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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2111064

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2111064

vendredi 14 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2111064
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantLIETAVOVA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 4 octobre 2021, 26 août 2022 et 30 août 2022, M. D A, représenté par Me Lietavova, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 4 février 2021 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office lorsque le délai sera expiré ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique, à titre principal de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " et à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa demande, dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard et, dans cette attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat, en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative, la somme de 1 500 euros au profit de son conseil qui renoncera, dans cette hypothèse, à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

S'agissant des moyens communs à l'ensemble des décisions attaquées :

- il n'est pas établi que l'arrêté litigieux a été signé par une autorité compétente ;

S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :

- elle méconnaît les dispositions de l'article R. 311-2-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version en vigueur à la date de la décision attaquée, et est entachée d'une erreur d'appréciation ;

- elle méconnaît les dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version en vigueur à la date de la décision attaquée, et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version en vigueur à la date de la décision attaquée ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle et familiale de l'intéressé ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour la prive de base légale ;

- elle méconnaît les stipulations l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle et familiale de l'intéressé ;

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français la prive de base légale ;

S'agissant de la décision fixant le délai de départ volontaire à trente jours :

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 juillet 2022, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- il peut être procédé à la neutralisation des motifs tirés, d'une part, de la méconnaissance des articles 601 et 682 du code de procédure civile guinéen et, d'autre part, de ce que M. A ne démontre pas le caractère réel et sérieux de ses études ;

- les autres moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

M. A a été admis à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 6 septembre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code civil ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction antérieure à l'entrée en vigueur des dispositions de l'ordonnance n° 2020-1733 du 16 décembre 2020 et du décret n° 2020-1734 du 16 décembre 2020 ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et son décret d'application n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Livenais, président-rapporteur,

- et les observations de Me Lietavova, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant guinéen né le 1er avril 2002, déclare être entré irrégulièrement en France en octobre 2018. Il a sollicité du préfet de la Loire-Atlantique la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article L. 313-14 du même code, dans leur version applicable à la date de l'arrêté contesté. Sa demande a été rejetée par un arrêté du préfet de la Loire-Atlantique du 4 février 2021 portant en outre obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office lorsque le délai sera expiré. M. A demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur le moyen commun à l'ensemble des décisions attaquées :

2. L'arrêté litigieux a été signé par M. C B, directrice des migrations et de l'intégration au sein de la préfecture de la Loire-Atlantique. Par un arrêté du 8 janvier 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet de la Loire-Atlantique lui a donné délégation permanente à l'effet de signer notamment les décisions portant refus de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination. Ainsi, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée manque en fait.

Sur la légalité de la décision portant refus de titre de séjour :

3. Pour refuser de délivrer un titre de séjour à M. A, le préfet de la Loire-Atlantique s'est fondé sur la double circonstance tirée, d'une part, de ce que les actes produits par l'intéressé pour justifier de son état-civil ne présentaient pas de valeur probante, de telle sorte qu'il ne pouvait justifier légalement de son identité dans les conditions prévues par l'article R. 311-2-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version en vigueur à la date de l'arrêté contesté, et d'autre part que les éléments propres à sa situation personnelle et familiale ne justifiaient pas qu'il lui soit délivré un titre de séjour sur le fondement du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version en vigueur à la date de l'arrêté contesté, ni qu'il soit régularisé à titre exceptionnel sur le fondement de l'article L. 313-14 du même code.

4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du

séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction alors applicable : " Sauf si sa présence

constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie

privée et familiale " est délivrée de plein droit : () 7° A l'étranger ne vivant pas en état de

polygamie, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au

regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France, appréciés notamment

au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de

l'intéressé, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec la

famille restée dans le pays d'origine, sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son

droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs

du refus, sans que la condition prévue à l'article L. 313-2 soit exigée. L'insertion de l'étranger

dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des

valeurs de la République ; () ". En vertu de l'article 8 de la convention européenne de

sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au

respect de sa vie privée et familiale () ".

