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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2111365

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2111365

mardi 12 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2111365
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantRODRIGUES DEVESAS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 11 octobre 2021, Mme C B, représentée par Me Rodrigues Devesas, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 23 mars 2021 par lequel le préfet de Maine-et-Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours eta fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office lorsque ce délai sera expiré ;

2°) d'enjoindre au préfet de Maine-et-Loire, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa demande, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 75 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au profit de son conseil qui renoncera, dans cette hypothèse, à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :

- il n'est pas établi qu'elle a été signée par une autorité compétente ;

- elle n'est pas suffisamment motivée ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L.313-11, 7° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L.313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

S'agissant des décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination :

- l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour les prive de base légale.

Par un mémoire en défense enregistré le 4 avril 2022, le préfet de Maine-et-Loire conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par la requérante n'est fondé.

Mme B a été admise à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 17 novembre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. A de Baleine, président, a été entendu au cours de l'audience publique.

Une pièce, enregistrée le 29 juin 2019, a été produite par Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C B, ressortissante ukrainienne née le 6 janvier 1972, est entrée régulièrement en France le 1er novembre 2018, munie d'un visa de long séjour portant la mention " visiteur ", valable du 31 août 2018 au 31 août 2019. Le 4 septembre 2019, elle a sollicité un " changement de statut " et a obtenu la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " sur le fondement des dispositions de l'article L. 313-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, valable du 29 octobre 2019 au 28 octobre 2020. Le 20 novembre 2020, elle a sollicité du préfet de Maine-et-Loire la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " sur le fondement des dispositions du 7° de l'article L. 313-11 et de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Sa demande a été rejetée par un arrêté du 23 mars 2021 portant en outre obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office lorsque le délai sera expiré. Mme B demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur la légalité de la décision portant refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signée par Mme Magali Daverton, secrétaire générale de la préfecture de Maine-et-Loire. Par un arrêté du 22 février 2021, publié le 24 février 2021 au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet de Maine-et-Loire lui a donné délégation à l'effet de signer " tous les arrêtés, décisions, circulaires, rapports, correspondances et documents relevant des attributions de l'Etat dans le département de Maine-et-Loire ", à l'exception de certains actes limitativement énumérés au nombre desquels ne figurent pas les décisions de refus de titre de séjour. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de cette signataire de la décision attaquée manque en fait.

3. En deuxième lieu, la requérante ne peut utilement se prévaloir des dispositions de la loi n° 79-587 du 11 juillet 1979 relatives à la motivation des actes administratifs, dès lors qu'elles ont été abrogées par l'ordonnance du 23 octobre 2015 et qu'est entré en vigueur, à compter du 1er janvier 2016, le code des relations entre le public et l'administration. Au demeurant, l'arrêté attaqué comporte l'indications des raisons tant de droit que de fait pour lesquelles son auteur a refusé de délivrer un titre de séjour à l'intéressé. Cette décision est, ainsi, régulièrement motivée.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Aux termes de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction alors applicable : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" est délivrée de plein droit : / () / 7° A l'étranger, ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus. / () ".

5. Il ressort des pièces du dossier que si Mme B est entrée en France le 1er novembre 2018 et a résidé en situation régulière pendant toute la durée de son séjour, elle n'est présente sur le territoire français que depuis deux ans et demi à la date de la décision attaquée. Son séjour demeure, ainsi, récent. Si elle se prévaut d'un concubinage avec un ressortissant français, la réalité, entre la requérante et ce ressortissant, d'une union de fait, caractérisée par une vie commune présentant un caractère de stabilité et de continuité, ne ressort pas des pièces du dossier. En tout état de cause, le concubinage allégué, à le supposer établi, demeure récent et les concubins allégués n'ont, ensemble, aucun enfant ou aucune personne à leur charge commune, une telle situation d'union libre n'ouvrant pas droit à la délivrance d'une carte de séjour au regard du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et ne faisant pas davantage obstacle à ce que soit prise une décision de retour. Si son fils né en 2004, encore mineur à l'époque de l'arrêté attaqué, accompagne sa mère en France, où il est scolarisé dans un lycée à Angers, il a vocation à accompagner sa mère, qui en a la charge de la garde, de l'entretien et de l'éducation, hors de France, notamment dans le pays dont ils ont tous deux la nationalité et où il peut être scolarisé. La requérante, qui ne justifie d'aucune ressource propre, ne justifie pas de ses conditions d'existence matérielle en France, alors qu'elle a à sa charge un jeune homme de près de dix-sept ans. Elle ne justifie pas davantage être dépourvue d'attaches familiales dans son pays d'origine où elle a vécu la majeure partie de sa vie jusqu'à l'âge de quarante-neuf ans et où résident ses parents et son frère. Compte tenu de l'ensemble de ces éléments, Mme B n'est pas fondée à soutenir que les dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile lui ouvraient droit à la délivrance d'un titre de séjour. En lui refusant le séjour, le préfet de Maine-et-Loire n'a pas porté au droit de l'intéressée au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels a été prise cette décision. Par suite, la décision attaquée ne méconnaît pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

6. En quatrième et dernier lieu, aux termes de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction alors applicable : " La carte de séjour temporaire mentionnée à l'article L. 313-11 ou la carte de séjour temporaire mentionnée aux 1° et 2° de l'article L. 313-10 peut être délivrée, sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, à l'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 313-2. / () ".

7. Mme B se prévaut des mêmes éléments que ceux évoqués précédemment au point 5. Ces éléments ne sont toutefois pas de nature à caractériser des considérations humanitaires ou des motifs exceptionnels au sens des dispositions précitées de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Ainsi, le préfet, qui n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation, n'a pas méconnu les dispositions précitées.

Sur la légalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination :

8. Compte tenu de ce qui a été dit ci-dessus, la requérante n'est pas fondée à soutenir que les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de renvoi sont illégales en raison de l'illégalité du refus de séjour.

9. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme B doit être rejetée, en toutes ses conclusions.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B, au préfet de Maine-et-Loire et à Me Rodrigues Devesas.

Délibéré après l'audience du 28 juin 2022, à laquelle siégeaient :

M. A de Baleine, président,

M. Huin, premier conseiller,

Mme Milin, première conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juillet 2022.

Le président-rapporteur,

A. A DE BALEINEL'assesseur le plus ancien

dans l'ordre du tableau,

F. HUIN

La greffière,

J. DIONIS

La République mande et ordonne au préfet de Maine-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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