mercredi 25 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2111454 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | LEVY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 13 octobre 2021 et le 13 décembre 2022, Mme B C épouse D A, représentée par Me Levy, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 19 février 2021 par laquelle le préfet de la Meurthe-et-Moselle a ajourné à deux ans sa demande de naturalisation, ainsi que la décision du
26 juillet 2021 par laquelle le ministre de l'intérieur a maintenu l'ajournement à deux ans de sa demande de naturalisation ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de réexaminer sa demande de naturalisation, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros qui devra être versée à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Elle soutient que :
- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 21 novembre 2022, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés.
Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 29 novembre 2021.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Le rapport de Mme El Mouats-Saint-Dizier a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C, épouse D A, ressortissante algérienne née le 15 mars 1984, a déposé une demande de naturalisation auprès du préfet de la Meurthe-et-Moselle, qui l'a ajournée à deux ans par une décision du 19 février 2021. Par sa requête, Mme C doit être regardée comme demandant au tribunal d'annuler la décision du 26 juillet 2021 par laquelle le ministre de l'intérieur a maintenu l'ajournement à deux ans de sa demande d'acquisition de la nationalité française.
Sur les conclusions à fin d'annulation°:
2. Aux termes de l'article 21-15 du code civil : " () l'acquisition de la nationalité française par décision de l'autorité publique résulte d'une naturalisation accordée par décret à la demande de l'étranger ". En vertu des dispositions de l'article 48 du décret du 30 décembre 1993 relatif aux déclarations de nationalité, aux décisions de naturalisation, de réintégration, de perte, de déchéance et de retrait de la nationalité française, si le ministre chargé des naturalisations estime qu'il n'y a pas lieu d'accorder la naturalisation sollicitée, il prononce le rejet de la demande. Il peut également en prononcer l'ajournement en imposant un délai ou des conditions. Une fois ce délai expiré ou ces conditions réalisées, il appartient à la personne postulante, si elle le juge opportun, de formuler une nouvelle demande. Il appartient ainsi au ministre de porter une appréciation sur l'intérêt d'accorder la naturalisation à la personne étrangère qui la sollicite. Dans le cadre de cet examen d'opportunité, il peut légalement prendre en compte les renseignements défavorables recueillis sur le comportement de la postulante ainsi que son degré d'insertion professionnelle et d'autonomie matérielle. Pour ajourner ou rejeter une demande de naturalisation, l'autorité administrative ne peut toutefois se fonder ni sur l'existence d'une maladie ou d'un handicap, ni sur l'insuffisance des ressources de la personne intéressée lorsqu'elle résulte directement d'une maladie ou d'un handicap.
3. Pour ajourner la demande d'acquisition de la nationalité française de Mme C, le ministre s'est fondé sur les motifs tirés de ce que le comportement de l'intéressée au regard de ses obligations locatives était sujet à critiques dès lors qu'elle avait laissé se constituer envers son bailleur une dette s'élevant à 771,64 euros au 16 décembre 2020, et que son insertion professionnelle ne pouvait être regardée comme pleinement réalisée en l'absence de ressources suffisantes et stables.
4. D'une part, s'il ressort des pièces du dossier que Mme C était redevable envers son bailleur social de la somme de 771,64 euros le 16 décembre 2020, cette dette était due à un retard de versement de la caisse d'allocation familiales et a été apurée au cours de l'année 2021, à la suite d'un rappel de prestations sociales accordées à Mme C. Dès lors, le retard de paiement ne lui est pas imputable. Par suite, en se fondant sur ce motif pour ajourner la demande de naturalisation de Mme C, le ministre a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.
5. D'autre part, à la date de la décision attaquée, Mme C n'exerçait aucune activité professionnelle et l'essentiel de ses revenus provenait de prestations sociales, y compris l'allocation pour adulte handicapée à hauteur de 903 euros par mois. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que la commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées lui a reconnu un taux d'incapacité supérieur à 50% et inférieur à 80%, et a reconnu que ses possibilités de conserver ou d'obtenir un emploi sont réduites du fait de son handicap. Il résulte également d'une décision de la maison départementale des personnes handicapées de Meurthe-et-Moselle en date du 8 avril 2021 que Mme C rencontre une restriction substantielle et durable pour l'accès à l'emploi liée à sa situation de handicap. Dès lors, la circonstance que l'insertion professionnelle de Mme C ne peut être regardée comme pleinement réalisée en l'absence de ressources suffisantes et stables résulte directement de son handicap. Par suite, en retenant le motif tiré de l'insuffisante insertion professionnelle de l'intéressée pour ajourner à deux ans sa demande de naturalisation, le ministre a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.
6. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur l'autre moyen de la requête, que la décision du 26 juillet 2021 doit être annulée.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
7. L'exécution du présent jugement implique qu'il soit enjoint au ministre de l'intérieur et des outre-mer de réexaminer la demande de naturalisation de Mme C, dans un délai de six mois à compter de sa notification.
Sur les frais liés au litige :
6. Mme C a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Levy, avocate de Mme C, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du ministre de l'intérieur et des outre-mer du 26 juillet 2021 est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur et des outre-mer de réexaminer la demande de naturalisation de Mme C, dans un délai de six mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera à Me Levy une somme de 1 200 (mille deux cents) euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de renonciation à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C, à Me Levy et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 4 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Hervouet, président du tribunal,
Mme F, première vice-présidente,
Mme El Mouats-Saint-Dizier, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 septembre 2024.
La rapporteure,
M. E
SAINT-DIZIERLe président,
C. HERVOUET
La greffière,
P. LABOUREL
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026