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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2111685

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2111685

mardi 21 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2111685
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantSCHAUTEN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 18 octobre 2021, le 5 novembre 2021 et le 6 décembre 2022, M. C A, représenté par Me Schauten, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 22 septembre 2021 par laquelle le préfet de Maine-et-Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office à l'expiration de ce délai ;

2°) d'enjoindre au préfet de Maine-et-Loire de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de 15 jours à compter de la notification du présent jugement, et à titre subsidiaire, de réexaminer sa demande dans les mêmes conditions de délai, et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans l'attente de ce réexamen ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 sur l'aide juridique.

Il soutient que :

Sur la décision portant refus de séjour :

- elle a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière, dès lors qu'il n'est pas établi que l'avis du collège des médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a été rendu conformément à la réglementation en vigueur, notamment qu'il a été signé par les médecins compétents ;

- elle n'a pas été précédée de la saisine de la commission du titre de séjour, prévue par les dispositions de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations du 7 de l'article 6 de l'accord franco-algérien et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard de ces dispositions, les centres hospitaliers algériens n'étant pas en mesure de réaliser l'opération consistant à lui implanter une pompe à baclofène, ni de recharger cette pompe ;

- elle porte une atteinte disproportionnée à sa situation personnelle, l'implantation d'une pompe à baclofène constituant pour lui une opération vitale ;

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire :

- elle est insuffisamment motivée ;

- l'illégalité de la décision portant refus de séjour la prive de base légale ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation, dès lors qu'elle entraînera l'interruption de sa prise en charge médicale alors qu'il bénéficie actuellement d'un suivi médical quotidien pour sa tétraplégie spastique, ainsi que d'un suivi hebdomadaire consécutif à une décompensation dépressive majeure ;

Sur la décision fixant le pays de renvoi :

- l'illégalité des décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire la prive de base légale.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 novembre 2022, le préfet de Maine-et-Loire conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

La demande d'admission de M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle a été rejetée par une décision du 3 novembre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme B a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant algérien, est entré en France le 1er septembre 2016 sous couvert d'un visa de court séjour. Il a sollicité, le 5 septembre 2016, la délivrance d'un titre de séjour pour raisons de santé sur le fondement du 7 de l'article 6 de l'accord franco-algérien. Une autorisation provisoire de séjour valable du 28 février au 27 avril 2017 lui a été délivrée et a été renouvelée jusqu'au 18 juillet 2017, date à laquelle un arrêté portant refus de titre de séjour a été pris à son encontre par le préfet de Maine-et-Loire. Par un jugement n° 1710012 du 17 décembre 2020, le tribunal a rejeté le recours du requérant contre cet arrêté. Le 22 janvier 2021, M. A a de nouveau sollicité la délivrance d'un titre de séjour pour raisons de santé. Par une décision du 22 septembre 2021, dont le requérant demande l'annulation, le préfet de Maine-et-Loire a refusé de faire droit à sa demande, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office à l'expiration de ce délai.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Il ressort des termes de la décision attaquée que pour refuser de délivrer un titre de séjour à M. A, le préfet de Maine-et-Loire s'est fondé sur le motif tiré de ce que si l'état de santé de l'intéressé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, il peut néanmoins, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé en Algérie, y bénéficier effectivement d'un traitement approprié.

3. Aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () 7) au ressortissant algérien, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve qu'il ne puisse pas effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays. ". Aux termes de l'article R. 425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, applicable au certificat de résidence délivré en vertu des stipulations précitées : " () le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. / () ".

4. La partie qui justifie d'un avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) venant au soutien de ses dires doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tout élément permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant l'existence ou l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires. En cas de doute, il lui appartient de compléter ces échanges en ordonnant toute mesure d'instruction utile.

