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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2111581

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2111581

lundi 23 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2111581
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation10ème chambre
Avocat requérantSCP OUEST AVOCATS CONSEILS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 15 octobre 2021, Mme B A, représentée par Me Emeriau, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 12 avril 2021 par laquelle le recteur de l'académie de Nantes a décidé de mettre fin à ses fonctions à compter du 3 mars 2024 ;

2°) d'annuler la décision par laquelle le recteur de l'académie de Nantes a implicitement rejeté le recours gracieux formé contre cette décision ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision du recteur est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors que la cécité dont elle est affectée ne la rend aucunement inapte à toutes fonctions ;

- elle porte sur une mise en retraite pour invalidité dans trois années alors qu'aucune étude de reclassement n'a été réalisée ;

- la décision du comité médical, dont elle n'a jamais eu connaissance, est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision du recteur constitue une mesure discriminatoire au sens de l'article 6 de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ; l'administration a mis fin à ses fonctions sans même avoir tenté de la reclasser.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 juin 2022, le recteur de l'académie de Nantes conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- à titre principal, la requête est irrecevable dès lors, d'une part, que l'avis du comité médical ne peut être regardé comme une décision administrative susceptible de faire l'objet d'un recours pour excès de pouvoir et, d'autre part, que Mme A n'est pas fondée à contester la décision l'admettant à la retraite pour invalidité dans la mesure où celle-ci ne prendra effet qu'à compter du 3 mars 2024 ;

- à titre subsidiaire, les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires ;

- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique d'Etat ;

- le décret n° 86-442 du 14 mars 1986 relatif à la désignation des médecins agréés, à l'organisation des comités médicaux et des commissions de réforme, aux conditions d'aptitude physique pour l'admission aux emplois publics et au régime de congés de maladie des fonctionnaires ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 2 septembre 2024 :

- le rapport de M. Tavernier,

- les conclusions de M. Danet, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, professeur certifiée de lettres modernes exerçant au collège Jules Vernes à Nantes (Loire-Atlantique) a, à la suite d'un accident survenu le 19 avril 2018 au sein de cet établissement, été placée en arrêt de travail jusqu'au 6 juillet suivant. L'intéressée a par la suite bénéficié d'un congé pour invalidité imputable au service jusqu'au 12 novembre 2018, puis, par arrêté du recteur des Pays de la Loire du 24 septembre 2019, a été placée, à titre conservatoire, en congé d'office à compter du 23 septembre 2019, dans l'attente de l'avis du comité médical départemental de la Loire-Atlantique sur l'octroi d'un congé de longue maladie d'office et son aptitude aux fonctions. Par une décision du 12 avril 2021, le recteur de l'académie de Nantes a mis fin aux fonctions de l'intéressée à compter du 3 mars 2024. La requérante a formé un recours gracieux contre cette décision, lequel a été implicitement rejeté. Par la présente requête, Mme A demande au tribunal l'annulation, d'une part, de la décision du recteur de l'académie de Nantes du 12 avril 2021 et, d'autre part, de celle rejetant implicitement son recours gracieux.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article 34 de la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique d'Etat, dans sa version applicable au litige : " Le fonctionnaire en activité a droit : () / 3° A des congés de longue maladie d'une durée maximale de trois ans dans les cas où il est constaté que la maladie met l'intéressé dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions, rend nécessaire un traitement et des soins prolongés et qu'elle présente un caractère invalidant et de gravité confirmée.". En outre, aux termes de l'article 7 du décret n° 86-442 du 14 mars 1986 relatif à la désignation des médecins agréés, à l'organisation des comités médicaux et des commissions de réforme, aux conditions d'aptitude physique pour l'admission aux emplois publics et au régime de congés de maladie des fonctionnaires, dans sa version applicable au litige : " Les comités médicaux sont chargés de donner à l'autorité compétente, dans les conditions fixées par le présent décret, un avis sur les contestations d'ordre médical qui peuvent s'élever à propos de l'admission des candidats aux emplois publics, de l'octroi et du renouvellement des congés de maladie, de longue maladie et de longue durée et de la réintégration à l'issue de ces congés. / Ils sont consultés obligatoirement en ce qui concerne : / 1. La prolongation des congés de maladie au-delà de six mois consécutifs ; / 2. L'octroi des congés de longue maladie et de longue durée ; / 3. Le renouvellement des congés de longue maladie et de longue durée ; / 4. La réintégration après douze mois consécutifs de congé de maladie ou à l'issue d'un congé de longue maladie ou de longue durée ; () ". L'article 34 de ce décret, dans sa version applicable au litige, dispose : " Lorsqu'un chef de service estime, au vu d'une attestation médicale ou sur le rapport des supérieurs hiérarchiques, que l'état de santé d'un fonctionnaire pourrait justifier qu'il lui soit fait application des dispositions de l'article 34 (3° ou 4°) de la loi du 11 janvier 1984 susvisée, il peut provoquer l'examen médical de l'intéressé dans les conditions prévues aux alinéas 3 et suivants de l'article 35 ci-dessous. Un rapport écrit du médecin du travail attaché au service auquel appartient le fonctionnaire concerné doit figurer au dossier soumis au comité médical. ". Aux termes de l'article 35 de ce même décret, dans sa version applicable au litige : " () Le médecin traitant adresse directement au secrétaire du comité médical prévu aux articles 5 et 6 un résumé de ses observations et les pièces justificatives qui peuvent être prescrites dans certains cas par les arrêtés prévus à l'article 49 du présent décret. / Sur le vu de ces pièces, le secrétaire du comité médical fait procéder à la contre-visite du demandeur par un médecin agréé compétent pour l'affection en cause. / Le dossier est ensuite soumis au comité médical compétent. () L'avis du comité médical est transmis au ministre qui le soumet pour avis, en cas de contestation par l'administration ou l'intéressé, au comité médical supérieur visé à l'article 8 du présent décret () ".

