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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2111558

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2111558

jeudi 22 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2111558
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantSELARL R & P AVOCATS - OLIVIER RENARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 13 octobre 2021, 17 janvier 2022 et 30 novembre 2022 et, M. A F B, représenté par Me Renard, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 9 septembre 2021 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de renouveler son titre de séjour pour raisons de santé, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office lorsque ce délai sera expiré ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation d'une part, et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour portant autorisation de travail le temps de ce réexamen d'autre part, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros au profit de son conseil qui renoncera, dans cette hypothèse, à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :

- elle n'a pas été signée par une autorité compétente ;

- elle n'est pas suffisamment motivée ;

- elle n'a pas été précédée de l'examen de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'un vice de procédure : le préfet ne justifie pas de l'existence d'un avis rendu par le collège des médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) ; il n'est pas démontré que le médecin rapporteur a rendu son rapport et n'a pas siégé au sein du collège ; il n'est pas démontré que l'avis a été pris après une délibération collégiale ; l'un des médecins du collège n'a pas été désigné en cette qualité par le directeur général de l'OFII ; l'authenticité des signatures des médecins apposées sur l'avis du collège, qui sont illisibles, n'est pas démontrée, les dispositions des articles 26, 28 et 29 du règlement n° 910/2014 du parlement et du conseil du 23 juillet 2014 et de leurs annexes, de l'article 1367 du code civil, de l'article 9 de l'ordonnance n° 2005-1516 du 8 décembre 2005, et de l'article 1er du décret du 28 septembre 2017 relatif à la signature électronique ayant été méconnues ;

- elle est entachée d'une erreur de droit, dès lors que le préfet s'est cru lié par l'avis de l'OFII ;

- elle méconnaît l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de l'intéressé ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle n'a pas été signée par une autorité compétente ;

- elle n'est pas suffisamment motivée ;

- l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour la prive de base légale ;

- elle n'a pas été précédée de l'examen de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de l'intéressé ;

- elle méconnaît l'article L. 611-3, 9°du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- elle n'a pas été signée par une autorité compétente ;

- elle n'est pas suffisamment motivée et n'a pas été précédée de l'examen de sa situation personnelle ;

- l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français la prive de base légale ;

- elle méconnaît les articles 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 novembre 2022, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la décision INTV2124799S du 10 août 2021 portant désignation des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration chargés d'émettre l'avis prévu au deuxième alinéa des articles R. 611-1 et R. 611-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et modifiant la décision du 17 janvier 2017 portant désignation au collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, modifié ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de M. D a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A F B, ressortissant guinéen né le 1er février 2000, est entré en France le 1er août 2018, selon ses déclarations. Sa demande d'asile a été rejetée le 18 décembre 2018 par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, puis le 24 février 2020, par la Cour nationale du droit d'asile. Il a bénéficié jusqu'au 26 août 2020 d'un titre de séjour pour raisons de santé, dont il a sollicité du préfet de la Loire-Atlantique le renouvellement. Par l'arrêté du 9 septembre 2021 dont M. B demande l'annulation, le préfet de la Loire-Atlantique a rejeté cette demande et assorti ce rejet d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, laquelle obligation fixe le pays à destination duquel l'intéressé pourra être reconduit d'office lorsque ce délai sera expiré.

Sur les moyens communs aux décisions attaquées :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par Mme E C, directrice des migrations et de l'intégration de la préfecture de la Loire-Atlantique. Par arrêté du 31 août 2021 publié le lendemain au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet lui a donné délégation à l'effet de signer notamment les décisions portant refus de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de renvoi. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de cette signataire doit être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué comporte l'indication des raisons de droit comme de fait pour lesquelles son auteur a décidé de refuser de délivrer au requérant le titre de séjour sollicité. Dès lors, le préfet n'étant pas tenu de mentionner tous les éléments du dossier de demande qui lui était soumis, cette décision est suffisamment motivée comme, en conséquence des dispositions du second alinéa de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'obligation de quitter le territoire français. En outre, cet arrêté, qui vise notamment les articles L. 612-12 et L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, constate qu'il est fait obligation à l'intéressé, qui est de nationalité guinéenne et ne justifie pas faire l'objet des risques en cas de retour dans son pays d'origine, de quitter le territoire français. Par suite, la décision fixant le pays de destination est, de ce seul fait, suffisamment motivée.

