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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2111109

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2111109

mardi 7 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2111109
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantRODRIGUES DEVESAS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 4 octobre 2021, M. A F, représenté par Me Rodrigues Devesas, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler la décision du 25 janvier 2021 par laquelle le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office à l'expiration de ce délai ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de 15 jours à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de 75 euros par jour de retard, ou à titre subsidiaire de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 500 euros à Me Rodrigues Devesas en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 sur l'aide juridique

Il soutient que :

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

- il n'est pas établi qu'elle a été signée par une autorité compétente ;

- elle est insuffisamment motivée et est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard des stipulations du 2° de l'article 6 de l'accord franco-algérien, dès lors qu'il est entré régulièrement en France le 17 février 2020, sous couvert d'un visa de court séjour néerlandais ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dès lors qu'il a subi des violences de la part de son épouse, contre laquelle il a porté plainte et dont il est en cours de divorce ;

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- il n'est pas établi qu'elle a été signée par une autorité compétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour la prive de base légale.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 décembre 2022, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. F ne sont pas fondés.

M. F a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 13 septembre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention d'application de l'accord de Schengen, signée le 19 juin 1990 ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version applicable au présent litige ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme D a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. F, ressortissant algérien, déclarant être entré en France le 17 février 2020, est marié depuis le 15 juin 2019 à Mme E, de nationalité française. Il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " en tant que conjoint de ressortissante française. Par une décision du 25 janvier 2021, dont M. F demande l'annulation, le préfet de la Loire-Atlantique a rejeté sa demande, lui a fait obligation de quitter le territoire dans un délai de 30 jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office à l'expiration de ce délai.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs aux décisions attaquées :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par Mme C B, directrice des migrations et de l'intégration à la préfecture de la Loire-Atlantique. Par un arrêté du 8 janvier 2021, régulièrement publié, le préfet de la Loire-Atlantique lui a donné délégation à l'effet de signer, notamment, les décisions portant refus de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de renvoi. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté attaqué manque en fait et doit être écarté.

3. En second lieu, l'arrêté attaquée vise notamment les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, le 2° de l'article 6 de l'accord franco-algérien, et les dispositions des articles L. 511-1, L. 513-2 et L. 513-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il indique que M. F n'établit pas la régularité de son entrée en France, dès lors qu'il n'a pas respecté l'obligation qui lui incombait de déclarer son entrée sur le territoire, et qu'il ne remplit donc pas les conditions fixées par le 2° de l'article 6 de l'accord franco-algérien pour se voir délivrer une carte de séjour sur le fondement de cet article. L'arrêté attaqué précise également qu'il n'est marié avec une ressortissante française que depuis le 15 juin 2019, qu'il est reparti vivre en Algérie après son mariage, qu'il n'apporte pas la preuve des maltraitances de la part de son épouse dont il se prévaut et que cette dernière a déclaré avoir subi des violences verbales et psychologiques et a déposé une demande de divorce. Enfin, l'arrêté relève que M. F n'établit pas être exposé en cas de retour dans son pays d'origine à des traitements prohibés par la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Cet arrête comporte ainsi, contrairement à ce que soutient le requérant, un exposé suffisant des motifs de droit et de fait ayant conduit le préfet de la Loire-Atlantique à prendre les décisions attaquées. Il résulte par ailleurs des termes de cette motivation que le préfet de la Loire-Atlantique a procédé à un examen réel et sérieux de la situation de M. F. Par suite, les moyens tirés du défaut de motivation et d'examen doivent être écartés comme manquant en fait.

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

4. En premier lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 visé ci-dessus : " Les dispositions du présent article ainsi que celles des deux articles suivants, fixent les conditions de délivrance et de renouvellement du certificat de résidence aux ressortissants algériens établis en France ainsi qu'à ceux qui s'y établissent, sous réserve que leur situation matrimoniale soit conforme à la législation française. / Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : / () / 2) au ressortissant algérien, marié avec un ressortissant de nationalité française, à condition que son entrée sur le territoire français ait été régulière, que le conjoint ait conservé la nationalité française et, lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, qu'il ait été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français ; / () ".

