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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2110968

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2110968

vendredi 30 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2110968
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantRODRIGUES DEVESAS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 30 septembre 2021, Mme B D, représentée par Me Rodrigues Devesas, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 19 janvier 2021 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et a fixé le pays de destination vers lequel elle pourra être reconduite d'office lorsque le délai sera expiré ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique, à titre principal, de lui délivrer le titre de séjour sollicité et, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 75 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au profit de son conseil qui renoncera, dans cette hypothèse, à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :

- la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente ;

- elle n'est pas suffisamment motivée ;

- elle n'a pas été précédée de l'examen de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'elle n'a pas été destinataire de l'avis du collège de médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) ; il n'est pas établi que le médecin instructeur n'aurait pas siégé au sein de ce collège, ni que les membres de ce collège de médecins auraient effectivement délibéré avant d'émettre l'avis en cause ;

- elle est entachée d'une méconnaissance des dispositions du 11° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination :

- ces décisions ont été prise par une autorité incompétente ;

- elles ne sont pas suffisamment motivées ;

- elles n'ont pas été précédées de l'examen de sa situation personnelle ;

- elles sont entachées d'un vice de procédure dès lors qu'elle n'a pas été destinataire de l'avis du collège de médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration ; il n'est pas établi que le médecin instructeur n'aurait pas siégé au sein de ce collège, ni que les membres de ce collège de médecins auraient effectivement délibéré avant d'émettre l'avis en cause ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît les dispositions du 10 ° de l'article L. 511-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 juin 2022, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme D ne sont pas fondés.

Mme D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 31 août 2021.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction antérieure à l'entrée en vigueur des dispositions de l'ordonnance n° 2020-1733 du 16 décembre 2020 et du décret n° 2020-1734 du 16 décembre 2020 ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et son décret d'application n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. C a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B D, ressortissante azerbaïdjanaise née le 5 octobre 1999, est entrée sur le territoire français, selon ses déclarations, au cours du mois de juillet 2017. Elle a présenté une demande d'asile qui a été rejetée par décision du directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 29 août 2018, confirmée par décision de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) du 17 avril 2019. S'étant maintenue sur le territoire français en dépit d'une mesure d'éloignement prise à son encontre le 20 juin 2019, l'intéressée a sollicité par la suite la délivrance d'un titre de séjour en qualité d'étranger malade sur le fondement des dispositions, dans leur rédaction alors en vigueur, du 11° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 19 janvier 2021, le préfet de la Loire-Atlantique, qui a requalifié la demande de Mme D en demande de protection contre l'éloignement au sens du 10° de l'article L.511-4 du code précité, a refusé de lui délivrer un titre de séjour en qualité d'étranger malade, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et a fixé le pays de destination vers lequel elle pourra être reconduite d'office lorsque le délai sera expiré. Par la présente requête, Mme D demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur les conclusions tendant à l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Par une décision du 31 août 2021, le bureau d'aide juridictionnelle a admis Mme D au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Les conclusions tendant à ce qu'elle soit provisoirement admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle en application de l'article 20 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 sont ainsi devenues sans objet. Il n'y a donc plus lieu d'y statuer.

Sur le moyen commun aux décisions attaquées :

3. L'arrêté attaqué a été signé, pour le préfet de la Loire-Atlantique, par Mme A, directrice des migrations et de l'intégration à la préfecture de la Loire-Atlantique. Par un arrêté du 2 septembre 2020, publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de la Loire-Atlantique du même jour, le préfet lui a accordé délégation à l'effet de signer notamment les refus de séjour, les obligations de quitter le territoire français et les décisions fixant le pays de renvoi. Ainsi, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté comme manquant en fait.

Sur la légalité de la décision portant refus de titre de séjour :

4. En premier lieu, la requérante ne peut utilement se prévaloir des dispositions de la loi n° 79-587 du 11 juillet 1979 relatives à la motivation des actes administratifs, dès lors qu'elles ont été abrogées par l'ordonnance du 23 octobre 2015 et qu'est entré en vigueur, à compter du 1er janvier 2016, le code des relations entre le public et l'administration. Au demeurant, la décision portant refus de délivrer un titre de séjour vise les articles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont elle fait application et fait également état d'éléments concernant la biographie et la situation personnelle et médicale de Mme D. Par suite, cette décision est suffisamment motivée tant en droit qu'en fait. En outre, contrairement à ce que soutient Mme D, il ressort de cette motivation de la décision attaquée que le préfet de la Loire-Atlantique a procédé à un examen particulier de sa situation avant de décider de lui refuser la délivrance d'un titre de séjour. Par suite, le moyen tiré de l'absence d'examen de la situation de Mme D doit être écarté.