4. En troisième et dernier lieu, il ressort des pièces du dossier et notamment de la motivation de l'arrêté attaqué, que les décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de renvoi ont été précédées d'un examen particulier de la situation personnelle du requérant.

Sur la légalité de la décision portant refus de titre de séjour :

5. En premier lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. () ".

6. L'article R. 425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit que : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. L'avis est émis () au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. () ". De plus, aux termes de l'article R. 425-12 du même code : " Le rapport médical mentionné à l'article R. 425-11 est établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à partir d'un certificat médical établi par le médecin qui suit habituellement le demandeur ou par un médecin praticien hospitalier inscrits au tableau de l'ordre, dans les conditions prévues par l'arrêté mentionné au deuxième alinéa du même article. Le médecin de l'office peut solliciter, le cas échéant, le médecin qui suit habituellement le demandeur ou le médecin praticien hospitalier. Il en informe le demandeur. () ". Aux termes de l'article R. 425-13 de ce code : " () Le collège à compétence nationale mentionné à l'article R. 425-12 est composé de trois médecins, il émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du même article. La composition du collège et, le cas échéant, de ses formations est fixée par décision du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège. () ". Enfin, l'article 6 de l'arrêté du 27 décembre 2016 pris pour l'application des dispositions précitées prévoit que : " Au vu du rapport médical mentionné à l'article 3, un collège de médecins désigné pour chaque dossier dans les conditions prévues à l'article 5 émet un avis, conformément au modèle figurant à l'annexe C du présent arrêté, précisant: / a) si l'état de santé de l'étranger nécessite ou non une prise en charge médicale ; / b) si le défaut de cette prise en charge peut ou non entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur son état de santé ; / c) si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont le ressortissant étranger est originaire, il pourrait ou non y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ; / d) la durée prévisible du traitement. / Dans le cas où le ressortissant étranger pourrait bénéficier effectivement d'un traitement approprié, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, le collège indique, au vu des éléments du dossier du demandeur, si l'état de santé de ce dernier lui permet de voyager sans risque vers ce pays. / Cet avis mentionne les éléments de procédure. / Le collège peut délibérer au moyen d'une conférence téléphonique ou audiovisuelle. L'avis émis à l'issue de la délibération est signé par chacun des trois médecins membres du collège ".

7. Le préfet de la Loire-Atlantique produit l'avis émis par le collège des médecins de l'OFII relatif à l'état de santé du requérant, établi selon le modèle figurant à l'annexe C de l'arrêté du 27 décembre 2016.

8. Or, d'une part, il ressort des pièces du dossier que l'avis du collège de trois médecins du service médical de l'OFII a été rendu le 30 mars 2021 par les trois praticiens, docteurs en médecine, que mentionne cet avis et sur le rapport d'un autre médecin. Il résulte de la décision du directeur général de l'OFII du 10 août 2021, visée ci-dessus et publiée sur le site internet de l'OFII, que ces trois médecins ont été désignés par ce directeur pour siéger au collège médical de l'office. Cet avis comporte les mentions " après en avoir délibéré, le collège des médecins de l'OFII émet l'avis suivant " qui établissent, sauf preuve contraire non rapportée, son caractère collégial. Il est par ailleurs établi que le médecin ayant rédigé le rapport médical n'était pas au nombre des trois médecins formant ce collège.

