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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2110620

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2110620

jeudi 31 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2110620
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantBENGONO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires enregistrées les 22 et 23 septembre 2021, M. A B, représenté par Me Bengono, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 26 août 2021 par lequel le préfet de la Sarthe a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an ;

2°) d'annuler l'arrêté du 26 août 2021 portant assignation à résidence ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Sarthe, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, assorti d'une astreinte de 100 euros par jour de retard et, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte.

Il soutient que :

S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'erreur d'appréciation de sa situation au regard de ces articles ;

- elle est entachée d'erreur de fait dès lors qu'il justifie de son identité et que les documents produits sont authentiques ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

S'agissant des décisions portant obligation de quitter le territoire et interdiction de retour sur le territoire français :

- elles méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

S'agissant de la décision d'assignation à résidence :

- elle est disproportionnée au regard de l'atteinte portée à sa liberté d'aller et venir.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 septembre 2021, le préfet de la Sarthe conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 23 septembre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Thomas, première conseillère, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant camerounais né le 24 septembre 1987, déclare être entré irrégulièrement en France le·l6 juin 2016. Interpellé le 9 novembre 2018 par des fonctionnaires de police dans le cadre de la constatation d'une infraction, un arrêté portant obligation de quitter le territoire français avec délai a été édicté à son encontre le 9 novembre 2018 et notifié le même jour. S'étant maintenu sur le territoire, M. B sollicite, par un courrier reçu le 8 septembre 2020 et complété les 19 mars et 26 mars 2021, la régularisation de sa situation administrative et la délivrance d'un titre de séjour sans préciser la nature, ni le fondement juridique de sa demande. Par des arrêtés du 26 août 2021, le préfet de la Loire-Atlantique a pris à son encontre un arrêté portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français sans délai, et fixant le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office lorsque le délai sera expiré ou tout autre pays pour lequel il établit être admissible. Par un arrêté du même jour, le préfet l'a assigné à résidence. Par la présente requête, M. B demande au tribunal l'annulation de ces arrêtés. Il a été statué sur les conclusions de la requête de M. B dirigées contre les arrêtés du 26 août 2021 en tant qu'ils portent obligation de quitter le territoire français sans délai, décision fixant le pays de destination, interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an, et assignation à résidence, par un jugement en date du 30 septembre 2021 de la magistrate désignée par le président du tribunal administratif de Nantes, qui a rejeté ces conclusions et qui a renvoyé à une formation collégiale du tribunal administratif de Nantes les conclusions dirigées contre la décision portant refus de séjour, ainsi que les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte y afférentes.

2. En premier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".

3. Il ressort des pièces du dossier que si M. B réside en France depuis environ cinq ans, il a fait l'objet le 9 novembre 2018 d'une mesure d'éloignement qu'il n'a pas exécutée. Si M. B a conclu un pacte civil de solidarité le 15 avril 2019 avec une ressortissante française et justifie résider avec elle et le fils mineur de cette dernière depuis novembre 2019, il ressort du procès-verbal, établi le 9 novembre 2018 par la police judiciaire du Mans lors de son audition de M. B à la suite de son interpellation, que ce dernier a déclaré être fiancé avec une ressortissante camerounaise qui réside au Cameroun avec leurs deux enfants mineurs, de sept et cinq ans, et vouloir rester en France pour y faire venir sa famille une fois sa situation administrative régularisée. Il a également alors précisé ne pas avoir d'adresse fixe et être hébergé chez des amis. Dans ces conditions, l'intéressé ne justifie pas de l'intensité des relations personnelles stables et durables qu'il aurait développées sur le territoire français. Ainsi, eu égard aux conditions de séjour du requérant en France, la décision de refus de délivrance de délivrance d'un titre de séjour ne porte pas une atteinte disproportionnée au droit de ce dernier au respect de sa vie privée et familiale au regard des buts poursuivis par cette décision. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de ce que cette décision méconnaîtrait les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

4.En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. () ".

5.M. B, qui se prévaut des mêmes éléments que ceux mentionnés précédemment, ne justifie d'aucune considération humanitaire ou motif exceptionnel au sens des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile lui ouvrant droit au séjour. Par suite, en refusant son admission exceptionnelle au séjour, le préfet de la Loire-Atlantique n'a entaché sa décision d'aucune erreur manifeste d'appréciation au regard de ces dispositions.

6. En dernier lieu, il résulte de l'instruction que le préfet de la Sarthe aurait pris la même décision en se fondant sur les deux seuls motifs précédemment évoqués, tirés de ce que M. B n'est pas fondé à prétendre à la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le requérant ne peut utilement se prévaloir de ce que le troisième et dernier motif de la décision attaquée, tiré de l'inauthenticité des documents d'état civil qu'il a produits serait entaché d'une erreur de fait.

7.Il résulte de tout ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 26 août 2021 par laquelle le préfet de la Sarthe lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte y afférentes ne peuvent qu'être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : Les conclusions de M. B tendant à l'annulation de la décision du préfet de la Sarthe du 26 août 2021 portant refus de délivrance d'un titre de séjour et ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte y afférentes sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, au préfet de la Sarthe et à Me Bengono.

Délibéré après l'audience du 1er octobre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Douet, présidente,

Mme Thomas, première conseillère,

M. Brémond, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 octobre 2024.

La rapporteure,

S. THOMAS

La présidente,

H. DOUETLa greffière,

L. LÉCUYER

La République mande et ordonne au préfet de la Sarthe en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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