5. En deuxième lieu, l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction en vigueur à la date de la décision attaquée dispose que " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " est délivrée de plein droit : / () 11° A l'étranger résidant habituellement en France, si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. La condition prévue à l'article L. 313-2 n'est pas exigée. La décision de délivrer la carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat () ".

6. En outre, l'article R. 313-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " Pour l'application du 11° de l'article L. 313-11, le préfet délivre la carte de séjour au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. Les orientations générales mentionnées à la quatrième phrase du 11° de l'article L. 313-11 sont fixées par arrêté du ministre chargé de la santé. ". L'article R. 313-23 du même code dispose : " Le rapport médical visé à l'article R. 313-22 est établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à partir d'un certificat médical établi par le médecin qui le suit habituellement ou par un médecin praticien hospitalier inscrits au tableau de l'ordre () Sous couvert du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le service médical de l'office informe le préfet qu'il a transmis au collège de médecins le rapport médical. () Le collège à compétence nationale, composé de trois médecins, émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du présent article. La composition du collège et, le cas échéant, de ses formations est fixée par décision du directeur général de l'office. Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège () ".

7. Enfin, selon l'article 5 de l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le collège de médecins à compétence nationale de l'office comprend trois médecins instructeurs des demandes des étrangers malades, à l'exclusion de celui qui a établi le rapport ". L'article 6 du même arrêté dispose que " Au vu du rapport médical mentionné à l'article 3, un collège de médecins désigné pour chaque dossier dans les conditions prévues à l'article 5 émet un avis, conformément au modèle figurant à l'annexe C du présent arrêté, précisant: a) si l'état de santé de l'étranger nécessite ou non une prise en charge médicale ; b) si le défaut de cette prise en charge peut ou non entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur son état de santé ; c) si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont le ressortissant étranger est originaire, il pourrait ou non y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ; d) la durée prévisible du traitement. Dans le cas où le ressortissant étranger pourrait bénéficier effectivement d'un traitement approprié, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, le collège indique, au vu des éléments du dossier du demandeur, si l'état de santé de ce dernier lui permet de voyager sans risque vers ce pays. Cet avis mentionne les éléments de procédure. Le collège peut délibérer au moyen d'une conférence téléphonique ou audiovisuelle. L'avis émis à l'issue de la délibération est signé par chacun des trois médecins membres du collège ". L'article 9 du même arrêté précise que : " L'étranger qui, dans le cadre de la procédure prévue aux titres I et II du livre V du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sollicite le bénéfice des protections prévues au 10° de l'article L. 511-4 ou au 5° de l'article L. 521-3 du même code est tenu de faire établir le certificat médical mentionné au deuxième alinéa de l'article 1er. () ". Enfin, aux termes du premier alinéa de l'article 11 du même arrêté : " Au vu du certificat médical, un collège de médecins () émet un avis dans les conditions prévues à l'article 6 et au présent article et conformément aux modèles figurant aux annexes C et D du présent arrêté. ".

8. Il ressort des pièces du dossier, et notamment de l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) du 24 août 2020 que le collège des médecins de l'OFII a émis cet avis " après en avoir délibéré " et était composé des docteurs Millet, Netillard et Aranda Grau, régulièrement désignés à cette fin par décision du directeur général de l'OFII. Cette mention fait foi jusqu'à preuve du contraire. En outre, en se bornant à soutenir qu'il n'est pas établi que les membres du collège auraient valablement délibéré, Mme D ne remet pas sérieusement en cause la réalité et la régularité de la délibération ayant conduit à l'intervention de l'avis en cause, la mention portée sur l'avis selon laquelle le collège a valablement délibéré faisant foi jusqu'à preuve du contraire.

9. Par ailleurs, Mme D soutient qu'il n'est pas établi que le médecin rapporteur n'aurait pas siégé au sein du collège des médecins. Toutefois, un tel argumentaire est inopérant en l'espèce dès lors qu'il ressort des éléments en défense que ledit médecin n'a pas été saisi préalablement. A cet égard, Mme D ne conteste pas la circonstance avancée par le préfet de la Loire-Atlantique selon laquelle elle se serait prévalue de son état de santé pour faire obstacle à une mesure d'éloignement du territoire français, cette circonstance permettant à l'administration de s'abstenir de la saisine préalable du médecin de l'OFII en application des dispositions des articles 9 et 11 de l'arrêté du 26 décembre 2016 précitées.

