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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2111507

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2111507

jeudi 22 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2111507
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantGUILBAUD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 13 octobre 2021, M. C A, représenté par Me Guilbaud, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 22 février 2021 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office ;

2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jours de retard, ou, subsidiairement, de réexaminer sa situation, dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte et, en tous les cas, de le munir d'une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler pendant le temps de la fabrication de son titre de séjour ou du réexamen de sa situation, dans un délai de huit sous astreinte de cinquante euros par jour de retard;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 200 euros au profit de son conseil qui renoncera, dans cette hypothèse, à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative ;

Il soutient que :

S'agissant du refus de titre de séjour :

- il est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'un défaut d'examen de sa situation ;

- il est entaché d'une erreur de droit, d'une erreur d'appréciation au regard de l'article L. 313-11, 7° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- il est entaché d'une erreur de fait, en ce qu'il mentionne la présence en Guinée de ses frères et sœurs mineurs, dès lors qu'il s'agit de demi-frères et de demi-sœurs majeurs ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

S'agissant de l'obligation de quitter le territoire :

- l'illégalité du refus de séjour la prive de base légale ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

S'agissant de l'interdiction de retour sur le territoire :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;

- l'illégalité du refus de séjour et de l'obligation de quitter le territoire français la prive de base légale

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 novembre 2022, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 20 septembre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de M. B a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C A, ressortissant guinéen né le 1er mai 2001, est entré en France le 1er janvier 2017, selon ses déclarations. Il a sollicité le 28 juillet 2020 son admission au séjour en se prévalant d'une promesse d'embauche, de la scolarité suivie en 2018-2019 et 2019-2020 ainsi que de lettres de soutien. Par un arrêté du 22 février 2021, dont M. A demande l'annulation, le préfet de la Loire-Atlantique a rejeté cette demande, a obligé l'intéressé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 313-14, alors applicable, du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dont les dispositions sont reprises, depuis le 1er mai 2021, à l'article L. 435-1 du même code : " La carte de séjour temporaire mentionnée à l'article L. 313-11 ou la carte de séjour temporaire mentionnée aux 1° et 2° de l'article L. 313-10 peut être délivrée, sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, à l'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 313-2 () ".

3. Il n'est pas contesté que M. A, orphelin de ses deux parents, est entré en France alors qu'il était âgé de quinze ans et y séjournait, à la date de la décision contestée, depuis plus de quatre années. Il ressort des pièces du dossier que l'intéressé y a suivi avec succès une scolarité, qui lui a permis d'obtenir en juin 2020 le certificat d'aptitude professionnelle (CAP) agricole avec la mention " très bien ", avant de s'engager dans une formation en CAP de " jardinier-paysagiste ", obtenant au cours du premier trimestre de l'année 2020-2021 une moyenne de 16 sur 20. Il ressort également des nombreuses attestations, très circonstanciées, produites par le requérant, qu'il a noué, durant son séjour en France, de forts liens, en particulier, avec les familles, membres de l'association Hébergeurs solidaires des mineurs non-accompagnés, qui l'ont hébergé à titre gracieux et entièrement pris en charge. Ces attestations soulignent les qualités du requérant notamment sa propension à aider les autres, sa maturité et son investissement dans sa formation et dans l'apprentissage de la langue française. Il s'est, de plus, bien intégré à une exploitation agricole qui l'a accueilli en stage et lui a proposé un contrat de saisonnier agricole pour la période de juillet 2020 à janvier 2021. Par suite, et malgré le large pouvoir dont dispose l'autorité administrative pour décider en opportunité d'une mesure d'intégration, M. A est fondé à soutenir que le préfet a, dans les circonstances particulières de l'espèce, commis une erreur manifeste d'appréciation en ne regardant pas les éléments, relatifs à sa vie privée et familiale et à son intégration socio-professionnelle, qu'il faisait valoir, comme des motifs exceptionnels justifiant son admission au séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

4. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. A est fondé à demander l'annulation de la décision du 22 février 2021 du préfet de Loire-Atlantique refusant de lui délivrer un titre de séjour, ainsi que, par voie de conséquence, les décisions du même jour l'obligeant à quitter le territoire français et fixant le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

5. En raison du motif qui la fonde, l'annulation des décisions attaquées, implique nécessairement, compte tenu de l'absence de changements de circonstances de droit ou de fait y faisant obstacle, que le préfet de la Loire-Atlantique délivre à M. A une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ". Il y a lieu d'enjoindre au préfet d'y procéder dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, en revanche, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

6. M. A a obtenu l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Guilbaud renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'Etat le versement à son profit de la somme de 1 200 euros.

D É C I D E :

Article 1er : L'arrêté du préfet de la Loire-Atlantique du 22 février 2021 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Loire-Atlantique de délivrer à M. A une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à Me Guilbaud la somme de 1 200 euros (mille deux-cents euros) en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que celle-ci renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, à Me Guilbaud et au préfet de la Loire-Atlantique.

Délibéré après l'audience du 8 décembre 2022 à laquelle siégeaient :

Mlle Wunderlich, présidente,

M. Catroux, premier conseiller,

Mme Le Lay, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 décembre 2022.

Le rapporteur,

X. BLa présidente,

A.-C. WUNDERLICH

La greffière,

L. BILLAUD

La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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