jeudi 9 janvier 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2111458 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | SAID MOHAMED |
Vu la procédure suivante :
I. Sous le n° 2111458, par une requête enregistrée le 12 octobre 2021, M. C B, représenté par Me Saïd Mohamed, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 12 août 2021 par laquelle le ministre de l'intérieur a rejeté son recours gracieux contre la décision du 4 mai 2021 rejetant sa demande de naturalisation ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- il n'est pas établi que les décisions attaquées ont été signées par une autorité compétente ;
- les décisions attaquées sont insuffisamment motivées ;
- elles sont entachées d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;
- le refus litigieux est entaché d'erreur de droit au regard des articles 21-15, 21-24 et 37-1 du code civil, des articles 48 et 49 du décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 et de la circulaire du 27 juillet 2010, dès lors que l'origine étrangère de ses ressources n'est pas à elle seule suffisante pour considérer qu'il n'a pas fixé en France le centre de ses intérêts matériels et familiaux alors qu'il justifie d'une bonne intégration sur le territoire français ;
- il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation, tous les membres de sa famille résidant en France et la plupart étant de nationalité française ; il a en outre au cours de sa carrière d'entrepreneur rendu service à de nombreuses entreprises françaises.
Par un mémoire en défense, enregistré le 5 janvier 2023, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens invoqués par M. B ne sont pas fondés.
II. Sous le n° 2111474, par une requête enregistrée le 12 octobre 2021, Mme E D épouse B, représentée par Me Saïd Mohamed, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 12 août 2021 par laquelle le ministre de l'intérieur a rejeté son recours gracieux contre la décision du 4 mai 2021 rejetant sa demande de naturalisation ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- il n'est pas établi que les décisions attaquées ont été signées par une autorité compétente ;
- les décisions attaquées sont insuffisamment motivées ;
- elles sont entachées d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;
- le refus litigieux est entaché d'erreur de droit au regard des articles 21-15, 21-24 et 37-1 du code civil, des articles 48 et 49 du décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 et de la circulaire du 27 juillet 2010, dès lors que l'origine étrangère de ses ressources n'est pas à elle seule suffisante pour considérer qu'elle n'a pas fixé en France le centre de ses intérêts matériels et familiaux alors qu'elle justifie d'une bonne intégration sur le territoire français ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation, tous les membres de sa famille résidant en France et la plupart étant de nationalité française.
Par un mémoire en défense, enregistré le 5 janvier 2023, le ministre de l'intérieur et des Outre-mer conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens invoqués par Mme B ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- le code civil ;
- le décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Le rapport de Mme Frelaut a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. et Mme B, ressortissants syriens respectivement nés les 3 novembre 1955 et 13 janvier 1960, ont déposé une demande de naturalisation auprès de l'administration. Par des décisions du 4 mai 2021, le ministre de l'intérieur a rejeté leurs demandes. Ils ont formé un recours gracieux contre ces décisions, rejeté par deux décisions du ministre du 12 août 2021. Par leurs requêtes, M. et Mme B demandent au tribunal d'annuler les décisions du ministre de l'intérieur du 12 août 2021.
2. Les requêtes enregistrées sous les nos 2111458 et 2111474 ont fait l'objet d'une instruction commune et présentent à juger les mêmes questions. Il y a lieu de les joindre pour y statuer par un seul jugement.
Sur l'étendue du litige :
3. Il est toujours loisible à la personne intéressée, sauf à ce que des dispositions spéciales en disposent autrement, de former à l'encontre d'une décision administrative un recours gracieux devant l'auteur de cet acte et de ne former un recours contentieux que lorsque le recours gracieux a été rejeté. L'exercice du recours gracieux n'ayant d'autre objet que d'inviter l'auteur de la décision à reconsidérer sa position, un recours contentieux consécutif au rejet d'un recours gracieux doit nécessairement être regardé comme étant dirigé, non pas tant contre le rejet du recours gracieux dont les vices propres ne peuvent être utilement contestés, que contre la décision initialement prise par l'autorité administrative. Il appartient, en conséquence, au juge administratif, s'il est saisi dans le délai de recours contentieux qui a recommencé de courir à compter de la notification du rejet du recours gracieux, de conclusions dirigées formellement contre le seul rejet du recours gracieux, d'interpréter les conclusions qui lui sont soumises comme étant aussi dirigées contre la décision administrative initiale.
4. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. et Mme B contre les décisions du ministre de l'intérieur du 12 août 2021 doivent être regardées comme dirigées contre les deux décisions initiales du 4 mai 2021, et que les moyens tirés du défaut de motivation et de l'incompétence du signataire des décisions du 12 août 2021 prises sur recours gracieux doivent être écartés comme inopérants.
