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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2111575

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2111575

vendredi 5 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2111575
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantPAULET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 15 octobre 2021, M. B A, représenté par Me Paulet, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite du ministre de l'intérieur rejetant son recours contre la décision du 18 juin 2020 par laquelle le préfet de la Haute-Garonne a rejeté sa demande de naturalisation, ainsi que cette décision préfectorale ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur, à titre principal, de lui octroyer la nationalité française, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation, dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros qui devra être versée à son conseil en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

- la décision préfectorale est insuffisamment motivée ;

- il n'est pas établi que la décision préfectorale a été signée par une autorité compétente ;

- la décision attaquée méconnaît les dispositions de l'article 21-24 du code civil ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors qu'elle ne peut être fondée sur la circonstance qu'il n'a pas su répondre à quelques questions lors de son entretien ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît la circulaire du 16 octobre 2012.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 novembre 2022, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 10 août 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code civil ;

- le décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Benoist a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant ivoirien, a déposé une demande de naturalisation auprès du préfet de Haute-Garonne qui a, par une décision du 18 juin 2020, rejeté sa demande. Il a formé un recours contre cette décision auprès du ministre de l'intérieur, qui a implicitement confirmé ce rejet. Par sa requête, M. A demande l'annulation de ces deux décisions.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision préfectorale :

2. En application des dispositions de l'article 45 du décret du 30 décembre 1993 relatif aux déclarations de nationalité, aux décisions de naturalisation, de réintégration, de perte, de déchéance et de retrait de la nationalité française, les décisions par lesquelles le ministre statue sur les recours préalables obligatoires se substituent à celles des autorités préfectorales qui lui sont déférées. Ainsi, la requête doit être regardée comme exclusivement dirigée contre la décision ministérielle et les moyens dirigés contre les vices propres de la décision préfectorale sont inopérants. Par suite, les moyens tirés de l'incompétence du signataire et de l'insuffisante motivation de la décision préfectorale sont écartés.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision ministérielle :

3. En premier lieu, aux termes de l'article 21-15 du code civil : " () l'acquisition de la nationalité française par décision de l'autorité publique résulte d'une naturalisation accordée par décret à la demande de l'étranger ". Aux termes de l'article 48 du décret du 30 décembre 1993 : " () Si le ministre chargé des naturalisations estime qu'il n'y a pas lieu d'accorder la naturalisation ou la réintégration sollicitée, il prononce le rejet de la demande. Il peut également en prononcer l'ajournement en imposant un délai ou des conditions. Ce délai une fois expiré ou ces conditions réalisées, il appartient à l'intéressé, s'il le juge opportun, de déposer une nouvelle demande ". En vertu de ces dispositions, il appartient au ministre de porter une appréciation sur l'intérêt d'accorder la nationalité française à l'étranger qui la sollicite. Dans le cadre de cet examen d'opportunité, il peut légalement prendre en compte le degré de connaissance par le postulant de l'histoire, de la culture et de la société française et des droits et devoirs conférés par la nationalité française.

4. Il ressort des écritures en défense du ministre de l'intérieur et des outre-mer que, pour rejeter la demande d'acquisition de la nationalité française de M. A, il s'est fondé, en application des dispositions des articles 45 et 48 du décret du 30 décembre 1993, sur les motifs, selon lesquels d'une part, ses réponses lors de l'entretien d'assimilation qui s'est tenu le 19 avril 2019, témoignent d'une connaissance insuffisante des éléments fondamentaux relatifs aux grands repères de l'histoire de la France, aux règles de vie en société, aux principaux droits et devoirs liés à l'exercice de la citoyenneté française et à la place de la France dans l'Europe et dans le monde et, d'autre part, il s'est fait connaître des services de police le 15 mars 2018 pour cession ou offre de stupéfiants à un mineur en vue de sa consommation personnelle.

5. En deuxième lieu, il ressort du compte rendu d'entretien d'assimilation, établi par les services de la préfecture de la Haute-Garonne le 19 avril 2019, que M. A, a fait preuve d'un niveau de langue française satisfaisant au cours de cet entretien. Toutefois, si M. A a apporté plusieurs réponses correctes aux questions destinées à évaluer sa connaissance de l'histoire, de la culture, de la société française et des droits et devoirs du citoyen, son niveau de connaissance s'est avéré globalement insuffisant, l'intéressé ne pouvant notamment citer aucun roi de France, ni les dates des deux guerres mondiales, ni la devise de la République. Dans ces conditions, le ministre a pu, eu égard au large pouvoir d'appréciation dont il dispose pour apprécier l'opportunité d'accorder la nationalité française au ressortissant étranger qui la sollicite, rejeter la demande de naturalisation de M. A sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation ni commis d'erreur de droit.

6. En troisième lieu, ainsi qu'il a été dit au point 4, le ministre de l'intérieur s'est fondé sur les dispositions des articles 45 et 48 du décret du 30 décembre 1993. Par suite, M. A ne peut utilement se prévaloir des dispositions de l'article 21-24 du code civil, lesquelles sont relatives à l'appréciation de la recevabilité des demandes de naturalisation.

7. En quatrième lieu, si M. A entend se prévaloir de l'interprétation de la circulaire du 16 octobre 2012, elle n'est pas au nombre des circulaires publiées sur le site relevant du Premier ministre dénommé " Légifrance ", de sorte qu'elle n'est pas opposable.

8. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Paulet et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 17 juin 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Allio-Rousseau, présidente,

Mme Frelaut, première conseillère,

Mme Benoist, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 juillet 2024.

La rapporteure,

L.-L. BENOISTLa présidente,

M.-P. ALLIO-ROUSSEAU

La greffière,

E. HAUBOIS

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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