5. Il ressort des pièces du dossier que M. A déclare être entré irrégulièrement en France en octobre 2018. S'il ressort des pièces du dossier et de l'attestation en date du 15 novembre 2020 qu'il vit chez sa sœur possédant un titre de séjour et son compagnon de nationalité française, M. A, célibataire, sans enfant et présent sur le territoire français depuis trois ans, ne peut être regardé, par cette seule circonstance, comme ayant noué des liens suffisamment intenses et anciens permettant de le regarder comme ayant fixé en France le centre de ses intérêts personnels. En outre, s'il n'est pas contesté que M. A a quitté la Guinée suite à un conflit familial, que son père est décédé et qu'il n'a plus de nouvelles de sa mère, il a, toutefois, vécu la majeure partie de sa vie en Guinée, pays qu'il a quitté à l'âge de seize ans, et dans lequel il n'établit pas être dépourvu de tout lien. Par ailleurs, si M. A se prévaut de son intégration en France, attestée par un engagement au sein de l'association " ville simplement ", un diplôme d'étude en langue française de niveau B1 délivré le 18 décembre 2018, ainsi que des bulletins scolaires issus de sa formation en gestion administrative qui témoignent de son sérieux et de son investissement, cette circonstance ne suffit pas davantage à établir qu'il aurait durablement établi en France ses intérêts personnels et familiaux. Ainsi, compte tenu en particulier de la durée et des conditions de son séjour en France, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision portant refus de titre de séjour porte au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux motifs ou aux buts pour lesquels elle a été prise. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Ce motif, en outre, suffisait à lui seul à fonder la décision attaquée.

6. En second lieu, aux termes de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction alors applicable : " La carte de séjour temporaire mentionnée à l'article L. 313-11 ou la carte de séjour temporaire mentionnée aux 1° et 2° de l'article L. 313-10 peut être délivrée, sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, à l'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 313-2 () ". Il résulte de ces dispositions qu'en présence d'une demande de régularisation présentée, sur le fondement de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, par un étranger qui ne serait pas en situation de polygamie et dont la présence en France ne présenterait pas une menace pour l'ordre public, il appartient à l'autorité administrative de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale " répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels, et à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ".

7. En se prévalant des seules circonstances analysées au point 5 du présent jugement, M. A ne justifie pas de considérations humanitaires ni de motifs exceptionnels au sens des dispositions de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il n'est, par suite, pas fondé à soutenir que la décision contestée méconnaîtrait ces dispositions. Pour les mêmes motifs, il n'est pas davantage fondé à soutenir que la décision attaquée serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

8. En premier lieu, il résulte de ce qui vient d'être dit que l'illégalité de la décision refusant de lui délivrer un titre de séjour n'est pas établie. Par suite, M. A n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de cette décision au soutien de ses conclusions dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français.

9. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 5, M. A n'est pas fondé à soutenir que la mesure d'éloignement attaquée porterait une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes motifs, il n'est pas davantage fondé à soutenir que la décision attaquée serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Sur la légalité de la décision fixant le pays de destination :

10. Il résulte de ce qui a été dit précédemment que l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français n'est pas établie. Par suite, le moyen tiré de cette illégalité, invoqué par M. A à l'encontre de la décision fixant le pays de destination, ne peut qu'être écarté.

Sur la légalité de la décision fixant le délai de départ volontaire :

11. Pour les mêmes motifs que ceux mentionnés précédemment, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision en litige est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de la requête de M. A doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, celles à fin d'injonction et d'astreinte et la demande présentée au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D A, au préfet de la Loire-Atlantique et à Me Lietavova.

Délibéré après l'audience du 23 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Livenais, président,

Mme Rosemberg, première conseillère,

Mme Thierry, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 octobre 2022.

Le président-rapporteur,

Y. LIVENAISL'assesseure la plus ancienne

dans l'ordre du tableau,

V. ROSEMBERGLe greffier,

E. LE LUDEC

La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

mr/ell

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