10. Enfin, aucune disposition légale ou réglementaire ni aucun principe n'imposait au préfet de communiquer à l'intéressée l'avis rendu par le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration sur sa demande avant de prendre sa décision. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'aurait pas été régulièrement consulté par le préfet manque en fait et ne peut qu'être écarté en toutes ses branches.

11. En troisième lieu, la partie qui justifie d'un avis du collège de médecins de l'OFII venant au soutien de ses dires doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour, dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires.

12. Il ressort de l'avis du 24 août 2020 que le collège des médecins de l'OFII a estimé que, si l'état de santé de Mme D, dont il ressort des pièces du dossier qu'elle souffre d'anorexie pour le traitement de laquelle elle bénéficie d'un suivi psychiatrique, nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour l'intéressée des conséquences d'une particulière gravité, elle pouvait toutefois bénéficier d'un traitement médical approprié en Azerbaïdjan.

13. Pour contester cette décision, la requérante se borne à soutenir qu'elle ne pourrait pas bénéficier des soins appropriés à son état dans son pays d'origine, sans toutefois produire dans le cadre de l'instance aucun document de nature à fonder cette affirmation. Dans ces conditions, Mme D ne peut sérieusement soutenir que, le préfet de Loire-Atlantique, qui s'est fondé sur l'avis du collège des médecins de l'OFII ainsi, notamment, que sur la documentation " Medical country of origin information " dont il ressort que l'anorexie, au même titre que l'ensemble des troubles psychiatriques, peut être prise en charge en Azerbaïdjan, aurait fait une inexacte application du 11° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en lui refusant la délivrance d'un titre de séjour.

14. En quatrième et dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

15. Il ressort des pièces du dossier que Mme D demeurait sur le territoire français depuis moins de quatre ans à la date de la décision attaquée. Si elle soutient que ses parents et sa sœur aînée résident également sur le territoire français, l'intéressée ne soutient pas ni même n'allègue que, alors qu'elle est majeure et qu'elle a donc ainsi vocation à constituer sa propre cellule familiale, elle serait dépourvue d'attaches en Azerbaïdjan. Enfin, la requérante ne justifie d'aucune attache personnelle stable en France ni d'une intégration particulière, qui ne saurait se déduire de son inscription à un atelier de remobilisation pour jeunes adultes géré par l'association Adelis. Dans ces conditions, Le préfet de la Loire-Atlantique, en refusant à Mme D la délivrance d'un titre de séjour n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels la décision attaquée a été prise. Il n'a donc pas méconnu les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Sur la légalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination

16. En premier lieu, le dixième alinéa du I de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " () La décision énonçant l'obligation de quitter le territoire français est motivée. Elle n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour dans les cas prévus aux 3° et 5° du présent I () ". Le 3° du I de l'article précité est relatif à l'hypothèse où l'étranger s'est vu refuser la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour. Ainsi qu'il a été dit précédemment, la décision portant refus de renouvellement titre de séjour est suffisamment motivée. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté. En outre, contrairement à ce que soutient Mme D, il ressort de la motivation de la décision attaquée que le préfet de la Loire-Atlantique a procédé à un examen particulier de sa situation avant de décider de lui refuser la délivrance d'un titre de séjour. Par suite, le moyen tiré de l'absence d'examen de la situation de Mme D doit être écarté.

17. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué, pris au visa de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article L. 513-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, expose avec une précision suffisantes les motifs justifiant que Mme D soit renvoyée vers l'Azerbaïdjan, de sorte que la décision fixant le pays de destination de l'intéressée est également suffisamment motivée.

18. En troisième lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment, que le moyen tiré de ce que le collège de médecins de l'OFII n'aurait pas été régulièrement consulté par le préfet manque en fait et ne peut qu'être écarté en toutes ses branches.

19. En quatrième et dernier lieu, il résulte de ce qui a été dit au point 13 du présent jugement qu'en décidant d'obliger l'intéressée à quitter le territoire français, le préfet de Loire-Atlantique n'a pas méconnu les dispositions du 10° de l'article L. 511-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

20. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête de Mme D doivent être rejetées ainsi, par voie de conséquence, que celles aux fins d'injonction et d'astreinte et la demande présentée au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de la requête de Mme D aux fins d'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus de la requête de Mme D est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B D, à Me Rodrigues Devesas et au préfet de la Loire-Atlantique.

Délibéré après l'audience du 9 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Livenais, président,

Mme Rosemberg, première conseillère,

M. Huin, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 septembre 2022.

Le président-rapporteur,

Y. C

L'assesseure la plus ancienne

dans l'ordre du tableau,

V. ROSEMBERG

Le greffier,

E. LE LUDEC

La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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