mardi 20 septembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2111452 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | RODRIGUES DEVESAS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 12 octobre 2021, M. D A, représenté par Me Rodrigues Devesas, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 17 juin 2021 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office lorsque le délai sera expiré ;
3°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique, à titre principal, de délivrer le visa sollicité et, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa demande de titre de séjour et, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 75 euros par jour de retard et de lui délivrer sans délai un récépissé valant autorisation de séjour et de travail le temps de l'examen de cette demande ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros au profit de Me Rodrigues Devesas en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :
- il n'est pas établi qu'elle a été signée par une autorité compétente ;
- elle n'est pas suffisamment motivée ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnaît l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français : elle est entachée d'illégalité par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour.
Par un mémoire en défense, enregistré le 7 juillet 2022, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.
M. A a été admis à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 22 octobre 2021.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. B de Baleine, président, a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. D A, se disant ressortissant camerounais né en 2003, est arrivé en France sans justifier d'une entrée régulière et, selon ses déclarations, au mois de mars 2018. Après qu'il ait été pris en charge à titre provisoire par le département de la Loire-Atlantique, le procureur de la République de C, ne tenant pas l'intéressé pour un mineur de dix-huit ans, a, le 26 novembre 2018, décidé qu'il n'y avait pas lieu à assistance éducative. Toutefois et par un arrêt du 9 novembre 2020, la cour d'appel de Rennes, infirmant un jugement du juge des enfants de C du 13 mars 2019 disant n'y avoir lieu à assistance éducative et après avoir estimé la minorité suffisamment établie, a confié M. A au département de la Loire-Atlantique au titre de l'aide sociale à l'enfance jusqu'à sa majorité, le 23 mai 2021. M. A a sollicité du préfet de la Loire-Atlantique la régularisation de sa situation au regard du séjour en se prévalant des dispositions des articles L. 313-11 (7°), L. 313-15 et L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, outre de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par l'arrêté du 17 juin 2021 dont il demande l'annulation, ce préfet lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour et a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, laquelle fixe le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office lorsque ce délai sera expiré.
2. Le requérant a été admis le 22 octobre 2021 au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Ses conclusions tendant à son admission à l'aide juridictionnelle provisoire sont, par suite, sans objet.
Sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction :
3. Pour refuser à l'intéressé la délivrance d'un titre de séjour, le préfet de la Loire-Atlantique a retenu que M. A ne justifie pas de son état civil ni, par suite et au regard des dispositions de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, avoir été confié à l'aide sociale à l'enfance entre l'âge de seize ans et celui de dix-huit ans.
4. Aux termes de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A titre exceptionnel, l'étranger qui a été confié à l'aide sociale à l'enfance ou du tiers digne de confiance entre l'âge de seize ans et l'âge de dix-huit ans et qui justifie suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle peut, dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ", sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de cette formation, de la nature de ses liens avec sa famille restée dans le pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil ou du tiers digne de confiance sur l'insertion de cet étranger dans la société française. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. ". Aux termes de l'article R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui demande la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour présente à l'appui de sa demande : / 1° Les documents justifiants de son état civil ; / 2° Les documents justifiants de sa nationalité ; () ". Aux termes de l'article L. 811-2 du même code : " La vérification de tout acte d'état civil étranger est effectuée dans les conditions définies à l'article 47 du code civil. ". Enfin, aux termes de l'article 47 du code civil : " Tout acte de l'état civil des Français et des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité. () ".
5. Il résulte de ces dispositions qu'il n'appartient pas aux autorités administratives françaises de mettre en doute le bien-fondé d'un acte d'état civil étranger, hormis le cas où le document produit aurait un caractère frauduleux. La force probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger peut être combattue par tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. En cas de contestation par l'administration de la valeur probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger, il appartient au juge administratif de former sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties. Pour juger qu'un acte d'état civil produit devant lui est dépourvu de force probante, qu'il soit irrégulier, falsifié ou inexact, le juge doit, en conséquence, se fonder sur l'ensemble des éléments versés au dossier dans le cadre de l'instruction du litige qui lui est soumis. Ce faisant, il lui appartient d'apprécier les conséquences à tirer de la production par l'étranger d'une carte consulaire ou d'un passeport dont l'authenticité est établie ou n'est pas contestée, sans qu'une force probante particulière puisse être attribuée ou refusée par principe à de tels documents.
6. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le document présenté comme constituant l'acte naissance camerounais dressé le 10 juin 2003 présenterait, à hauteur de la ligne " Est née ", une correction venant effacer une donnée originale, l'unique copie de ce document au dossier ne faisant pas apparaître une telle correction. Si ce document présente une faute d'orthographe de la mention pré-imprimée " Profesion ", cette anomalie ne suffit pas à en conclure que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité. Il en va de même de la circonstance que les mentions pré-imprimées seraient réalisées en mode " laser toner ", dès lors qu'il ne ressort pas du dossier que les actes de naissance au Cameroun auraient habituellement en 2003 été dressés au moyen d'imprimés confectionnés en offset, à l'exclusion d'imprimés faisant l'objet d'une impression locale en mode " laser toner ". Par son arrêt du 9 novembre 2020, la chambre spéciale des mineurs de la cour d'appel de Rennes a estimé que le document produit atteste de la minorité du requérant comme étant né le 23 mai 2003 à Douala. En outre, l'autorité camerounaise en France a délivré à l'intéressé une carte consulaire et, le 10 novembre 2020, un passeport, ces deux documents faisant état d'une naissance le 23 mai 2003. Compte tenu de l'ensemble de ces éléments, c'est à tort que le préfet de la Loire-Atlantique a estimé que le requérant, dont les nom, prénom et nationalité ne sont pas contestés, ne justifie pas de son état civil ni avoir été confié à l'aide sociale à l'enfance entre l'âge de seize ans et celui de dix-huit ans.
7. Il résulte de ce qui précède que le requérant est fondé à demander l'annulation de la décision lui refusant la délivrance d'un titre de séjour comme, par suite, de l'ensemble de l'arrêté attaqué.
8. Les autres moyens de la requête ne sont pas, en l'état de l'instruction, propres à justifier l'annulation de l'arrêté attaqué. Dès lors, le présent jugement implique nécessairement que le préfet de la Loire-Atlantique réexamine la situation de M. A au regard du séjour, dans un délai qu'il y a lieu de fixer à deux mois à compter de la notification du présent jugement. Dès cette notification et dans l'attente d'une nouvelle décision sur cette situation, il munira l'intéressé d'un récépissé de demande de carte de séjour temporaire, valant autorisation provisoire de séjour. Si le requérant demande que cette autorisation provisoire de séjour l'autorise à travailler, l'article L. 431-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit que, sous réserve de exceptions prévues par la loi ou les règlements, un tel document n'autorise pas son titulaire à exercer une activité professionnelle. La situation du requérant ne relève d'aucune des exceptions ainsi prévues par la loi ou les règlements, notamment pas celles énumérées par l'article R. 431-14 de ce code. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
9. Il y a lieu de faire application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 en mettant à la charge de l'Etat le versement à Me Rodrigues Devesas de la somme de 1 200 euros à ce titre.
D É C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions tendant à l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : L'arrêté du préfet de la Loire-Atlantique du 17 juin 2021 est annulé.
Article 3 : Il est enjoint au préfet de la Loire-Atlantique de réexaminer la situation de M. A dans un délai de deux mois à compter de la notification de la présente décision et, dans l'attente d'une nouvelle décision sur cette situation et dès cette notification, de le munir d'un récépissé de demande de titre de séjour, valant autorisation provisoire de séjour.
Article 4 : L'Etat versera à Me Rodrigues Devesas la somme de 1 200 euros au titre de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juilet 1991 relative à l'aide juridique.
Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. D A, au préfet de la Loire-Atlantique et à Me Rodrigues Devesas.
Délibéré après l'audience du 6 septembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. B de Baleine, président,
Mme Thomas, première conseillère
Mme Milin, première conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 septembre 2022.
Le président-rapporteur,
A. B DE BALEINE
L'assesseure la plus ancienne
dans l'ordre du tableau,
S. THOMAS
La greffière,
L. LÉCUYER
La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026