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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2110710

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2110710

jeudi 11 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2110710
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation12eme chambre
Avocat requérantGIUDICELLI-JAHN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 24 septembre 2021, M. A B, représenté par Me Giudicelli-Jahn, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 5 juillet 2021 par laquelle le ministre de l'intérieur a rejeté son recours hiérarchique formé contre la décision du 18 mars 2021 par laquelle le préfet de police de Paris a ajourné à deux ans sa demande de naturalisation ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 000 euros au titre des frais irrépétibles ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat les entiers dépens.

Il soutient que :

- la signataire de la décision attaquée ne justifie pas de sa compétence ;

- la décision est entachée d'erreurs manifestes d'appréciation au regard des faits qui lui sont reprochés et de son parcours et de son intégration en France.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 novembre 2022, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Milin a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant syrien né en 1988, demande au tribunal d'annuler la décision du 5 juillet 2021 par laquelle le ministre de l'intérieur a rejeté son recours hiérarchique formé contre la décision du 18 mars 2021 par laquelle le préfet de police de Paris a ajourné à deux ans sa demande de naturalisation.

2. Conformément aux dispositions de l'article 1er du décret du 27 juillet 2005 relatif aux délégations de signature des membres du Gouvernement, le directeur de l'accueil, de l'accompagnement des étrangers et de la nationalité dispose de la délégation pour signer, au nom du ministre chargé des naturalisations, l'ensemble des actes relatifs aux affaires des services placés sous son autorité, à l'exception des décrets. Par un décret du 28 septembre 2016, publié au Journal officiel de la République française du 29 septembre 2016, Mme C a été nommée directrice de l'accueil, de l'accompagnement des étrangers et de la nationalité. Par une décision du 30 août 2018, régulièrement publiée au Journal officiel de la République française du 2 septembre 2018, Mme C a accordé à Mme D E, adjointe à la cheffe du bureau des affaires juridiques, du précontentieux et du contentieux ainsi que signataire de la décision attaquée, une délégation de signature à cet effet. Le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision attaquée manque ainsi en fait et doit être écarté.

3. D'une part, aux termes de l'article 21-15 du code civil : " () l'acquisition de la nationalité française par décision de l'autorité publique résulte d'une naturalisation accordée par décret à la demande de l'étranger ". D'autre part, aux termes de l'article 48 du décret du 30 décembre 1993 relatif aux déclarations de nationalité, aux décisions de naturalisation, de réintégration, de perte, de déchéance et de retrait de la nationalité française : " () Si le ministre chargé des naturalisations estime qu'il n'y a pas lieu d'accorder la naturalisation ou la réintégration sollicitée, il prononce le rejet de la demande. Il peut également en prononcer l'ajournement en imposant un délai ou des conditions. () ". L'autorité administrative dispose, en matière de naturalisation, ou de réintégration dans la nationalité française, d'un large pouvoir d'appréciation. Dans le cadre de cet examen d'opportunité, elle peut légalement prendre en compte les renseignements défavorables recueillis sur le comportement du postulant.

4. Pour rejeter le recours formé par M. B et confirmer l'ajournement de sa demande de naturalisation, le ministre de l'intérieur s'est fondé sur la circonstance que le comportement de l'intéressé était sujet à critique.

5. Il ressort des pièces du dossier que M. B s'est rendu coupable de faits d'usage illicite de stupéfiants du 17 février 2018 au 18 février 2018 à Paris et de conduite d'un véhicule en ayant fait usage de substances ou plantes classées comme stupéfiants le 18 février 2018 à Fresnoy-les-Roye pour lesquels il a été condamné au paiement d'une amende et au suivi d'un stage de sensibilisation à la sécurité routière. Le ministre pouvait prendre en considération la commission de ces faits, qui n'étaient pas anciens à la date à laquelle la décision attaquée a été prise et qui ne sont pas dépourvus de gravité, pour apprécier le comportement du postulant, sans qu'y fasse obstacle l'effacement du bulletin n°2 du casier judiciaire de M. B de la condamnation à laquelle ces faits ont donné lieu. Dans ces conditions, le ministre, a pu, sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation, faire usage de son large pouvoir d'appréciation de l'opportunité d'accorder ou non la nationalité à l'étranger qui la sollicite, pour ajourner à deux ans la demande de naturalisation de M. B.

6. Enfin, compte tenu du motif qui fonde la décision attaquée, les circonstances que fait valoir M. B concernant son insertion professionnelle et linguistique sont sans incidence sur la légalité de cette décision.

7. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 28 mars 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Gourmelon, présidente,

Mme Milin, première conseillère,

M. Cordrie, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 avril 2024.

La rapporteure,

C. MILINLa présidente,

V. GOURMELONLa greffière,

F. ARLAIS

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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