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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2111459

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2111459

mercredi 19 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2111459
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantSIMEN

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête, enregistrée le 20 juin 2019, sous le n° 1906668, M. D E, représenté par Me Philippon, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le préfet de la Loire-Atlantique a rejeté sa demande de titre de séjour, présentée le 3 décembre 2018 ;

2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer un titre de séjour sans délai ou, subsidiairement, de réexaminer sa situation et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'État le versement à son conseil de la somme de 1 200 euros sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'une erreur de droit au regard des stipulations de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968.

Par un mémoire, enregistré le 20 septembre 2021, le préfet de la Loire-Atlantique conclut à ce qu'il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction dirigées contre la décision implicite et s'en remet à la sagesse du tribunal sur le surplus des conclusions de la requête.

Il fait valoir que ces conclusions sont devenues sans objet, dès lors qu'une décision expresse a été prise le 15 septembre 2021 sur la demande de titre de séjour du requérant.

M. E a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 12 septembre 2019.

II. Par une requête, enregistrée le 13 octobre 2021, sous le n° 2111459, et un mémoire enregistré le 12 juin 2022, M. D E, représenté par Me Simen, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 15 septembre 2021 par laquelle le préfet de la

Loire-Atlantique a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office ;

2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 25 euros par jour de retard ou, subsidiairement, de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'État le versement à son conseil de la somme de 1 800 euros sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- les décisions attaquées ont été prises par une autorité incompétente ;

- la décision portant refus de titre de séjour est entachée d'un vice de procédure, dès lors qu'elle n'a pas été précédée de l'avis de la commission du titre de séjour ;

- cette décision est entachée d'erreurs de fait et d'une erreur d'appréciation s'agissant de la durée de sa présence continue sur le territoire français depuis 2009 et méconnaît l'article 6,

1° de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- cette décision est entachée d'une erreur d'appréciation, au regard de l'article 6, 4° de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, en ce qu'elle relève qu'il ne subvient pas à l'entretien et à l'éducation de sa fille depuis au moins un an ;

- cette décision méconnaît les stipulations du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- cette décision méconnaît les stipulations de l'article 6, 5° de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'une erreur de droit, dès lors que le préfet de Loire atlantique a méconnu les stipulations des articles 6, 4° et 6, 5° de l'accord Franco-Algérien, 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant, et

8 de la convention européenne des droits de l'homme ;

- cette décision méconnaît les dispositions du 3 de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il réside en France depuis plus de dix ans.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 septembre 2022, le préfet de la

Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- le moyen tiré de l'absence de saisine de la commission du titre de séjour est inopérant ;

- les autres moyens soulevés par M. E ne sont pas fondés.

M. E a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 11 janvier 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de M. B a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. E, ressortissant algérien, né le 29 juillet 1974, est entré en France en 2009 selon ses déclarations. Il a bénéficié du 5 mars 2010 au 4 mars 2011 d'un certificat de résidence en sa qualité de conjoint d'une ressortissante française. De son union avec cette dernière est née, le 19 septembre 2009, une enfant de nationalité française. Après son divorce, il fait l'objet, le 8 décembre 2011, d'une mesure d'éloignement. Il a sollicité du préfet de la Loire-Atlantique, par un courrier reçu le 19 décembre 2018, la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des stipulations de l'article 6, 5° de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Par la requête n° 1906668, M. E demande l'annulation de la décision par laquelle le préfet a implicitement rejeté sa demande. L'intéressé a sollicité, le 24 avril 2019, la communication des motifs de cette décision. Il a complété, par un courrier du 9 septembre 2021, sa demande de titre de séjour en évoquant également les stipulations des points 1 et 4 de l'article 6 de l'accord franco-algérien. Par un arrêté du 15 septembre 2021, dont M. E demande l'annulation par la requête n° 2111459, le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office.

2. Les requêtes nos 1906668 et 2111459 sont présentées par la même personne et présentent à juger des questions semblables. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un même jugement.

Sur l'exception de non-lieu soulevée par le préfet de la Loire-Atlantique :

3. La décision du préfet de Loire-Atlantique du 15 septembre 2021 s'étant substituée à la décision implicite de rejet née du silence gardé par l'administration pendant plus de quatre mois sur la demande de titre de séjour déposée par M. E, les conclusions à fin d'annulation de ce dernier dirigées contre cette décision implicite de rejet sont devenues sans objet. Il n'y a plus lieu d'y statuer.

Sur le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur des décisions attaquées :

4. Les décisions en litige ont été signées par Mme C A, directrice des migrations et de l'intégration à la préfecture de la Loire-Atlantique. Par un arrêté du 1er septembre 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour, le préfet de la Loire-Atlantique lui a donné délégation à l'effet de signer notamment les décisions portant refus de séjour ou obligation de quitter le territoire et celles fixant le pays d'éloignement. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire des actes doit donc être écarté.

Sur la décision de refus de titre de séjour du 15 septembre 2021 :

5. D'une part, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Aux termes des stipulations du 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, de autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

6. D'autre part, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien visé ci-dessus : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : 1) au ressortissant algérien, qui justifie par tout moyen résider en France depuis plus de dix ans ou plus de quinze ans si, au cours de cette période, il a séjourné en qualité d'étudiant ; () 4) au ressortissant algérien ascendant direct d'un enfant français mineur résident en France, à la condition qu'il exerce même partiellement l'autorité parentale à l'égard de cet enfant ou qu'il subvienne effectivement à ses besoins. () 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus () "

7. En premier lieu, l'absence de réponse de l'administration à la demande du requérant tendant à la communication des motifs de la décision implicite de refus de titre de séjour est sans incidence sur la légalité de la décision expresse du 15 septembre 2021, qui, par ailleurs, énonce les considérations de fait et de droit qui la fondent. Le moyen tiré du défaut de motivation de la décision contestée doit, par suite, être écarté.