5. En l'espèce, l'avis du collège des médecins de l'OFII, émis le 4 mai 2021, indique que si l'état de santé du requérant nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, il peut toutefois, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. Il ressort des nombreuses pièces médicales produites au dossier que M. A souffre d'une tétraplégie spastique résultant d'un traumatisme balistique dont il a été victime le 13 juin 1994 au cours d'un attentat, que son état général s'est dégradé depuis l'année 2016 et qu'il est hospitalisé au sein du centre de réadaptation spécialisée et soins de longue durée " Les capucins " à Angers (Maine-et-Loire) depuis le 31 août 2017. Il ressort de ces mêmes pièces que son état de santé nécessite un traitement spécifique pour la spasticité, à savoir la pose d'une pompe à baclofène intrathécale, associée à un suivi médical régulier et à la proximité d'une équipe neurochirurgicale connaissant ce dispositif, la prise orale de baclofène s'étant avérée insuffisante. Le préfet fait valoir en défense que le baclofène est disponible en Algérie sous forme liquide et qu'une telle pompe peut être posée et rechargée à l'établissement hospitalier spécialisé en neurochirurgie d'Aït Idir à Alger (Algérie), et produit, afin d'en justifier, une fiche MedCoi datée du mois de juillet 2018. Ces informations sont toutefois contredites par les certificats médicaux des chefs des services de neurologie et de neurochirurgie de cet établissement, versés au dossier par le requérant et respectivement datés du 8 octobre 2018 et du 2 novembre 2021, indiquant tous deux que l'implantation et la recharge de la pompe à baclofène n'y est pas pratiquée. En outre, M. A produit des certificats médicaux de neurologues ou neurochirurgiens de plusieurs centres hospitalo-universitaires d'Algérie, datés de 2017 et de 2021, indiquant que ni la pompe à baclofène, ni ses recharges ne sont disponibles dans ce pays, ce qui est également confirmé par une attestation de la direction des activités pharmaceutiques et de la régulation du ministère algérien de l'industrie pharmaceutique, datée du 19 octobre 2022. Il ressort par ailleurs des pièces du dossier, notamment du certificat médical du 13 octobre 2021 d'un médecin du centre de réadaptation spécialisée et soins de longue durée " Les capucins " à Angers, que la pose de la pompe à baclofène du requérant était prévue en France au cours de l'année 2017, et qu'elle ne l'a pas été " en raison de la situation administrative de M. A et le risque d'un retour dans son pays d'origine amenant une incertitude quant à la possibilité de suivi post-opératoire ", au regard du risque de " complication vitale ". Au regard de l'ensemble de ces éléments, qui établissent l'absence de traitement approprié en Algérie en dépit de l'avis de l'OFII précité, M. A est fondé à soutenir que le préfet de Maine-et-Loire a, en prenant la décision attaquée, méconnu les stipulations du 7 de l'article 6 de l'accord franco-algérien, et entaché sa décision d'erreur manifeste d'appréciation.

6. Il résulte de ce qui précède que M. A est fondé à demander l'annulation de la décision du 22 septembre 2021 portant refus de séjour, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, et par voie de conséquence l'annulation des décisions l'obligeant à quitter le territoire dans un délai de 30 jours et fixant le pays de destination.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

7. Le présent jugement implique nécessairement, eu égard à ses motifs, que le préfet de Maine-et-Loire délivre à M. A le certificat de résidence sollicité, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, en vertu de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre des frais exposés par M. A et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du préfet de Maine-et-Loire du 22 septembre 2021 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de Maine-et-Loire de délivrer à M. A un certificat de résidence portant la mention " vie privée et familiale ", dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à M. A la somme de 1 200 (mille deux cents) euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au préfet de Maine-et-Loire.

Délibéré après l'audience du 7 février 2023, à laquelle siégeaient :

M. Degommier, président,

Mme Frelaut, première conseillère,

Mme Martel, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 février 2023.

La rapporteure,

L. B

Le président,

S. DEGOMMIERLa greffière,

F. ARLAIS

La République mande et ordonne au préfet de Maine-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce que requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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