lundi 6 février 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2110553 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | BOURGEOIS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 21 septembre 2021, Mme B F, représentée par Me Bourgeois, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 22 octobre 2020 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 75 euros par jour de retard, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 2 000 euros en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
Sur la décision portant refus de titre de séjour :
- la compétence de sa signataire n'est pas établie ;
- elle n'est pas suffisamment motivée ; sa situation personnelle, telle qu'elle est décrite, n'est pas actualisée et contient des erreurs ; elle n'a pas fait l'objet d'un examen approfondi ;
- le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation et méconnu l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; elle est présente sur le territoire français depuis le 3 juillet 2020 et séparée de son mari ; elle est dénuée d'attaches familiales dans son pays d'origine ; elle a à sa charge un enfant de quatorze ans ; ses six enfants installés en France la prennent en charge financièrement ;
- le préfet a méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; elle est mère de six enfants installés régulièrement en France, dont deux sont français ; elle assure l'éducation de son fils de quatorze ans et ne peut en être séparée ;
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- la compétence de sa signataire n'est pas établie ;
- elle n'est pas suffisamment motivée ;
- son annulation sera prononcée par voie de conséquence de celle de la décision portant refus de titre de séjour ;
- le préfet a méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le préfet a commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur sa situation personnelle ;
Sur la décision fixant le pays de destination :
- la compétence de sa signataire n'est pas établie ;
- le préfet a méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Un mémoire en défense présenté par le préfet de la Loire-Atlantique, enregistré le 20 juin 2022, postérieurement à la clôture de l'instruction, n'a pas été communiqué.
Mme F a été admise à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 8 juin 2021.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord bilatéral franco-tunisien en matière de séjour et de travail du 17 mars 1988, modifié ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Martin, président-rapporteur, a été entendu au cours de l'audience publique du 23 juin 2022.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C épouse F, ressortissante tunisienne née le 1er novembre 1964, est entrée régulièrement en France le 3 juillet 2020, sous couvert d'un visa de court séjour portant la mention " ascendant non à charge ", accompagnée de son fils mineur A, né en 2007. Elle a sollicité du préfet de la Loire-Atlantique la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " visiteur " sur le fondement de l'article L. 313-6 alors en vigueur du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 22 octobre 2020, le préfet a rejeté sa demande, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a désigné la Tunisie comme le pays de destination. Par la présente requête, Mme F demande au tribunal d'annuler cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne le moyen soulevé à l'encontre de l'ensemble des décisions attaquées :
2. L'arrêté attaqué a été signé par Mme E D, directrice des migrations et de l'intégration à la préfecture de la Loire-Atlantique. Par un arrêté du 12 octobre 2020, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture, lequel recueil est consultable sur le site internet de la préfecture, le préfet de la Loire-Atlantique a donné délégation à Mme D à l'effet de signer notamment les décisions portant refus de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français et fixation du pays de renvoi. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté attaqué manque en fait.
En ce qui concerne les autres moyens soulevés à l'encontre de la décision portant refus de titre de séjour :
3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui () constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".
4. En l'espèce, l'arrêté en litige, en tant qu'il porte refus de séjour, vise les textes dont il fait application, notamment l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article L. 313-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il mentionne également les faits sur lesquels il se fonde. Après avoir rappelé le motif de la demande présentée par Mme F, il indique que cette dernière, qui déclare être séparée de son époux, souhaite rester sur le territoire français en qualité de " visiteur " auprès de ses six enfants qui la prendraient en charge financièrement. L'arrêté précise ensuite que la requérante, qui s'est déclarée mariée auprès du consulat général de France à Tunis et a présenté comme justificatif de ressources une attestation de retraite au nom de son époux, n'est pas dénuée d'attaches familiales dans son pays d'origine. Il ajoute que l'intéressée est dénuée de visa de long séjour valant titre de séjour en qualité de visiteur et qu'elle ne justifie pas bénéficier d'une assurance maladie couvrant la durée de son séjour. Enfin, il mentionne que Mme F, présente sur le territoire français depuis trois mois à la date de la décision attaquée, n'établit pas l'existence en France d'une vie privée stable et ancienne et ne démontre pas être dénuée d'attaches familiales dans son pays d'origine où elle a vécu l'essentiel de son existence et où elle a toutes ses attaches culturelles et linguistiques. Dans ces conditions, l'arrêté attaqué, en tant qu'il porte refus de séjour, est suffisamment motivé en droit et en fait, quel que soit le bien-fondé de ses motifs. Il ressort de cette motivation que le préfet a bien procédé à un examen particulier de la situation personnelle de Mme F avant de rejeter sa demande de titre de séjour.
5. En deuxième lieu, lorsqu'il est saisi d'une demande de délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'une des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet n'est pas tenu, en l'absence de dispositions expresses en ce sens, d'examiner d'office si l'intéressé peut prétendre à une autorisation de séjour sur le fondement d'une autre disposition de ce code, même s'il lui est toujours loisible de le faire à titre gracieux, notamment en vue de régulariser la situation de l'intéressé.