9. D'autre part, les signatures des médecins membres du collège figurant sur l'avis sont des fac-similés des signatures manuscrites des intéressés, ne constituant pas des signatures électroniques et ne relevant, de ce fait, ni de l'ordonnance du 8 décembre 2005 relative aux échanges électroniques entre les usagers et les autorités administratives et entre les autorités administratives, ni du règlement n° 910/2014 du parlement et du conseil du 23 juillet 2014, ni du deuxième alinéa de l'article 1367 du code civil non plus que de l'article 1er du décret du 28 septembre 2017. Le requérant, en se bornant à faire valoir que ces signatures sont illisibles, ne fait état d'aucune circonstance qui lui permettrait utilement de remettre en cause leur validité. Par suite, sans qu'il soit besoin d'ordonner la communication par l'OFII de l'ensemble des éléments relatifs à la procédure d'édiction de l'avis, le moyen tiré de ce que la décision attaquée a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière en raison de l'irrégularité de l'avis du 30 mars 2021 doit être écarté.

10. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier et notamment de la motivation du refus de renouvellement de titre de séjour que le préfet, qui s'est approprié le sens de l'avis du collège des médecins de l'OFII, se serait cru lié par cet avis.

11. En troisième lieu, il résulte des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qu'il appartient à l'autorité administrative, lorsqu'elle envisage de refuser la délivrance du titre de séjour qu'elles prévoient, de vérifier, au vu de l'avis émis par le collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, que cette décision ne peut avoir de conséquences d'une exceptionnelle gravité sur l'état de santé de l'étranger, et en particulier d'apprécier, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir la nature et la gravité des risques qu'entraînerait un défaut de prise en charge médicale dans le pays dont l'étranger est originaire. Lorsque le défaut de prise en charge risque d'avoir des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur la santé de l'étranger, l'autorité administrative ne peut également refuser le titre de séjour sollicité que s'il existe des possibilités de traitement approprié de l'affection en cause dans son pays d'origine. Si de telles possibilités existent mais que l'étranger fait valoir qu'il ne peut en bénéficier, soit parce qu'elles ne sont pas accessibles à la généralité de la population, eu égard notamment aux coûts du traitement ou à l'absence de modes de prise en charge adaptées, soit parce qu'en dépit de leur accessibilité, des circonstances exceptionnelles tirées des particularités de sa situation personnelle l'empêcheraient d'y accéder effectivement, il appartient à cette même autorité, au vu de l'ensemble des informations dont elle dispose, d'apprécier si cet étranger peut ou non bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine.

12. La partie qui justifie d'un avis du collège de médecins de l'OFII venant au soutien de ses dires doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tout élément permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant l'existence ou l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires. En cas de doute, il lui appartient de compléter ces échanges en ordonnant toute mesure d'instruction utile.

13. Pour refuser la délivrance du titre de séjour demandé, le préfet de la Loire-Atlantique s'est notamment fondé sur l'avis du collège de médecins de l'OFII du 30 mars 2021, selon lequel l'état de santé de M. B nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner de conséquences d'une exceptionnelle gravité, mais qu'eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans son pays d'origine, il peut y bénéficier effectivement d'un traitement approprié.