5. Aux termes de l'article 22 de la convention d'application de l'accord de Schengen, signée le 19 juin 1990 : " I- Les étrangers entrés régulièrement sur le territoire d'une des Parties contractantes sont tenus de se déclarer, dans des conditions fixées par chaque Partie contractante, aux autorités de la Partie contractante sur le territoire de laquelle ils pénètrent () ". Aux termes de l'article R. 211-32 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La déclaration obligatoire mentionnée à l'article L. 531-2 est, sous réserve des dispositions de l'article R. 212-6, souscrite à l'entrée sur le territoire métropolitain par l'étranger qui n'est pas ressortissant d'un Etat membre de la Communauté européenne et qui est en provenance directe d'un Etat partie à la convention signée à Schengen le 19 juin 1990 ". Et aux termes de l'article R. 211-33 : " La déclaration d'entrée sur le territoire français est souscrite auprès des services de la police nationale ou, en l'absence de tels services, des services des douanes ou des unités de la gendarmerie nationale. / A cette occasion, un récépissé est remis à l'étranger. Il peut être délivré par apposition d'une mention sur le document de voyage. / L'étranger assujetti à l'obligation de déclaration doit être en mesure de justifier, à toute réquisition des agents de l'autorité, qu'il a satisfait à cette obligation, par la production de ce récépissé. () ".

6. Il résulte de ces stipulations et dispositions, d'une part, que la souscription de la déclaration prévue par l'article 22 de la convention d'application de l'accord de Schengen et dont l'obligation figure à l'article L. 531-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est une condition de la régularité de l'entrée en France de l'étranger soumis à une obligation de visa et en provenance directe d'un Etat partie à cette convention qui l'a admis à entrer ou à séjourner sur son territoire, d'autre part, que la justification de l'entrée régulière sur le territoire français constitue l'une des conditions pour pouvoir prétendre de plein droit à la délivrance d'un certificat de résidence algérien en qualité de conjoint de français.

7. En l'espèce, si M. F déclare être entré en France le 17 février 2020, sous couvert d'un visa de court séjour délivré par les autorités néerlandaises le 27 janvier 2020 et dont la validité expirait le 19 mars suivant, le préfet de la Loire-Atlantique soutient sans être sérieusement contredit que le requérant, dont le passeport mentionne seulement une entrée en Espagne le 17 février 2020, n'a pas souscrit la déclaration prévue par les dispositions précitées et ne peut ainsi justifier être entré régulièrement sur le territoire français avant l'expiration de son visa. Ainsi, M. F ne justifie pas de son entrée régulière sur le territoire français, de sorte qu'il n'est pas fondé à soutenir qu'il remplissait les conditions prévues par le 2° de l'article 6 de l'accord franco-algérien pour se voir délivrer un certificat de résidence. Par suite, le préfet de la Loire-Atlantique n'a pas, en refusant de lui délivrer le certificat litigieux, méconnu les stipulations de cet article.

8. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

9. Il ressort des pièces du dossier que M. F et son épouse sont en instance de divorce, M. F ne se prévalant pas par ailleurs d'attaches sur le territoire français. Si le requérant soutient qu'il a subi des violences conjugales de la part de son épouse, il produit seulement le procès-verbal de la plainte contre X qu'il a déposée le 7 juillet 2020, mentionnant des menaces de mort et de violences dont il aurait été victime de la part de proches de son épouse ; ce procès-verbal ne suffit pas à établir la réalité des violences imputées à son épouse. Dans ces circonstances, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée méconnaît son droit au respect de sa vie privée et familiale, protégé par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

10. L'illégalité du refus de titre de séjour n'étant pas établie, eu égard à ce qui vient d'être dit, le moyen tiré par voie de conséquence de l'illégalité de cette décision, que M. F invoque à l'encontre de celle l'obligeant à quitter le territoire français, ne peut qu'être écarté.

11. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. F doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

12. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation de la requête, n'implique aucune mesure d'exécution. Dès lors, les conclusions présentées en ce sens par M. F ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

13. En vertu des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, le juge ne peut pas faire bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais de procédure à l'occasion du litige soumis au juge. Les conclusions présentées à ce titre par M. F doivent, dès lors, être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. F est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A F, au préfet de la Loire-Atlantique et à Me Rodrigues Devesas.

Délibéré après l'audience du 24 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

M. Degommier, président,

Mme Frelaut, première conseillère,

Mme Martel, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 février 2023.

La rapporteure,

L. D

Le président,

S. DEGOMMIERLa greffière,

F. MERLET

La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce que requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière.

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