6. Comme il a été dit, Mme F a sollicité un titre de séjour portant la mention " visiteur " sur le fondement exclusif des dispositions de l'article L. 313-6 alors en vigueur du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il ressort des motifs de l'arrêté attaqué que le préfet n'a pas examiné spontanément si l'intéressée pouvait prétendre à la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 313-14 alors en vigueur de ce code. La requérante ne peut, par suite, utilement soutenir que le préfet aurait commis une erreur manifeste d'appréciation en refusant de l'admettre exceptionnellement au séjour, en application de cet article.
7. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.
8. Mme F, âgée de cinquante-cinq ans à la date de la décision attaquée, fait valoir qu'elle est mère de six enfants dont cinq majeurs établis régulièrement en France. Elle soutient être séparée de son mari resté en Tunisie et ne plus disposer d'attaches familiales dans son pays d'origine. Toutefois, son allégation selon laquelle elle serait séparée de son mari n'est accompagnée d'aucun commencement de preuve. De même, si elle soutient être prise en charge financièrement par ses enfants, elle ne l'établit pas. Au demeurant comme il a été dit, elle s'est vu délivrer par l'autorité consulaire française un visa d'ascendant non à charge. S'agissant de son fils mineur qui est venue avec elle en France et qu'elle présente comme étant à sa charge, elle ne fait état d'aucune circonstance particulière qui ferait obstacle à ce qu'il retourne avec elle en Tunisie, alors que leur durée de présence en France n'était que de trois mois à la date de la décision attaquée. Dans ces conditions, le préfet de la Loire-Atlantique, en rejetant sa demande de titre de séjour, n'a pas porté au droit de Mme F au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts poursuivis. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté, Mme F pouvant, si elle s'y croit fondée, solliciter de l'autorité consulaire française en Tunisie la délivrance d'un visa de long séjour en tant qu'ascendante à charge de ses enfants installés en France, dont certains sont français.
En ce qui concerne les autres moyens soulevés à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
9. En premier lieu, aux termes du I de l'article L. 511-1 alors en vigueur du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () La décision énonçant l'obligation de quitter le territoire français est motivée. Elle n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour dans les cas prévus aux 3° et 5° du présent I () ". Le 3° du I de cet article est relatif à l'hypothèse où l'étranger s'est vu, comme en l'espèce, refuser la délivrance d'un titre de séjour. Ainsi qu'il a été dit précédemment, le refus de titre de séjour opposé à Mme F par l'arrêté attaqué est suffisamment motivé. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.
10. En deuxième lieu, la décision portant refus de titre de séjour n'étant pas annulée, Mme F n'est pas fondée à se prévaloir de cette annulation pour demander, par voie de conséquence, celle de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
11. En troisième lieu, si la requérante indique qu'elle ne saurait être séparée de son plus jeune fils dont elle assure l'éducation, il ne ressort pas des pièces du dossier, comme il a été dit, que celui-ci ne pourrait retourner avec sa mère dans leur pays d'origine. Ainsi, et pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 8, en obligeant Mme F à quitter le territoire français, le préfet de la Loire-Atlantique n'a pas porté au droit de la requérante au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels sa décision a été prise. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit, par suite, être écarté.
12. En quatrième lieu, pour les mêmes motifs que ceux indiqués au point précédent, le préfet n'a pas davantage commis d'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur la situation personnelle de Mme F.
En ce qui concerne l'autre moyen soulevé à l'encontre de la décision fixant le pays de destination :
13. Pour les motifs indiqués aux points 8 et 11, le préfet n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en désignant la Tunisie comme pays de destination. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces stipulations doit être écarté.
14. Il résulte de tout ce qui précède que Mme F n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté attaqué du 22 octobre 2020.
Sur les conclusions à fin d'injonction et tendant à l'application de l'article L 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :
15. D'une part, le rejet des conclusions à fin d'annulation présentées par Mme F entraine, par voie de conséquence, celui de ses conclusions à fin d'injonction.
16. D'autre part, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que la somme demandée au profit de son conseil par Mme F au titre des frais exposés et non compris dans les dépens soit mise à la charge de l'Etat qui n'a pas la qualité de partie perdante dans la présente instance.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de Mme F est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C épouse F, au préfet de la Loire-Atlantique et à Me Loïc Bourgeois.
Délibéré après l'audience du 23 juin 2022, à laquelle siégeaient :
M. Luc Martin, président,
M. David Labouysse, premier conseiller,
Mme Nathalie Caro, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 février 2023.
Le président-rapporteur,
L. MARTINL'assesseur le plus ancien dans l'ordre du tableau,
D. LABOUYSSE
La greffière,
S. BARBERA
La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
em
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026