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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2111143

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2111143

mardi 7 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2111143
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème Chambre
Avocat requérantPOLLONO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 5 octobre 2021 et le 19 janvier 2023, Mme A C, représentée par Me Pollono, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 1er février 2021 par laquelle le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours, et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office à l'expiration de ce délai ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " salarié " dans un délai d'un mois, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique de réexaminer sa situation sous les mêmes conditions de délai et d'astreinte et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour le temps du réexamen de sa demande ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 800 euros à verser à Me Pollono en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :

- elle n'a pas été précédée de la saisine de la commission du titre de séjour ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle n'a pas été précédée de l'examen de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur de fait dès lors qu'elle justifie de sa présence en France depuis plus de 10 ans ;

- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article L. 313-11 7° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire :

- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît l'article L. 513-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 janvier 2023, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés.

Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 7 septembre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction antérieure à l'entrée en vigueur des dispositions de l'ordonnance n° 2020-1733 du 16 décembre 2020 et du décret n° 2020-1734 du 16 décembre 2020 ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B,

- les conclusions de M. Jégard, rapporteur public,

- et les observations de Me Neve, substituant Me Pollono, représentant Mme C, en présence de cette dernière.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, ressortissante nigériane née le 1er juin 1981, déclare être entrée en France en septembre 2010. Sa demande de reconnaissance du statut de réfugié a été rejetée par une décision du 29 décembre 2011 de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 21 mai 2012. Elle s'est vu délivrer un titre de séjour pour raison de santé pour la période du 6 décembre 2012 au 5 décembre 2013, puis en 2016. Le renouvellement de ce titre de séjour lui a été refusé par arrêté préfectoral du 28 mars 2019, assorti d'une obligation de quitter le territoire. Mme C a sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par arrêté du 1er février 2021, le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours, et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite à l'expiration de ce délai. Par sa requête, Mme C sollicite l'annulation de cette décision.

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

2. Aux termes de l'article L. 313-2 alors en vigueur du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La commission est saisie par l'autorité administrative lorsque celle-ci envisage de refuser de délivrer ou de renouveler une carte de séjour temporaire à un étranger mentionné à l'article L. 313-11 () ". Aux termes de l'article L. 313-14 du même code : " () L'autorité administrative est tenue de soumettre pour avis à la commission mentionnée à l'article L. 312-1 la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par l'étranger qui justifie par tout moyen résider en France habituellement depuis plus de dix ans. () ".

3. Le préfet a relevé, dans la décision attaquée, que Mme C ne justifiait pas être entrée en France en 2010, ni de sa présence sur le territoire en 2015. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que Mme C a déposé une demande d'asile le 9 novembre 2010, qu'elle justifie en outre de sa présence sur le territoire de 2011 à 2014, en produisant des récépissés de demande de titre de séjour, une attestation de couverture médicale universelle au titre de l'année 2011, ainsi que des attestations de travail et des bulletins de salaires pour les années 2013 et 2014. Pour les années 2016 à 2019, elle produit un récépissé de demande de carte de séjour, la justification de son immatriculation au registre du commerce et des sociétés, ainsi qu'à compter de l'année 2017, des bulletins de salaire. En outre, au titre de l'année 2015, elle produit un certificat de travail attestant qu'elle a travaillé du 23 octobre 2014 au 14 janvier 2015, une demande de copie de décision prise sur une demande de titre datée du 10 mars 2015, des ordonnances datées des 15 et 30 juin, 3 août et 17 décembre 2015. L'ensemble de ces éléments sont de nature à attester de sa présence continue en France au cours de l'année 2015. Dans ces conditions, Mme C établit résider habituellement sur le territoire français depuis novembre 2010, soit depuis plus de 10 ans à la date de la décision attaquée. Par suite, elle est fondée à soutenir que le préfet aurait dû saisir la commission du titre de séjour avant de refuser son admission exceptionnelle au séjour par l'arrêté litigieux du 1er février 2021. Ce vice, qui a privé l'intéressée d'une garantie, constitue une irrégularité de nature à entacher d'illégalité la décision litigieuse.

4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que Mme C est fondée à soutenir que la décision attaquée a été prise au terme d'une procédure irrégulière et à en demander, pour ce motif, l'annulation, ainsi, par voie de conséquence, que celle des décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination.

5. Eu égard au motif d'annulation retenu, l'exécution du présent jugement implique seulement qu'il soit procédé au réexamen de la demande de Mme C. Il y a lieu, par suite, d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique de procéder à ce réexamen et de prendre une nouvelle décision, après avoir soumis la demande de Mme C à l'avis de la commission du titre de séjour, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, et de délivrer à l'intéressée, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

6. M. C a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve qu'elle renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'État le versement à Me Pollono de la somme de 1 200 euros.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du préfet de la Loire-Atlantique du 1er février 2021 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Loire-Atlantique de procéder à un nouvel examen de la demande de titre de séjour de Mme C dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de munir dans cette attente l'intéressée d'une autorisation provisoire de séjour.

Article 3 : L'Etat versera à Me Pollono la somme de 1 200 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que celle-ci renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C, à Me Pollono et au préfet de la Loire-Atlantique.

Délibéré après l'audience du 24 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

M. Degommier, président,

Mme Frelaut, première conseillère,

Mme Martel, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 février 2023.

La rapporteure,

C. B

Le président,

S. DEGOMMIERLa greffière,

F. MERLET

La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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