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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2110728

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2110728

jeudi 23 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2110728
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème Chambre
Avocat requérantBREILLAT- DIEUMEGARD- MASSON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 24 septembre 2021, M. A E, représenté par Me Masson, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 4 juin 2021 du ministre de l'intérieur rejetant son recours contre la décision du 5 février 2021 par laquelle le préfet de la Charente-Maritime avait ajourné à deux ans sa demande de naturalisation ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de lui octroyer la nationalité française dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement sous astreinte de cent euros par jour de retard et, subsidiairement, de réexaminer sa demande de naturalisation, dans le même délai et dans les mêmes conditions d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros qui devra être versée à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ou, en cas de rejet de sa demande d'aide juridictionnelle, en application du seul article L.'761-1 du code de justice administrative.

M. E soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'un vice d'incompétence ;

- elle n'est pas suffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ; il vit en France depuis 2012, a été pris en charge par l'aide sociale à l'enfance, a travaillé en intérim après ses études, a bénéficié d'un contrat saisonnier d'une durée de deux mois en tant qu'animateur pastoral, puis un contrat plus long sur le même poste, jusqu'en août 2020 ; n'ayant bénéficié que d'une autorisation provisoire de séjour sur cette période, avant qu'un titre de séjour lui soit délivré sur injonction du tribunal administratif, il s'est inscrit dans une nouvelle formation à compter de septembre 2020, a obtenu un contrat d'alternance et a le statut de salarié depuis le 23 août 2021 ; il perçoit un salaire à taux plein depuis janvier 2022 ;

- il remplit toutes les conditions de recevabilité d'une demande de naturalisation ;

- il n'a plus aucune attache avec son pays d'origine.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 octobre 2022, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par M. E n'est fondé.

M. E a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Nantes du 28 janvier 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 ;

- le décret n° 2005-850 du 27 juillet 2005 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Hannoyer, premier conseiller, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A E, ressortissant congolais né en 1996, demande au tribunal d'annuler la décision du 4 juin 2021 du ministre de l'intérieur rejetant son recours contre la décision du 5 février 2021 par laquelle le préfet de la Charente-Maritime avait ajourné à deux ans sa demande de naturalisation.

2. En premier lieu, par une décision du 30 août 2018, publiée au Journal officiel de la République française le lendemain, Mme B, nommée directrice de l'intégration et de l'accès à la nationalité par décret du 28 septembre 2016, publié au Journal officiel de la République française du lendemain, a accordé à Mme C D, attachée principale d'administration de l'État, signataire de la décision attaquée, une délégation de signature à cet effet. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision attaquée manque en fait et doit, par conséquent, être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 49 du décret du 30 décembre 1993 relatif aux déclarations de nationalité, aux décisions de naturalisation, de réintégration, de perte, de déchéance et de retrait de la nationalité française : " Toute décision déclarant irrecevable, ajournant ou rejetant une demande de naturalisation ou de réintégration dans la nationalité française prise en application du présent décret est motivée conformément à l'article 27 " du code civil. La décision attaquée vise les articles 45 et 48 du décret du 30 décembre 1993 et mentionne les circonstances de faits propres à la situation du postulant. Ainsi cette décision comporte, avec suffisamment de précision, l'énoncé des considérations de droit et de fait sur lesquelles elle est fondée. Par suite, elle est suffisamment motivée et satisfait aux exigences de l'article 27 du code civil.

4. Aux termes de l'article 21-15 du code civil : " () l'acquisition de la nationalité française par décision de l'autorité publique résulte d'une naturalisation accordée par décret à la demande de l'étranger ". En vertu des dispositions de l'article 48 du décret du 30 décembre 1993 relatif aux déclarations de nationalité, aux décisions de naturalisation, de réintégration, de perte, de déchéance et de retrait de la nationalité française, si le ministre chargé des naturalisations estime qu'il n'y a pas lieu d'accorder la naturalisation sollicitée, il prononce le rejet de la demande. Il peut également en prononcer l'ajournement en imposant un délai ou des conditions. Une fois ce délai expiré ou ces conditions réalisées, il appartient au postulant, s'il le juge opportun, de formuler une nouvelle demande. Il appartient ainsi au ministre de porter une appréciation sur l'intérêt d'accorder la naturalisation au ressortissant étranger qui la sollicite. Dans le cadre de cet examen d'opportunité, il peut légalement prendre en compte le degré d'insertion professionnelle du postulant.

5. Pour confirmer l'ajournement de la demande d'acquisition de la nationalité française de M. E, le ministre s'est fondé sur le motif tiré de ce que l'insertion professionnelle de l'intéressé ne pouvait être considérée comme pleinement réalisée en l'absence de ressources suffisantes et stables.

6. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier et est constant que M. E, qui est entré en France en 2012, a été pris en charge par les services de l'aide sociale à l'enfance jusqu'à sa majorité et qui a obtenu un titre de séjour étudiant valable jusqu'au 1er octobre 2018 puis la délivrance d'un titre de séjour mention vie privée et familiale valable du 13 janvier 2021 au 12 janvier 2022, a perçu 4 303 euros de salaires au titre de l'année 2019 et 7 774 euros au titre de l'année 2020. Il a ainsi exercé divers emplois en intérim et en contrat à durée déterminée avant de s'inscrire, pour l'année scolaire 2020-2021, dans une formation visant à obtenir un brevet de technicien supérieur en viticulture et œnologie. Par ailleurs, la légalité d'une décision s'appréciant à la date à laquelle elle a été prise, M. E ne peut utilement se prévaloir des circonstances postérieures à la décision attaquée, selon lesquelles il serait salarié depuis le 23 août 2021 et percevrait un salaire à taux plein depuis janvier 2022, circonstances dont il pourra utilement se prévaloir en présentant, s'il s'y croit fondé, une nouvelle demande de naturalisation. Dans ces conditions, le ministre a pu, eu égard au large pouvoir d'appréciation dont il dispose pour apprécier l'opportunité d'accorder la nationalité française au ressortissant étranger qui la sollicite, ajourner, pour une courte durée de deux ans, la demande de naturalisation de M. E pour le motif mentionné ci-dessus sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation.

7. En quatrième lieu, la circonstance selon laquelle M. E n'aurait plus aucune attache avec son pays d'origine est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée, eu égard au motif sur lequel elle se fonde.

8. Enfin, la circonstance selon laquelle M. E remplirait toutes les conditions de recevabilité d'une demande de naturalisation est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée, laquelle n'est pas une décision d'irrecevabilité.

9. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. E ne peut qu'être rejetée, en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. E est rejetée.

Article 2': Le présent jugement sera notifié à M. A E, à Me Masson, et au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 9 janvier 2025, à laquelle siégeaient :

Mme Béria-Guillaumie, présidente,

M. Hannoyer, premier conseiller,

Mme Baufumé, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 janvier 2025.

Le rapporteur,

R. HANNOYERLa présidente,

M. BÉRIA-GUILLAUMIE

Le greffier,

P. VOSSELER

La République mande et ordonne au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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