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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2110994

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2110994

vendredi 14 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2110994
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantLE ROY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 1er octobre 2021, M. D A, représenté par Me Le Roy, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 25 janvier 2021 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office lorsque le délai sera expiré ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique, à titre principal de délivrer le titre de séjour sollicité et à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa demande de titre de séjour, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour.

Il soutient que :

S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :

- il n'est pas établi qu'elle a été signée par une autorité compétente ;

- elle méconnaît l'article L. 313-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français : l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour la prive de base légale ;

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- elle n'est pas suffisamment motivée ;

- elle méconnaît les articles 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et L. 513-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 septembre 2022, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.

M. A a été admis à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 31 août 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction antérieure à l'entrée en vigueur des dispositions de l'ordonnance n° 2020-1733 du 16 décembre 2020 et du décret n° 2020-1734 du 16 décembre 2020 ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et son décret d'application n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Livenais, président-rapporteur,

- et les observations de Me Le Roy, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant tchadien né le 17 octobre 1995, est entré en France sous couvert d'un visa de long séjour portant la mention " étudiant " valable du 15 octobre 2018 au 15 octobre 2019. Par la suite, il a obtenu la délivrance d'un titre de séjour en qualité d'étudiant valable jusqu'au 30 septembre 2020. Il a sollicité auprès du préfet de la Loire-Atlantique le renouvellement de ce titre de séjour. Sa demande a toutefois été rejetée par un arrêté du 25 janvier 2021 portant en outre obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office lorsque le délai sera expiré. M. A demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur la légalité de la décision portant refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué du 25 janvier 2021 a été signé par Mme C B, directrice des migrations et de l'intégration à la préfecture de la Loire-Atlantique. Par un arrêté du 8 janvier 2021, régulièrement publié le jour-même au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet de la Loire-Atlantique lui a donné délégation à l'effet de signer notamment les décisions portant refus de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de renvoi. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'acte de l'arrêté attaqué manque en fait.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 313-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " I. - La carte de séjour temporaire accordée à l'étranger qui établit qu'il suit en France un enseignement ou qu'il y fait des études et qui justifie qu'il dispose de moyens d'existence suffisants porte la mention " étudiant ". (). ". Il résulte de ces dispositions que le renouvellement de la carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " est subordonné, notamment, à la justification par son titulaire de la réalité et du sérieux des études qu'il déclare accomplir.

4. Pour refuser de renouveler le titre de séjour de M. A, le préfet de la Loire-Atlantique s'est fondé sur le motif tiré de ce qu'il ne peut être regardé comme poursuivant avec sérieux les études entreprises en France dès lors qu'il n'est pas en mesure de justifier qu'il a suivi un enseignement ou qu'il a fait des études au cours des années 2018-2019 et 2019-2020.

5. Pour contester la décision litigieuse, M. A fait valoir que les difficultés qu'il a rencontrées à son arrivée en France l'ont empêché de finaliser son inscription en Master 1 à l'Institut diplomatique de Paris au titre de l'année 2018-2019. Pour l'année universitaire 2019-2020, le requérant, qui était inscrit en troisième année de licence de droit public général à l'Université de Nantes, justifie son absence de résultat d'une part par la crise sanitaire qui aurait causé le décès de sa mère et de ses deux sœurs, la fermeture de l'Université ainsi que la perte de ses revenus et d'autre part par sa propre hospitalisation. Toutefois, M. A ne conteste pas n'avoir suivi aucun enseignement ni mené aucun projet académique au cours des années 2018-2019 et 2019-2020. Dans ces conditions, et quand bien même le requérant serait inscrit, pour l'année 2020-2021, en première année de master " management, marketing et stratégie d'entreprise, majeure organisations " aux Cours Diderot, formation qui au demeurant correspond à un domaine d'études différent de celui qu'il avait précédemment suivi, le préfet de la Loire-Atlantique a pu estimer, sans commettre d'erreur d'appréciation au regard de l'article L. 313-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que M. A ne démontrait pas le caractère réel et sérieux de ses études et lui refuser, pour ce motif, le renouvellement de son titre de séjour.

6. En troisième et dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

7. Si M. A fait valoir que la décision attaquée le prive de la possibilité de poursuivre sa formation scolaire, il ne conteste pas être dépourvu de liens personnels et familiaux en France d'une particulière intensité ou stabilité. Par ailleurs, il n'établit pas être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine où il a vécu pendant vingt-trois ans et où il a nécessairement conservé des attaches familiales, culturelles et linguistiques. Ainsi, en lui refusant le renouvellement de son titre de séjour, le préfet de la Loire-Atlantique n'a pas porté au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels a été prise cette décision. Par suite, la décision attaquée ne méconnaît pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

8. Il ressort de ce qui a été dit précédemment que l'illégalité de la décision portant refus de renouvellement de titre de séjour n'est pas établie. Par suite, M. A n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de cette décision à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

Sur la légalité de la décision fixant le pays de destination :

9. En premier lieu, la décision contestée vise notamment les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les articles L. 313-7 et L. 513-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dispositions dont elle fait application. Elle mentionne, par ailleurs, des éléments relatifs à la situation personnelle de M. A en particulier le fait qu'il a vécu vingt-trois ans dans son pays d'origine où, n'étant pas dépourvu d'attaches, il peut nécessairement poursuivre sa vie privée et familiale et où il n'établit pas que sa vie ou sa liberté y seraient menacées. Par suite, la décision fixant le pays de destination est suffisamment motivée tant en droit qu'en fait.

10. En second lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Aux termes de l'article L. 513-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ".

11. M. A ne démontre pas être exposé au Tchad à des risques personnels et actuels pour sa sécurité ou sa liberté. Dans ces conditions, le préfet de la Loire-Atlantique, en décidant que M. A pourra être reconduit à destination du pays dont il a la nationalité, n'a pas méconnu les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et de libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 513-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

12. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée, y compris ses conclusions aux fins d'injonction.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D A, au préfet de la Loire-Atlantique et à Me Le Roy.

Délibéré après l'audience du 23 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Livenais, président,

Mme Rosemberg, première conseillère,

Mme Thierry, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 octobre 2022.

Le président-rapporteur,

Y. LIVENAIS

L'assesseure la plus ancienne

dans l'ordre du tableau,

V. ROSEMBERG

Le greffier,

E. LE LUDEC

La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

hm/ell

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