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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2111842

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2111842

mercredi 10 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2111842
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantPORNON-WEIDKNNET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 22 octobre 2021, le 15 novembre 2022 et le 19 décembre 2022, Mme A C, représentée par Me Pornon-Weidknnet, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 20 juillet 2021 par laquelle le ministre de l'intérieur a ajourné à deux ans sa demande de naturalisation ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de réexaminer sa demande de naturalisation, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de deux cents euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros en application de l'article L.'761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 novembre 2022, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme El Mouats-Saint-Dizier,

- et les observations de Me Pavy, substituant Me Pornon-Weidknnet, représentant Mme C.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, ressortissante camerounaise née le 18 mai 1968, a déposé une demande de naturalisation auprès de la préfète de la Gironde, qui l'a ajournée à deux ans par une décision du 16 mars 2021. Par sa requête, Mme C doit être regardée comme demandant l'annulation de la décision du 20 juillet 2021 par laquelle le ministre de l'intérieur a rejeté son recours contre la décision de la préfète de la Gironde.

2. Aux termes de l'article 21-15 du code civil : " () l'acquisition de la nationalité française par décision de l'autorité publique résulte d'une naturalisation accordée par décret à la demande de l'étranger ". En vertu des dispositions de l'article 48 du décret du 30 décembre 1993 relatif aux déclarations de nationalité, aux décisions de naturalisation, de réintégration, de perte, de déchéance et de retrait de la nationalité française, si le ministre chargé des naturalisations estime qu'il n'y a pas lieu d'accorder la naturalisation sollicitée, il prononce le rejet de la demande. Il peut également en prononcer l'ajournement en imposant un délai ou des conditions. Une fois ce délai expiré ou ces conditions réalisées, il appartient à la personne postulante, si elle le juge opportun, de formuler une nouvelle demande. Il appartient ainsi au ministre de porter une appréciation sur l'intérêt d'accorder la naturalisation à la personne étrangère qui la sollicite. Dans le cadre de cet examen d'opportunité, il peut légalement prendre en compte le degré d'insertion professionnelle de la personne postulante.

3. Pour ajourner la demande d'acquisition de la nationalité française de Mme C, le ministre s'est fondé sur le motif tiré de ce que l'insertion professionnelle de l'intéressée ne pouvait être considérée comme pleinement réalisée.

4. Il ressort des avis d'impositions produits par Mme C que cette dernière a perçu des revenus à hauteur de 11 784 euros en 2016, 8 130 euros en 2017, 6 941 euros en 2018, 21 424 euros en 2019 et 24 151 euros en 2020. Il ressort également des pièces du dossier que l'intéressée a travaillé pour la société PRO BTP de septembre 2019 à février 2021, puis a signé trois contrats à durée indéterminée le 29 mars 3021, le 1er juin 2021 et le 14 juin 2021. Dans ces conditions, Mme C justifie de ressources suffisantes et stables depuis l'année 2019, quand bien même elle a changé d'employeur au cours de l'année 2021. Par suite, en dépit du large pouvoir d'appréciation dont il dispose pour accorder la nationalité française à la personne qui la sollicite, le ministre a commis une erreur manifeste d'appréciation en se fondant sur l'insuffisante insertion professionnelle de l'intéressée pour ajourner à deux ans sa demande de naturalisation.

5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que Mme C est fondée à demander l'annulation de la décision du 20 juillet 2021.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

6. Le présent jugement implique nécessairement que le ministre de l'intérieur réexamine la demande de naturalisation de Mme C, dans un délai de six mois à compter de sa notification. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 20 juillet 2021 est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur et des outre-mer de réexaminer la demande de naturalisation de Mme C, dans un délai de six mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à Mme C une somme de 1 200 (mille deux-cents) euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 26 juin 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Rimeu, présidente,

Mme Heng, conseillère,

Mme El Mouats-Saint-Dizier, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 juillet 2024.

La rapporteuse,

M. B

SAINT-DIZIERLa présidente,

S. RIMEU

La greffière,

P. LABOUREL

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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