vendredi 10 février 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2111198 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | POULARD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 6 octobre 2021 et le 5 janvier 2022, Mme C B, représentée par Me Poulard, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 4 octobre 2021 par lequel le préfet de la Mayenne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de dix-huit mois ;
2°) d'annuler l'arrêté du 4 octobre 2021 par lequel le préfet de la Mayenne l'a assignée à résidence pour une durée de six mois ;
3°) d'enjoindre au préfet de la Mayenne de lui délivrer un titre de séjour ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au profit de son conseil qui renoncera, dans cette hypothèse, à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :
- elle n'a pas été signée par une autorité compétente ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle n'a pas été signée par une autorité compétente ;
- l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour prive de base légale la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
S'agissant de la décision fixant le pays de destination :
- elle n'a pas été signée par une autorité compétente ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
S'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- elle n'a pas été signée par une autorité compétente ;
- elle n'est pas suffisamment motivée ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
S'agissant de la décision portant assignation à résidence :
- l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour prive de base légale la décision portant assignation à résidence.
Par un mémoire en défense enregistré le 16 novembre 2021, le préfet de la Mayenne conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.
Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 8 février 2022.
Vu les pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et son décret d'application n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme E a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C B, ressortissante albanaise née le 8 août 1990, est entrée en France le 20 mai 2013. Elle a déposé une demande d'asile, qui a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 24 janvier 2014, confirmée par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) par une décision du 2 février 2015. Le préfet de la Mayenne lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours par un arrêté du 20 mai 2015, dont la légalité a été confirmée par un jugement du tribunal administratif de Nantes n° 1506638 du 21 octobre 2015, puis par une ordonnance du président de la cour administrative d'appel de Nantes n° 16NT00531 du 20 avril 2016. Mme B a sollicité son admission exceptionnelle au séjour auprès du préfet de la Mayenne, qui a refusé de faire droit à sa demande par un nouvel arrêté du 18 juillet 2017 portant également obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Le recours formé par l'intéressée contre cet arrêté a été rejeté par un jugement du tribunal administratif de Nantes n° 1707860 du 7 septembre 2017, confirmé par un arrêt de la cour administrative de Nantes n° 17NT03309 du 12 avril 2018. Mme B a de nouveau sollicité, le 26 octobre 2020, la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un premier arrêté du 4 octobre 2021, le préfet de la Mayenne a refusé de faire droit à sa demande, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de dix-huit mois. Par un second arrêté du 4 octobre 2021, le préfet de la Mayenne a assigné à résidence Mme B dans ce département pour une durée de six mois. Par sa requête, Mme B demande l'annulation de ces deux arrêtés.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
En ce qui concerne le moyen commun aux décisions attaquées :
2. Les arrêtés litigieux ont été signés par M. A D, directeur de la citoyenneté au sein de la préfecture de la Mayenne. Par un arrêté du 8 mars 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet de la Mayenne a donné délégation permanente à M. D à l'effet de signer notamment les décisions portant refus de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français, fixant le pays de destination, interdisant le retour sur le territoire et portant assignation à résidence. Ainsi, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions attaquées manque en fait et doit être écarté.
En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :
3. Aux termes l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ".
4. Si Mme B soutient qu'elle est intégrée sur le territoire français, où elle résidait depuis plus de huit ans à la date de la décision attaquée, elle s'y est maintenue malgré les deux mesures d'éloignement prises à son encontre le 20 mai 2015 et le 18 juillet 2017 et y a essentiellement vécu en situation irrégulière, alors qu'elle a vécu jusqu'à l'âge de 23 ans dans son pays d'origine, où elle n'établit pas être dépourvue de toute attache personnelle ou familiale. En outre, la résidence en France de ses parents et de son frère ne peut être regardée comme pérenne, dès lors qu'ils sont dépourvus de titre de séjour, la requérante n'établissant pas, au demeurant, que les problèmes de santé dont souffrirait son frère nécessiterait qu'il bénéficie d'une prise en charge médicale en France. La circonstance que la sœur de Mme B, mariée à un ressortissant albanais titulaire de la protection subsidiaire, dispose d'un titre de séjour l'autorisant à demeurer en France, ne permet pas, par ailleurs, de justifier de la particulière intensité de ses attaches familiales sur le territoire. Enfin, si la requérante établit avoir fait preuve d'efforts particuliers d'intégration, notamment en intervenant ponctuellement à titre bénévole auprès de plusieurs associations ainsi qu'en s'inscrivant à la faculté de droit de l'université du Maine en tant qu'auditrice libre entre 2016 et 2020, et avoir noué des relations amicales sur le territoire français, ces éléments ne permettent pas de caractériser des considérations humanitaires ou des motifs exceptionnels au sens des dispositions précitées de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Mme B n'est pas fondée, par suite, à soutenir que le préfet de la Mayenne aurait méconnu ces dispositions en refusant de lui délivrer le titre de séjour qu'elle sollicitait sur leur fondement.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
5. En premier lieu, il résulte de ce qui vient d'être dit que l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour n'est pas établie. Par suite, le moyen tiré de cette illégalité, invoqué par Mme B à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français, ne peut qu'être écarté.
6. En second lieu, pour les mêmes motifs de fait que ceux exposés au point 4, Mme B n'est pas fondée à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français porterait une atteinte excessive à son droit au respect de sa vie privée et familiale, en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
7. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
8. Mme B soutient qu'un retour en Albanie l'expose à des risques pour sa sécurité, à raison de l'application dans ce pays de la loi du " Kanun ", permettant la vengeance privée entre familles, suite au meurtre commis par son oncle. Toutefois, les documents produits par la requérante, notamment des articles de presse généraux et des attestations établies par des proches en 2013 et 2014, ne sont pas suffisants pour justifier de la réalité de ces risques, alors que ces éléments ont déjà été examinés par l'OFPRA, puis par la CNDA, et que sa demande d'asile a été définitivement rejetée le 2 février 2015. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de dix-huit mois :
9. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / () ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ". Et aux termes de l'article L. 613-2 de ce code : " () les décisions d'interdiction de retour () sont motivées. ".
10. En premier lieu, la décision attaquée vise en particulier les dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, fait état de la durée et des conditions de séjour en France de l'intéressée ainsi que des attaches dont elle soutient disposer sur le territoire, et mentionne des mesures d'éloignement dont elle a déjà fait l'objet. Elle est par suite suffisamment motivée en droit comme en fait au regard des obligations posées par les dispositions précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
11. En second lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que, si Mme B résidait en France depuis plus de huit ans à la date de la décision attaquée, elle ne justifie pas de l'intensité de ses attaches privées et familiales sur le territoire où elle s'est maintenue en situation irrégulière malgré les deux mesures d'éloignement prises à son encontre le 20 mai 2015 et le 18 juillet 2017, ni de circonstances particulières qui feraient obstacle à l'interdiction de son retour sur le territoire national pendant une période de dix-huit mois. Dans ces conditions, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée serait entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
En ce qui concerne la décision portant assignation à résidence :
12. Il résulte de ce qui vient d'être dit que l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour n'est pas établie. Par suite, le moyen tiré de cette illégalité, invoqué par Mme B à l'encontre de la décision portant assignation à résidence, ne peut qu'être écarté.
13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation des arrêtés du préfet de la Mayenne du 4 octobre 2021 doivent être rejetées.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
14. Le présent jugement, qui rejette les conclusions aux fins d'annulation de Mme B, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction présentées par Mme B doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par Mme B au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B, au préfet de la Mayenne et à Me Poulard.
Délibéré après l'audience du 20 janvier 2023, à laquelle siégeaient :
M. Livenais, président,
Mme Rosemberg, première conseillère,
M. Huin, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 10 février 2023.
La rapporteure,
V. E
Le président,
Y. LIVENAIS
Le greffier,
E. LE LUDEC
La République mande et ordonne au préfet de la Mayenne, en ce qui le concerne ou à tous commissaire de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
5
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026