8. En deuxième lieu, si M. E fait valoir qu'il réside en France de manière continue depuis le mois de juillet 2009, les éléments qu'il apporte à l'appui de sa demande d'admission au séjour ne sont pas, comme l'a relevé l'administration, d'une valeur probante suffisante. Ainsi, pour l'année 2013, le requérant se borne à produire un relevé de prestations médicales effectuées jusqu'au mois de mai de cette année, ce qui ne suffit pas à établir une présence continue au cours de l'année en cause. Pour l'année 2015, il produit seulement un courrier du ministère de l'intérieur, daté du 21 novembre 2015, qui lui a été adressé au domicile d'un de ses frères et qui ne suffit pas à prouver qu'il a bien réceptionné ce courrier au cours de l'année en cause. Il verse également aux débats des attestations de proches, peu circonstanciées sur sa présence au cours de l'année 2015, et qui ne peuvent être regardées comme justifiant d'une présence habituelle et continue en France au cours de cette année. De même, les documents produits relatifs à l'année 2016, s'ils permettent d'établir que l'intéressé était présent sur le territoire français en janvier et en novembre de cette année, mois au cours desquels des infractions ont été constatées à son encontre, ne suffisent toutefois pas à établir sa présence continue, les courriers de cette année produits lui ayant été adressés chez un de ses frères. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée serait entachée d'erreurs de fait et d'une erreur d'appréciation s'agissant de la durée de sa présence continue sur le territoire français depuis 2009 et méconnaîtrait, pour cette raison, l'article 6, 1° de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968.

9. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. E n'exerce pas, même partiellement, l'autorité parentale sur son enfant de nationalité française. Il n'est pas davantage établi qu'il subvienne à l'entretien de cette enfant, même s'il fait valoir que cela résulte de son impécuniosité. Par suite, la décision attaquée n'est pas entachée d'une erreur d'appréciation s'agissant de son absence de contribution à l'entretien de l'enfant et ne méconnaît pas les stipulations de l'article 6, 4° de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Pour les mêmes motifs, et contenu du caractère ténu des liens de l'intéressé avec cette enfant en dépit d'efforts récents pour faire appliquer le droit de visite médiatisé qui lui a été reconnu par une décision du juge aux affaires familiales du 19 septembre 2019, l'administration n'a pas méconnu les stipulations de l'article 3.1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, ni commis d'erreur d'appréciation dans la prise en compte de l'intérêt supérieur de cette enfant.

10. En quatrième lieu, s'il se prévaut d'une présence en France depuis plus de dix ans, sans toutefois en établir le caractère continu, le requérant était célibataire, n'assumait pas la charge de son enfant et n'avait pas noué de liens avec elle. Si ses trois frères résident en France, il n'avait pas, par ailleurs, formé dans ce pays des liens intenses, anciens et stables et n'y était aucunement inséré socialement ou professionnellement. Enfin, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. E serait dépourvu d'attaches personnelles en Algérie, où il a vécu la plus grande part de sa vie. Dans ces conditions, la décision attaquée, qui n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale de l'intéressé, n'est pas entachée d'une erreur de droit au regard des stipulations de l'article 6, 5° de l'accord franco-algérien et ne méconnaît ni ces stipulations, ni celles de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

11. En dernier lieu, le préfet n'est tenu de saisir la commission du titre de séjour que du seul cas des étrangers qui remplissent effectivement la condition ouvrant droit à la délivrance d'un titre de plein droit, et non de tous les étrangers qui s'en prévalent, ce qui n'est pas le cas, en l'espèce. Le moyen tiré du défaut de saisine de cette commission doit, dès lors, être écarté comme inopérant.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

12. En premier lieu, l'illégalité du refus de titre de séjour en litige n'étant pas établie, eu égard à ce qui précède, l'obligation de quitter le territoire français prise à l'encontre du requérant sur le fondement de ce refus n'est entachée ni d'erreur de droit, ni de défaut de base légale. Elle ne méconnaît pas non plus les dispositions du 3° de l'article L 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui permettent à l'autorité administrative d'obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il s'est vu, comme en l'espèce, refuser la délivrance d'un titre de séjour.

13. En dernier lieu, eu égard à ce qui précède, et à supposer le moyen soulevé, la décision contestée ne méconnaît pas les dispositions de l'article L 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui prévoient notamment que ne peut faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français, l'étranger qui réside régulièrement en France depuis plus de dix ans ou qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France, à condition qu'il établisse contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, ce qui n'est pas le cas du requérant.

14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. E à fin d'annulation de l'arrêté 15 septembre 2021 doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, de ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte.

15. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme au titre des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions à fin d'annulation de la décision implicite par laquelle le préfet de la Loire-Atlantique a rejeté la demande de titre de séjour de M. E, présentée le 3 décembre 2018.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête n° 1906668 et la requête n° 2111459 de M. E sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D E, à Me Philippon, à Me Simen et au préfet de la Loire-Atlantique.

Délibéré après l'audience du 5 octobre 2022 à laquelle siégeaient :

Mme Loirat, présidente,

M. Gauthier, premier conseiller,

M. Catroux, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 octobre 2022.

Le rapporteur,

X. B

La présidente,

C. LOIRAT La greffière,

S. LEGEAY

La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

N° 1906668; 2111459

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