14. Si le requérant soutient que l'offre de soins dans son pays d'origine ne lui permettra pas d'y bénéficier effectivement d'un traitement approprié contre l'hépatite B dont il souffre, et a entraîné une cytolyse hépatique, il se borne à faire valoir à l'appui de cette allégation, outre des éléments généraux sur les limites du système de soins en Guinée, la liste des médicaments essentiels en Guinée datant de 2012 où ne figure pas le médicament antiviral " tenofovir " qui lui a été prescrit en France, à compter du 23 août 2021, ainsi que des documents médicaux sur le protocole de soins qui prévoit un suivi tous les six mois de son affection. Ces éléments ne sont toutefois pas suffisants pour remettre en cause le bienfondé de l'avis du collège médical de l'OFII sur la possibilité pour le requérant de bénéficier effectivement du traitement que son état de santé exige, la liste des médicaments essentiels en 2012 en Guinée ne permettant pas de déterminer les traitements médicamenteux par antiviraux effectivement disponibles dans ce pays à la date de la décision contestée et nécessaires pour le traitement de l'affection du requérant. Il ressort en revanche des éléments que fait valoir le préfet et des pièces qu'il produit qu'il existe une possibilité de prise en charge effective des patients en Guinée, en particulier, en hépatologie et en gastro-entérologie, et que l'" Interféron Alpha " y est utilisé pour traiter les hépatites B chroniques. A cet égard, la circonstance qu'il soit précisé sur des ordonnances délivrés au requérant que le " tenofovir " n'est pas substituable a pour seul effet d'interdire au pharmacien d'y substituer de lui-même un autre médicament et ne démontre pas qu'il n'existe pas en Guinée de substances médicamenteuses permettant de traiter effectivement les hépatites B chroniques. Par suite, et compte tenu en particulier du sens de l'avis du collège médical de l'OFII et de la force probante qui s'y attache, et alors même qu'un titre de séjour pour raisons de santé avait antérieurement été délivré à M. B, celui-ci n'est pas fondé à soutenir que le préfet de la Loire-Atlantique a fait une inexacte application des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

15. En quatrième et dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

16. Il ressort des pièces du dossier que le requérant, célibataire et sans enfant, ne résidait en France que depuis trois années, à la date de la décision attaquée, et a été admis à y séjourner principalement le temps de l'instruction de sa demande d'asile, alors qu'il a vécu jusqu'à ses dix-huit ans en Guinée, où il a nécessairement conservé des attaches personnelles, dès lors notamment qu'y résident ses parents, son frère et sa sœur. Les seules circonstances qu'il ait exercé une activité professionnelle sous couvert d'un précédent titre de séjour pour raisons de santé ou qu'il participe à des activités associatives ne permettent pas d'établir qu'il serait particulièrement intégré à la société française. Ainsi, la décision portant refus de titre de séjour ne porte pas au droit de M. B au respect de sa vie privée et familiale, protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, une atteinte disproportionnée au regard des buts qu'elle poursuit. De même, et alors qu'il n'est pas établi que M. B ne puisse bénéficier dans son pays d'origine du traitement que son état de santé nécessite, la décision attaquée n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de l'intéressé.

Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

17. En premier lieu, M. B n'ayant pas démontré l'illégalité de la décision portant refus de séjour, il n'est pas fondé à s'en prévaloir, par la voie de l'exception, à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire.

18. En deuxième lieu, aux termes du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ne peut faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français : " L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ; () ". Il résulte de ce qui a été dit ci-dessus au point 11 que ces dispositions ne faisaient pas obstacle à ce qu'il soit fait obligation à M. B de quitter le territoire français.

19. En troisième et dernier lieu, pour les mêmes raisons que celles énoncées au point 13, l'obligation faite à M. B de quitter le territoire français ne méconnaît pas l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales et n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de l'intéressé.

Sur la légalité de la décision fixant le pays de destination :

20. En premier lieu, M. B n'ayant pas démontré l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire, il n'est pas fondé à s'en prévaloir, par la voie de l'exception, à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de destination

21. En second lieu, compte tenu de ce que M. B, dont, par ailleurs, la demande d'asile a été rejetée, peut bénéficier dans son pays d'origine du traitement médical que nécessite son état de santé, les moyens tirés de la méconnaissance des articles 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés.

22. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée, en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A F B, à Me Renard et au préfet de la Loire-Atlantique.

Délibéré après l'audience du 8 décembre 2022 à laquelle siégeaient :

Mlle Wunderlich, présidente,

M. Catroux, premier conseiller,

Mme Le Lay, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 décembre 2022.

Le rapporteur,

X. DLa présidente,

A.-C. WUNDERLICHLa greffière,

L. BILLAUD

La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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