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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2111244

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2111244

mercredi 23 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2111244
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantTHOUMINE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 7 octobre 2021, M. D A, représenté par Me Thoumine, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 11 août 2021 par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration a mis fin à ses conditions matérielles d'accueil ;

2°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de lui rétablir les conditions matérielles d'accueil à titre rétroactif pour la période pendant laquelle il aurait dû en bénéficier ;

3°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée a été signée par une autorité dont la compétence n'est pas établie ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un vice de procédure au regard de l'article L. 551-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il n'est pas établi qu'il ait été informé des conditions de refus et de cessation des conditions matérielles d'accueil ;

- elle est entachée d'un second vice de procédure dès lors qu'elle ne tient pas compte de la vulnérabilité du requérant et qu'il n'est pas établi qu'il ait bénéficié d'un entretien à cette fin ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa vulnérabilité et méconnaît les dispositions de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 avril 2024, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du

15 octobre 2021.

Vu :

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme El Mouats-Saint-Dizier a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. D A, ressortissant sénégalais né le 2 janvier 1994, est entré en France en 2021. Sa demande d'asile a été enregistrée en procédure " Dublin " le 18 février 2021 et il a accepté le même jour les conditions matérielles d'accueil. Par une décision du 11 août 2021, dont M. A demande l'annulation, l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a suspendu ses conditions matérielles d'accueil.

2. En premier lieu, par une décision du 3 juin 2021, le directeur général de l'OFII a donné à Mme B C, directrice territoriale de l'OFII à Nantes, délégation à l'effet de signer toutes les décisions se rapportant aux missions de l'OFII dans la région Pays de la Loire. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision contestée doit être écarté.

3. En deuxième lieu, la décision attaquée vise les dispositions de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et indique à l'intéressé qu'il n'a pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile en s'abstenant de se présenter aux autorités et qu'il a disposé d'un délai de quinze jours pour faire valoir ses observations. La décision comporte ainsi l'énoncé des considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde et est, par suite, suffisamment motivée.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 551-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le demandeur est informé, dans une langue qu'il comprend ou dont il est raisonnable de penser qu'il la comprend, que le bénéfice des conditions matérielles d'accueil peut lui être refusé ou qu'il peut y être mis fin dans les conditions et selon les modalités prévues aux articles L. 551-15 et L. 551-16. ". Aux termes de l'article L. 522-1 de ce code : " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables. Lors de l'entretien personnel, le demandeur est informé de sa possibilité de bénéficier de l'examen de santé gratuit prévu à l'article L. 321-3 du code de la sécurité sociale. ".

5. Il ressort des pièces du dossier que M. A a attesté, par sa signature du document d'offre de prise en charge de l'OFII du 18 février 2020, avoir été évalué par l'OFII dans une langue qu'il comprend et avoir été informé des conditions et modalités de suspension et de retrait des conditions matérielles d'accueil. Par suite, les moyens tirés du défaut d'information et du défaut d'entretien de vulnérabilité doivent être écartés.

6. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Il est mis fin, partiellement ou totalement, aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficie le demandeur, dans le respect de l'article 20 de la directive 2013/33/ UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, dans les cas suivants : / () / 3° Il ne respecte pas les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes () ".

7. Il ressort des pièces du dossier que l'OFII a mis fin aux conditions matérielles d'accueil de M. A au motif qu'il ne s'est pas présenté à deux convocations du pôle régional Dublin de la préfecture de Maine-et-Loire les 24 juin et 13 juillet 2021 dans le cadre de la procédure de détermination de l'Etat responsable de sa demande d'asile et qu'il a été déclaré en fuite. Si M. A fait valoir que son état de santé l'a empêché de se rendre aux convocations et le place dans une situation de particulière vulnérabilité, la seule production d'un document rédigé par un médecin des urgences du CHU de Nantes et d'une ordonnance de paracétamol ne suffisent pas à contredire les observations de l'OFII. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'est pas fondé et doit être écarté.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des frais de l'instance doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D A, à Me Thoumine et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 2 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Rimeu, présidente,

M. Jégard, premier conseiller,

Mme El Mouats-Saint-Dizier, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 octobre 2024.

La rapporteure,

M. E

SAINT-DIZIER

La présidente,

S. RIMEULa greffière,

P. LABOUREL

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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