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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2111189

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2111189

vendredi 19 août 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2111189
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantROULLEAU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 5 octobre 2021, M. B C A, représenté par Me Roulleau, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 8 juillet 2021 par lequel le préfet de Maine-et-Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de dix-huit mois ;

2°) d'enjoindre au préfet de Maine-et-Loire de réexaminer sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 500 euros au profit de Me Roulleau, qui renoncera, dans cette hypothèse, à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision portant refus de séjour méconnaît l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision fixant le pays de renvoi méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- des circonstances humanitaires justifient qu'un délai de départ volontaire lui soit accordé ;

- l'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de dix-huit mois est disproportionnée et injustifiée.

Par un mémoire en défense enregistré le 9 mai 2022 le préfet de Maine-et-Loire conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. C A ne sont pas fondés.

Le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale a été accordé à M. C A par une décision du 2 février 2022.

Vu les pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mlle Wunderlich, présidente-rapporteure, a été entendu au cours de l'audience publique du 24 juin 2022.

Considérant ce qui suit :

1. M. B C A, ressortissant de la République Centrafricaine né le 14 février 1990 déclarant être entré irrégulièrement en France le 12 janvier 2015, a sollicité l'asile en mars 2015 et a fait l'objet, après le rejet définitif de sa demande par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 13 juin 2017, d'une obligation de quitter le territoire français par arrêté du 24 juillet 2017 dont il a vainement contesté la légalité devant ce tribunal puis la cour administrative d'appel de Nantes. La première demande de réexamen au titre de l'asile présentée le 1er septembre 2017 par l'intéressé auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra) a rejetée comme irrecevable par une décision du 8 décembre 2017 confirmée par la CNDA. A l'occasion de l'instruction de cette demande le relevé des empreintes de l'intéressé a révélé qu'il avait obtenu en janvier 2015 auprès de l'autorité consulaire française au Tchad la délivrance d'un visa de court séjour sous une autre identité et une autre nationalité. Un arrêté portant refus de maintien sur le territoire au titre de l'asile a été pris à l'encontre de M. C A le 5 juin 2018. L'intéressé a formé le 26 septembre 2018 une seconde demande de réexamen au titre de l'asile, qui a connu le même sort que la précédente, une nouvelle obligation de quitter le territoire français lui ayant été opposée par arrêté du 26 septembre 2018 dont il a vainement sollicité l'annulation devant ce tribunal puis la cour administrative d'appel de Nantes. Le 2 septembre 2020, M. C A a sollicité du préfet de Maine-et-Loire son admission exceptionnelle au séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Sa demande a été rejetée par arrêté du 8 juillet 2021 portant en outre obligation de quitter sans délai le territoire français, fixant le pays à destination duquel l'intéressé pourra être reconduit d'office et lui interdisant le retour pour une durée de dix-huit mois. M. C A demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ".

3. M. C A fait valoir qu'il a " tiré profit de ses six années et demi de séjour en France pour s'insérer à la société française " en s'investissant comme bénévole auprès de la Croix Rouge française, du Secours Catholique et de diverses associations du territoire angevin en lien avec le Comptoir Citoyen et produit à cet égard plusieurs attestations. Toutefois, il ne ressort pas des pièces du dossier, compte tenu des conditions du maintien sur le territoire de l'intéressé en dépit de plusieurs mesures d'éloignement, du fait qu'il a usé d'une fausse identité pour solliciter l'asile et est célibataire et sans charge de famille, que le préfet aurait commis une erreur manifeste d'appréciation en estimant que l'admission au séjour de M. C A ne répond pas à des considérations humanitaires ni ne se justifie au regard de motifs exceptionnels.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi :/ 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; / 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ;/ 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ". Et aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".

5. M. C A fait valoir qu'il a quitté la République Centrafricaine non seulement en raison du contexte d'instabilité et d'insécurité générale de ce pays mais aussi en raison de son orientation sexuelle, l'homosexualité n'y étant pas tolérée, encore moins au sein de la communauté musulmane à laquelle il appartient. Il précise qu'il n'a jusqu'ici pas fait état de cette dernière circonstance auprès de l'Ofpra et de la CNDA et produit une attestation du porte-parole et référent droit d'asile du centre LGBT d'Angers selon laquelle l'intéressé, dont l'orientation sexuelle est désormais connue dans son pays d'origine, y a été reçu à plusieurs reprises et a relaté " de façon claire sa relation intime avec un voisin, et ses conséquences stoppées à un moment par la guerre civile qui a ravagé le pays ". Cet élément est toutefois insuffisant à établir que M. C A pourrait encourir, en cas de retour dans son pays, des risques pour sa vie ou sa liberté ou qu'il y serait exposé à des traitements inhumains ou dégradants. Dans ces conditions, le préfet n'a pas méconnu les dispositions et stipulations précitées en fixant le pays de destination.

6. En troisième et dernier lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Ce risque peut, aux termes de l'article L. 612-3 de ce code, " être regardé comme établi, sauf circonstances particulières, dans les cas suivants : () 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; () ".

7. Par ailleurs, aux termes de l'article L. 612-6 de ce code : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. () ". L'article L. 612-10 dispose que : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".

8. Les circonstances, alléguées par M. C A, qu'il est présent sur le territoire français depuis six ans et demi et " a toujours été respectueux des valeurs républicaines malgré des conditions de vie extrêmement précaires ", ne sauraient être regardées comme " particulières " au sens et pour l'application des dispositions combinées des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, citées au point 6, et ne caractérisent pas davantage des " circonstances humanitaires ", au sens et pour l'application de l'article L. 612-6 du même code, citées au point 7, justifiant que ne soit pas édictée d'interdiction de retour alors qu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à M. C A. Le refus d'accorder un délai de départ volontaire à M. C A n'est ainsi pas entaché d'erreur d'appréciation, et le préfet n'a pas méconnu les dispositions de l'article L. 612-10, citées au point 7, du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en fixant à dix-huit mois la durée de l'interdiction de retour assortissant l'obligation de quitter le territoire français faite à l'intéressé aux motifs que, si celui-ci déclare résider en France depuis janvier 2015, il s'y est principalement maintenu en situation irrégulière, n'y a pas développé de liens forts alors qu'il n'est pas dépourvu d'attaches familiales en Centrafrique, a fait l'objet de deux précédentes mesures d'éloignement auxquelles il n'a pas déféré et que si son comportement ne constitue pas une menace à l'ordre public, M. C A ne fait pas preuve de son intégration à la société française au regard de·la fraude à l'identité commise et de l'absence d'exécution des mesures d'éloignement dont il a fait l'objet.

9. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. C A ne peut qu'être rejetée, en toutes ses conclusions.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. C A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C A, à Me Roulleau et au préfet de Maine-et-Loire.

Délibéré après l'audience du 24 juin 2022, à laquelle siégeaient :

Mlle Wunderlich, présidente,

Mme Diniz, première conseillère,

Mme Louazel, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 août 2022.

La présidente-rapporteure,

A.-C. WUNDERLICHL'assesseure la plus ancienne

dans l'ordre du tableau,

I. DINIZLe greffier,

E. LE LUDEC

La République mande et ordonne au préfet de Maine-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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