3. D'autre part, aux termes de l'article 41 de ce décret, dans sa version applicable au litige : " Le bénéficiaire d'un congé de longue maladie ou de longue durée ne peut reprendre ses fonctions à l'expiration ou au cours dudit congé que s'il est reconnu apte, après examen par un spécialiste agréé et avis favorable du comité médical compétent () ". Aux termes de l'article 42 du même décret, dans sa version applicable au litige : " Si, au vu de l'avis du comité médical compétent et, éventuellement, de celui du comité médical supérieur, dans le cas où l'administration ou l'intéressé juge utile de le provoquer, le fonctionnaire est reconnu apte à exercer ses fonctions, il reprend son activité éventuellement dans les conditions prévues à l'article 43 ci-dessous. / Si, au vu du ou des avis prévus ci-dessus, le fonctionnaire est reconnu inapte à exercer ses fonctions, le congé continue à courir ou est renouvelé. Il en est ainsi jusqu'au moment où le fonctionnaire sollicite l'octroi de l'ultime période de congé rétribué à laquelle il peut prétendre. / Le comité médical doit alors, en même temps qu'il se prononce sur la prolongation du congé, donner son avis sur l'aptitude ou l'inaptitude présumée du fonctionnaire à reprendre ses fonctions à l'issue de cette prolongation. () S'il est présumé définitivement inapte, son cas est soumis à la commission de réforme qui se prononce, à l'expiration de la période de congé rémunéré, sur l'application de l'article 47 ci-dessous. ". Enfin, aux termes de l'article 47 du même décret : " Le fonctionnaire ne pouvant, à l'expiration de la dernière période de congé de longue maladie ou de longue durée, reprendre son service est soit reclassé dans un autre emploi, en application du décret n° 84-1051 du 30 novembre 1984 pris en application de l'article 63 de la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'Etat en vue de faciliter le reclassement des fonctionnaires de l'Etat reconnus inaptes à l'exercice de leurs fonctions, soit mis en disponibilité, soit admis à la retraite après avis de la commission de réforme. / Pendant toute la durée de la procédure requérant soit l'avis du comité médical, soit l'avis de la commission de réforme, soit l'avis de ces deux instances, le paiement du demi-traitement est maintenu jusqu'à la date de la décision de reprise de service ou de réintégration, de reclassement, de mise en disponibilité ou d'admission à la retraite. ".

4. Enfin, aux termes de l'article L. 29 du code des pensions civiles et militaires de retraite : " Le fonctionnaire civil qui se trouve dans l'incapacité permanente de continuer ses fonctions en raison d'une invalidité ne résultant pas du service et qui n'a pu être reclassé dans un autre corps en application de l'article 63 de la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 précitée peut être radié des cadres par anticipation soit sur sa demande, soit d'office ; dans ce dernier cas, la radiation des cadres est prononcée sans délai si l'inaptitude résulte d'une maladie ou d'une infirmité que son caractère définitif et stabilisé ne rend pas susceptible de traitement, ou à l'expiration d'un délai de douze mois à compter de sa mise en congé si celle-ci a été prononcée en application du 2° de l'article 34 de la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 précitée ou à la fin du congé qui lui a été accordé en application des 3° et 4° du même article 34. L'intéressé a droit à la pension rémunérant les services prévue au 2° du I de l'article L. 24 du présent code, sous réserve que ses blessures ou maladies aient été contractées ou aggravées au cours d'une période durant laquelle il acquérait des droits à pension. () ".

