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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2111068

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2111068

mardi 25 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2111068
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantGOUACHE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 4 octobre 2021 et les 6 novembre et 13 décembre 2024, M. C A, représenté par Me Gouache, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 2 décembre 2020 le plaçant à titre préventif en cellule disciplinaire ;

2°) d'annuler la décision du 2 avril 2021 par laquelle la directrice interrégionale des services pénitentiaires de Rennes a rejeté son recours administratif préalable contre la sanction, prononcée le 4 décembre 2020 par la commission de discipline du centre pénitentiaire de Nantes, lui infligeant six jours de cellule disciplinaire, ainsi que cette décision du 4 décembre 2020 ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

S'agissant de la décision du 2 décembre 2020 :

- il n'est pas établi que la décision attaquée ait été signée par une autorité habilitée ;

- elle n'a pas été contrôlée par le chef d'établissement, en méconnaissance des dispositions de la circulaire du 9 juin 2011 relative au régime disciplinaire des personnes détenues majeures ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et d'une erreur de droit ;

S'agissant de la décision du 2 avril 2021 :

- il n'est pas établi que la commission de discipline était régulièrement composée ;

- la matérialité des faits qui lui sont reprochés n'est pas établie ;

- il n'a pas commis de faute de nature à justifier l'infliction d'une sanction ;

- la sanction présente un caractère disproportionné.

Par des mémoires en défense enregistrés les 20 septembre et 18 décembre 2024, le garde des sceaux, ministre de la justice conclut au rejet de la requête. Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 19 juillet 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de procédure pénale ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Delohen,

- et les conclusions de M. Vauterin, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, alors incarcéré au centre pénitentiaire de Nantes, au sein du quartier centre de détention, a fait l'objet d'une décision le plaçant à titre préventif en cellule disciplinaire le 2 décembre 2020. Il a également été sanctionné, le 4 décembre 2020, par la commission de discipline de cet établissement, de six jours de cellule disciplinaire. Par une décision du 2 avril 2021, la directrice interrégionale des services pénitentiaires de Rennes a rejeté son recours administratif préalable contre cette sanction. M. A doit être regardé comme demandant au tribunal d'annuler la décision du 2 décembre 2020 ainsi que la décision du 2 avril 2021 portant rejet de son recours contre la sanction prononcée le 4 décembre 2020.

Sur la légalité de la décision du 2 décembre 2020 :

2. En premier lieu, aux termes de l'article R. 57-6-24 du code de procédure pénale, applicable au litige : " () Pour l'exercice des compétences définies par le présent code, le chef d'établissement peut déléguer sa signature à son adjoint, à un fonctionnaire appartenant à un corps de catégorie A ou à un membre du corps de commandement placé sous son autorité () ".

3. La décision attaquée a été signée par Mme D B, lieutenant pénitentiaire affecté au quartier centre de détention du centre pénitentiaire de Nantes. Par une décision du 7 janvier 2019, régulièrement publiée au recueil des actes administratifs de la préfecture de la Loire-Atlantique du 11 janvier 2019, la directrice du centre pénitentiaire de Nantes a donné délégation à Mme B à l'effet de signer, notamment, les décisions de placement à titre préventif des personnes détenues en cellule disciplinaire. Une telle publication au recueil des actes administratifs, qui permet de donner une date certaine à la décision de délégation prise par le chef d'établissement, constitue, contrairement à ce que soutient le requérant, une mesure de publicité adéquate. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de cette décision doit être écarté.

4. En deuxième lieu, si M. A soutient que le chef d'établissement aurait dû procéder au contrôle de la décision de placement préventif en cellule disciplinaire prise à son encontre, aucune disposition législative ou réglementaire n'impose une telle formalité. Il ne peut utilement se prévaloir, à cet égard, de certains des termes de la circulaire du 9 juin 2011 relative au régime disciplinaire des personnes détenues majeures, qui ne présente pas un caractère règlementaire, ni ne comporte de lignes directrices qui seraient opposables à l'administration. Dès lors, le moyen tiré du défaut de contrôle du chef d'établissement ne saurait être accueilli.

5. En dernier lieu, aux termes de l'article R. 57-7-18 du code de procédure pénale, dans sa version applicable au litige : " Le chef d'établissement ou son délégataire peut, à titre préventif et sans attendre la réunion de la commission de discipline, décider le confinement en cellule individuelle ordinaire ou le placement en cellule disciplinaire d'une personne détenue, si les faits constituent une faute du premier ou du deuxième degré et si la mesure est l'unique moyen de mettre fin à la faute ou de préserver l'ordre à l'intérieur de l'établissement () ". Aux termes de l'article R. 57-7-2 du même code, dans sa version alors applicable : " Constitue une faute disciplinaire du deuxième degré le fait, pour une personne détenue : / 1° De refuser de se soumettre à une mesure de sécurité définie par une disposition législative ou réglementaire, par le règlement intérieur de l'établissement pénitentiaire ou par toute autre instruction de service ou refuser d'obtempérer immédiatement aux injonctions du personnel de l'établissement () ".

