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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2110554

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2110554

mardi 15 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2110554
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantARNAL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 21 septembre 2021 et 3 avril 2024, Mme A B, représentée par Me Arnal, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 26 août 2021 par laquelle la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a mis fin au bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

2°) d'enjoindre à l'OFII de rétablir à son bénéfice les conditions matérielles d'accueil à compter du mois d'août 2021 ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation, dans un délai de sept jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'OFII la somme de 1 500 euros au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un vice de procédure, dès lors qu'il n'est pas établi qu'elle ait été informée, dans une langue qu'elle comprend, qu'il pouvait être mis fin au bénéfice de ses conditions matérielles d'accueil ;

- il n'est pas établi qu'elle ait bénéficié d'un entretien de vulnérabilité mené par un agent habilité et dans une langue qu'elle comprend ;

- il n'est pas établi qu'elle n'aurait pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile ni qu'elle aurait été régulièrement convoquée à des rendez-vous ;

- la décision litigieuse n'a pas été prise à l'issue d'un examen particulier de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, dès lors que sa vulnérabilité n'a pas été prise en compte ;

- elle méconnaît les principes de proportionnalité et de respect de la dignité humaine.

Par un mémoire en défense enregistré le 22 mars 2024, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 27 septembre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Barès,

- et les observations de Me Arnal, représentant Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante guinéenne, est entrée en France le 1er septembre 2020 et a déposé une demande d'asile à la préfecture de la Loire-Atlantique, enregistrée le 30 septembre 2020. Elle a accepté à cette date, pour elle-même, les conditions matérielles d'accueil qui lui ont été proposées par l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII). L'intéressée a été placée en " procédure Dublin " et un arrêté préfectoral du 7 décembre 2020 a été pris à son encontre ordonnant sa remise aux autorités espagnoles, responsables du traitement de sa demande d'asile. Ce transfert n'ayant pas été exécuté, la directrice territoriale de l'OFII a mis fin à ses conditions matérielles d'accueil par une décision du 26 août 2021, dont Mme B demande l'annulation.

2. En premier lieu, la décision attaquée comporte les considérations utiles de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, Mme B n'est pas fondée à soutenir que cette décision est insuffisamment motivée.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 111-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur : " Lorsqu'il est prévu aux livres II, V et VI et à l'article L. 742-3 du présent code qu'une décision ou qu'une information doit être communiquée à un étranger dans une langue qu'il comprend, cette information peut se faire soit au moyen de formulaires écrits, soit par l'intermédiaire d'un interprète. L'assistance de l'interprète est obligatoire si l'étranger ne parle pas le français et qu'il ne sait pas lire. () ".

4. Si la requérante soutient qu'elle n'aurait pas été informée, dans une langue qu'elle comprend, des modalités de suspension des conditions matérielles d'accueil et qu'elle n'aurait pas été assistée d'un interprète lors de son évaluation, il ressort toutefois des pièces du dossier qu'une offre de prise en charge a bien été signée le 30 septembre 2020, soit à l'issue de l'entretien personnel prévu à l'article 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors applicable, par Mme B qui a coché la case " je certifie avoir été évaluée par l'OFII dans une langue que je comprends avec le concours d'un interprète professionnel " et " je certifie avoir été informée dans une langue que je comprends des conditions et modalités de suspension et de refus de conditions matérielles d'accueil ". Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 111-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors applicable : " () L'évaluation de la vulnérabilité du demandeur est effectuée par des agents de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ayant reçu une formation spécifique à cette fin. () ".

6. Il ressort des pièces du dossier que Mme B a été reçue, le 30 septembre 2020, à un entretien, avec l'assistance d'un interprète dans une langue comprise par l'intéressée, et au cours duquel sa situation et sa vulnérabilité ont été évaluées. Mme B ne se prévaut d'aucun élément susceptible de démontrer que l'agent qui l'a reçue lors de cet entretien n'aurait pas reçu une formation spécifique à cette fin. Par suite, le moyen tiré de la violation de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

7. En quatrième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la directrice territoriale de l'OFII n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle de Mme B avant de mettre fin à ses conditions matérielles d'accueil. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit dont serait à cet égard entachée la décision attaquée doit être écarté.

8. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Il peut être mis fin, partiellement ou totalement, aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficie le demandeur dans les cas suivants : () / 3° Il ne respecte pas les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes ; () ".

9. Pour mettre fin aux conditions matérielles d'accueil de Mme B, la directrice territoriale de l'OFII s'est fondée sur la circonstance que l'intéressée ne s'était pas présentée aux rendez-vous des 3 et 11 mai 2021 pour lesquels elle avait été régulièrement convoquée, en méconnaissance des obligations auxquelles elle a pourtant consenti lors de son acceptation de l'offre de prise en charge de l'OFII. Si Mme B soutient qu'elle se trouvait dans une situation de particulière vulnérabilité en raison de graves problèmes de santé l'empêchant d'honorer ses rendez-vous, elle ne l'établit pas en se bornant à produire des comptes-rendus d'examens médicaux, des ordonnances et des certificats médicaux faisant état de douleurs abdominales et dentaires. Dans ces conditions, Mme B n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

10. En dernier lieu, il ressort des pièces du dossier que la vulnérabilité de Mme B a été évaluée lors d'un entretien au cours duquel l'intéressée n'a pas fait état de problèmes particuliers. De plus, les pièces produites n'attestent pas que la décision attaquée serait susceptible d'être regardée comme disproportionnée ou de nature à porter atteinte à la dignité de l'intéressée, en méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

11. Il résulte de ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision qu'elle conteste. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction sous astreinte et celles présentées au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à Me Arnal et à l'Office français de l'immigration de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 24 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Cantié, président,

M. Barès, premier conseiller,

M. Delohen, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 15 octobre 2024.

Le rapporteur,

M. BARÈSLe président,

C. CANTIÉ

La greffière,

C. DUMONTEIL

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière

C. DUMONTEIL

No 2110554

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