Sur les conclusions à fin d'annulation des décisions du ministre de l'intérieur du 4 mai 2021 :
5. En premier lieu, conformément aux dispositions de l'article 1er du décret du 27 juillet 2005 relatif aux délégations de signature des membres du Gouvernement, les sous-directeurs disposent de la délégation pour signer, au nom du ministre chargé des naturalisations, l'ensemble des actes relatifs aux affaires des services placés sous leur autorité, à l'exception des décrets. Par un arrêté du 8 octobre 2020, publié au Journal officiel de la République française du 10 octobre 2020, M. F A, signataire des deux décisions attaquées du 4 mai 2021, a été nommé sous-directeur de l'accès à la nationalité française à la direction de l'accueil, de l'accompagnement des étrangers et de la nationalité à la direction générale des étrangers en France. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur des actes attaqués manque en fait.
6. En deuxième lieu, les décisions attaquées comportent l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Elles sont, par suite, suffisamment motivées, de sorte que le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.
7. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que le ministre de l'intérieur a, avant de prononcer le refus litigieux, procédé à un examen réel et sérieux de la situation de M. et Mme B.
8. En quatrième lieu, aux termes de l'article 21-15 du code civil : " Hors le cas prévu à l'article 21-14-1, l'acquisition de la nationalité française par décision de l'autorité publique résulte d'une naturalisation accordée par décret à la demande de l'étranger ". Aux termes de l'article 21-16 de ce code : " Nul ne peut être naturalisé s'il n'a en France sa résidence au moment de la signature du décret de naturalisation ". Aux termes de l'article 48 du décret du 30 décembre 1993 relatif aux déclarations de nationalité, aux décisions de naturalisation, de réintégration, de perte, de déchéance et de retrait de la nationalité française : " () / Si le ministre chargé des naturalisations estime qu'il n'y a pas lieu d'accorder la naturalisation () sollicitée, il prononce le rejet de la demande. Il peut également en prononcer l'ajournement en imposant un délai ou des conditions () ". En vertu de ces dispositions, il appartient au ministre chargé des naturalisations de porter une appréciation sur l'intérêt d'accorder la naturalisation à l'étranger qui la sollicite en tenant compte de toutes les circonstances de l'affaire, y compris de celles qui ont été examinées pour statuer sur la recevabilité de la demande. Dans le cadre de cet examen d'opportunité, il peut ainsi légalement prendre en compte le fait que le postulant ne justifie pas de la fixation en France du centre de ses intérêts, compte tenu notamment de l'origine des ressources dont il dispose.
9. Il ressort des décisions attaquées que, pour rejeter les demandes de naturalisation présentées par M. et Mme B, le ministre de l'intérieur s'est fondé sur le motif tiré de ce qu'une part importante des ressources des intéressés provenait de l'étranger, de sorte qu'il n'était pas établi qu'ils avaient totalement transféré en France le centre de leurs intérêts.
10. Dans le cadre de l'examen d'opportunité prévu par les dispositions citées au point 8, le ministre de l'intérieur peut légalement prendre en compte le fait que le postulant ne justifie pas de la fixation en France du centre de ses intérêts, compte tenu notamment de l'origine des ressources dont il dispose. M. et Mme B ne sont donc pas fondés à soutenir que le ministre aurait commis une erreur de droit en se fondant notamment sur ce critère pour considérer qu'ils n'avaient pas fixé en France le centre de leurs intérêts. En outre, les requérants ne peuvent utilement se prévaloir de la circulaire du 27 juillet 2010, qui est dépourvue de caractère réglementaire.
11. En dernier lieu, M. et Mme B ne contestent pas que leurs ressources sont issues pour l'essentiel des actions et obligations des sociétés de M. B basées au Liban et en Syrie, provenant ainsi majoritairement de l'étranger. Ils ne contestent pas non plus n'avoir transmis au ministre aucun avis d'imposition sur le revenu permettant de justifier de leur situation fiscale au regard de l'impôt sur le revenu en France, malgré la demande de ce dernier. Dans ces circonstances, en dépit de la durée depuis laquelle les requérants résident en France et du fait que plusieurs membres de leur famille soient français, le ministre de l'intérieur, eu égard au large pouvoir d'appréciation dont il dispose, n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en refusant d'accorder à M. et Mme B la nationalité française pour le motif cité au point 9.
12. Il résulte de ce qui précède que les requêtes de M. et Mme B doivent être rejetées, en toutes leurs conclusions.
D E C I D E :
Article 1er : Les requêtes n° 2111458 et n° 2111474 de M. et Mme B sont rejetées.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, à Mme E D épouse B et au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur.
Délibéré après l'audience du 12 décembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Allio-Rousseau, présidente,
Mme Frelaut, première conseillère,
Mme Benoist, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 janvier 2025.
La rapporteure,
L. FRELAUT
La présidente,
M.-P. ALLIO-ROUSSEAULa greffière,
C. MICHAULT
La République mande et ordonne au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce que requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier
2, 2111474
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026