5. D'une part, il ressort des pièces du dossier que Mme A, atteinte de cécité, exerce depuis septembre 2014, dans le cadre d'un aménagement de poste, en qualité d'aide à la documentation au sein du collège Jules Vernes, à Nantes. Un accident survenu le 19 avril 2018 au sein de l'établissement et lui ayant occasionné de multiples fractures a conduit au placement en arrêt de travail de l'intéressée jusqu'au 6 juillet suivant, puis à l'octroi d'un congé pour invalidité temporaire imputable au service jusqu'au 12 novembre 2018. Il ressort par ailleurs des pièces du dossier que, le 5 juillet 2019, le recteur de l'académie de Nantes a saisi le médecin de prévention de Loire-Atlantique, faisant notamment état de ce que l'intéressée présentait " un manque d'autonomie conduisant à [sa] mise en danger permanente () ", ainsi qu'à celle " des élèves et de la communauté éducative à l'occasion de [ses] déplacements " au sein de l'établissement. Il ressort également des pièces du dossier que, le 4 mars 2021, le comité médical départemental de la Loire-Atlantique, saisi par l'inspecteur d'académie et le directeur académique des services de l'éducation nationale de Loire-Atlantique, a rendu un avis favorable à l'octroi d'un congé de longue maladie d'office au bénéfice de l'intéressée pour une durée de six mois, concluant, par ailleurs, à son inaptitude définitive à toutes fonctions.

6. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que, le 22 juin 2016, le proviseur du collège Jules Vernes a rédigé un rapport de fonctionnement concernant Mme A, aux termes duquel il s'est déclaré " extrêmement inquiet sur les questions liées à la sécurité " de la requérante. En outre, les 24 avril et 14 mai 2018, à la suite de l'accident mentionné au point précédent, le chef d'établissement a fait part de craintes similaires auprès de la chargée de mission pour le suivi individualisé des personnels enseignants et du directeur des ressources humaines du rectorat, puis a alerté le recteur d'académie le 11 juin 2019 sur ses inquiétudes concernant Mme A, mettant en avant les " insuffisances " de l'intéressée dans l'utilisation des outils de prévention et du matériel mis à sa disposition pour pallier son handicap, sa persistance à se déplacer seule et à n'utiliser que ponctuellement sa canne blanche ainsi que les sollicitations constantes de l'intéressée auprès d'élèves ou de personnels de l'établissement pour l'assister. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que le médecin de prévention a relevé que Mme A se mettait " régulièrement en danger " et était " sans doute () inapte à ses fonctions ". Dans ces conditions, c'est sans commettre d'erreur appréciation que le recteur de l'académie de Nantes, qui n'avait pas à chercher à reclasser l'intéressée dans un autre emploi dans la mesure où celle-ci avait été déclarée inapte à toutes fonctions par le comité médical départemental de la Loire-Atlantique, a mis fin aux fonctions de la requérante.

7. En second lieu, aux termes de l'article 6 de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires alors en vigueur : " () Aucune distinction, directe ou indirecte, ne peut être faite entre les fonctionnaires en raison de leurs opinions politiques, syndicales, philosophiques ou religieuses, de leur origine, de leur orientation sexuelle ou identité de genre, de leur âge, de leur patronyme, de leur situation de famille ou de grossesse, de leur état de santé, de leur apparence physique, de leur handicap ou de leur appartenance ou de leur non-appartenance, vraie ou supposée, à une ethnie ou une race. / Toutefois des distinctions peuvent être faites afin de tenir compte d'éventuelles inaptitudes physiques à exercer certaines fonctions (). ".

8. Eu égard à ce qui a été dit au point 4, la requérante n'est pas fondée à soutenir que l'arrêté ayant mis fin à ses fonctions procèderait d'une mesure discriminatoire à son égard, la circonstance, à la supposer établie, que l'avis du comité médical départemental de la Loire-Atlantique n'aurait pas été porté à sa connaissance, étant sans incidence à cet égard.

9. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les fins de non-recevoir opposées en défense, que les conclusions à fin d'annulation présentées par la requérante doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, celles relatives aux frais d'instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et à la ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse.

Copie en sera adressée à la rectrice de l'académie de Nantes.

Délibéré après l'audience du 2 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Le Barbier, présidente,

M. Tavernier, conseiller,

M. Templier, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 septembre 2024.

Le rapporteur,

T. TAVERNIER

La présidente,

M. LE BARBIER La greffière,

S. JEGO

La République mande et ordonne au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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