Angola, elle a été extorquée par des policiers qui avaient tué l'une de ses amies, également commerçante. Toutefois, elle n'accompagne cette allégation d'aucun commencement de preuve permettant d'établir la réalité et l'actualité des craintes invoquées. Dans ces conditions, alors que sa demande de reconnaissance du statut de réfugié a été rejetée par la Cour nationale du droit d'asile, il y a lieu d'écarter le moyen tiré de ce que le préfet, en fixant le pays de destination, aurait méconnu les stipulations et dispositions citées au point 23.
25. Il résulte de tout ce qui précède que Mme E n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté attaqué du 19 janvier 2021.
Sur les conclusions à fin d'injonction et tendant à l'application de l'article L 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :
26. D'une part, le rejet des conclusions à fin d'annulation présentées par Mme E entraine, par voie de conséquence, celui de ses conclusions à fin d'injonction.
27. D'autre part, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la somme demandée par Mme E au profit de son conseil, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens, soit mise à la charge de l'Etat qui n'a pas la qualité de partie perdante dans la présente instance.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de Mme E est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D E, au préfet de la Loire-Atlantique et à Me Magali Béarnais.
Délibéré après l'audience du 9 juin 2022, à laquelle siégeaient :
M. Luc Martin, président,
M. David Labouysse, premier conseiller,
Mme Nathalie Caro, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 janvier 2023.
Le président-rapporteur,
L. MARTINL'assesseur le plus ancien dans l'ordre du tableau,
D. LABOUYSSE
La greffière,
S. BARBERA
La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
em
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026