6. Il ressort des pièces du dossier que, pour décider de placer M. A à titre préventif en cellule disciplinaire, l'autorité administrative s'est fondée sur la circonstance que l'intéressé a refusé de se soumettre, malgré plusieurs injonctions en ce sens, à une fouille intégrale à l'issue d'une promenade au cours de laquelle des projections extérieures avaient été constatées. En se bornant à soutenir que la mesure prise à son encontre était excessive ou qu'une mesure alternative aurait pu être prise, le requérant ne conteste pas utilement la réalité des faits ainsi pris en compte, qui caractérisent l'existence d'un risque de troubles au bon ordre au sein de l'établissement pénitentiaire. En outre, eu égard à la nature et à la gravité de ces faits, le placement à titre préventif en cellule disciplinaire de l'intéressé constituait, au vu de l'ensemble des circonstances de l'espèce, une mesure nécessaire, adaptée et proportionnée afin de préserver l'ordre au sein de l'établissement. Dans ces conditions, le requérant, qui ne peut utilement se prévaloir, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 4, des termes de la circulaire du 9 juin 2011 relative au régime disciplinaire des personnes détenues majeures, n'est pas fondé à soutenir que la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ou d'une erreur de droit.

7. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 2 décembre 2020.

Sur la légalité de la décision du 2 avril 2021 :

8. En premier lieu, aux termes de l'article R. 57-7-6 du code de procédure pénale, alors applicable : " La commission de discipline comprend, outre le chef d'établissement ou son délégataire, président, deux membres assesseurs ". Aux termes de l'article R. 57-7-8 du même code, alors applicable : " Le président de la commission de discipline désigne les membres assesseurs. Le premier assesseur est choisi parmi les membres du premier ou du deuxième grade du corps d'encadrement et d'application du personnel de surveillance de l'établissement. Le second assesseur est choisi parmi des personnes extérieures à l'administration pénitentiaire qui manifestent un intérêt pour les questions relatives au fonctionnement des établissements pénitentiaires, habilitées à cette fin par le président du tribunal judiciaire territorialement compétent. La liste de ces personnes est tenue au greffe du tribunal judiciaire. " Aux termes de l'article R. 57-7-13 du même code, dans sa version alors applicable : " En cas de manquement à la discipline de nature à justifier une sanction disciplinaire, un compte rendu est établi dans les plus brefs délais par l'agent présent lors de l'incident ou informé de ce dernier. L'auteur de ce compte rendu ne peut siéger en commission de discipline ".

9. Il ressort des pièces du dossier, et notamment du registre de la commission de discipline, que le président de la commission était assisté d'un premier assesseur, membre de l'administration pénitentiaire, et d'une personne extérieure à l'administration pénitentiaire, dûment habilitée à siéger en commission de discipline par une décision du président du tribunal de grande instance de Nantes du 3 juin 2020. De plus, les rédacteurs du compte rendu d'incident à l'origine de la procédure disciplinaire et du rapport d'enquête n'ont pas siégé au sein de la commission de discipline qui s'est réunie le 4 décembre 2020. Par suite, le moyen relatif à la régularité de la composition de la commission de discipline doit être écarté.

10. En deuxième lieu, les faits retenus à l'encontre de M. A, à savoir le refus de se soumettre à une fouille, ont été constatés par un surveillant pénitentiaire et exposés dans un compte rendu d'incident du 2 décembre 2020, lequel doit être regardé comme faisant foi jusqu'à preuve du contraire, laquelle n'est pas apportée par le requérant. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de fait doit être écarté.

11. En troisième lieu, si M. A fait valoir que son refus de se soumettre à la fouille décidée à son encontre était motivée par la circonstance que les conditions de mise en œuvre de cette mesure étaient attentatoires à sa dignité, dès lors qu'il se trouvait au gymnase en présence d'autres détenus et surveillants pénitentiaires, ces allégations ne sont pas confirmées par la seule attestation d'un codétenu qu'il verse au dossier et qui comporte d'ailleurs une contradiction avec le récit du requérant, dans la mesure où il y est affirmé que M. A aurait été fouillé dans le gymnase en même temps que ce codétenu, alors qu'il est constant que l'intéressé n'a été fouillé, suite à son refus de s'y soumettre, qu'après son placement en cellule disciplinaire. Il n'est par conséquent pas établi que l'ordre donné à M. A de se soumettre à une mesure de fouille aurait été manifestement de nature à porter une atteinte à sa dignité, de sorte qu'il n'est pas fondé à soutenir que son refus n'était pas constitutif d'une faute disciplinaire.

12. En dernier lieu, aux termes de l'article R. 57-7-49 du code de procédure pénale, alors applicable : " Le président de la commission de discipline prononce celles des sanctions qui lui paraissent proportionnées à la gravité des faits et adaptées à la personnalité de leur auteur () ".

13. La sanction prononcée à l'encontre de M. A est fondée sur son refus d'obtempérer à une mesure de fouille, qui est constitutif d'une faute du deuxième degré au sens de l'article R. 57-7-2 du code de procédure pénale. Si l'intéressé soutient que son comportement durant son parcours carcéral a été exemplaire, il ressort des pièces du dossier qu'il a fait l'objet de très nombreuses procédures disciplinaires depuis le début de sa détention en octobre 2017. Dans ces conditions et eu égard à l'ensemble des circonstances de l'espèce, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la sanction de six jours de cellule disciplinaire prononcée à son encontre est disproportionnée.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, à Me Gouache et au garde des sceaux, ministre de la justice.

Délibéré après l'audience du 4 février 2025, à laquelle siégeaient :

M. Cantié, président,

M. Barès, premier conseiller,

M. Delohen, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 février 2025.

Le rapporteur,

D. DELOHENLe président,

C. CANTIÉ

La greffière,

C. DUMONTEIL

La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

C. DUMONTEIL

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