mardi 30 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2111863 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | RODRIGUES DEVESAS |
Vu les procédures suivantes :
I. Par une requête, enregistrée le 22 octobre 2021 sous le n° 2111863, Mme B G épouse H, représentée par Me Rodrigues Devesas, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 16 juillet 2021 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 75 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 1 500 euros en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
Sur la décision portant refus de titre de séjour :
- la compétence de sa signataire n'est pas établie ;
- elle n'est pas suffisamment motivée ; sa motivation ne permet pas de s'assurer qu'un examen précis et approfondi de sa situation a été réalisé ;
- le préfet a méconnu les dispositions de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les stipulations du 7° de l'article 6 de l'accord franco-algérien ; le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation en se bornant à reprendre l'avis du collège de médecins ; l'état de santé de son enfant nécessite des soins et un suivi médical régulier par un cardiologue pédiatrique ; cette prise en charge doit se poursuivre en France ;
- le préfet a méconnu le 5° de l'article 6 de l'accord franco-algérien ainsi que l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; le préfet a commis une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation ; elle et son mari résident sur le territoire français depuis le mois d'octobre 2016 ; leurs deux enfants sont nés en France et y ont toujours vécu ; son mari a pu travailler plusieurs mois ; son employeur lui a établi une promesse d'embauche ; elle-même a également travaillé comme femme de chambre ; alors que les autorisations provisoires de séjour compliquent la recherche d'emploi, elle et son mari ont montré leur volonté de s'insérer par le travail ; ses beaux-parents et deux de ses belles-sœurs vivent en France ;
- le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation en lui refusant le bénéfice des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le préfet a méconnu l'article 3, paragraphe 1, de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ; la décision attaquée, qui la maintient dans la précarité et l'irrégularité, est contraire à l'intérêt supérieur de son enfant malade qui est de vivre auprès de ses parents dans des conditions matérielles décentes ;
Sur les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination :
- elle entend reprendre les moyens précédemment soulevés, tirés de l'incompétence de la signataire de l'arrêté attaqué, du défaut de motivation et du vice de procédure tenant à l'irrégularité de l'avis médical ;
- le préfet a méconnu les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; l'état de santé de son fils nécessite une prise en charge médicale dont il ne pourrait effectivement bénéficier dans son pays d'origine.
Par un mémoire en défense, enregistré le 1er juillet 2022, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par la requérante n'est fondé.
Mme H a été admise à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 3 novembre 2021.
II. Par une requête enregistrée le 22 octobre 2021 sous le n° 2111864, M. C H, représenté par Me Rodrigues Devesas, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 16 juillet 2021 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 75 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 1 500 euros en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
Sur la décision portant refus de titre de séjour :
- la compétence de sa signataire n'est pas établie ;
- elle n'est pas suffisamment motivée ; sa motivation ne permet pas de s'assurer qu'un examen précis et approfondi de sa situation a été réalisé ;
- le préfet a méconnu les dispositions de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les stipulations du 7° de l'article 6 de l'accord franco-algérien ; le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation en se bornant à reprendre l'avis du collège de médecins ; l'état de santé de son enfant nécessite des soins et un suivi médical régulier par un cardiologue pédiatrique ; cette prise en charge doit se poursuivre en France ;
- le préfet a méconnu le 5° de l'article 6 de l'accord franco-algérien ainsi que l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; le préfet a commis une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation ; lui et son épouse résident sur le territoire français depuis le mois d'octobre 2016 ; leurs deux enfants sont nés en France et y ont toujours vécu ; il a pu travailler plusieurs mois ; son employeur lui a établi une promesse d'embauche ; son épouse a également travaillé comme femme de chambre ; alors que les autorisations provisoires de séjour compliquent la recherche d'emploi, lui et son épouse ont montré leur volonté de s'insérer par le travail ; ses parents et deux de ses sœurs vivent en France ; seules deux demi-sœurs vivent encore en Algérie ;
- le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation en lui refusant le bénéfice des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le préfet a méconnu l'article 3, paragraphe 1, de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ; la décision attaquée, qui la maintient dans la précarité et l'irrégularité, est contraire à l'intérêt supérieur de son enfant malade qui est de vivre auprès de ses parents dans des conditions matérielles décentes ;
Sur les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination :
- il entend reprendre les moyens précédemment soulevés, tirés de l'incompétence de la signataire de l'arrêté attaqué, du défaut de motivation et du vice de procédure tenant à l'irrégularité de l'avis médical ;
- le préfet a méconnu les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; l'état de santé de son fils nécessite une prise en charge médicale dont il ne pourrait effectivement bénéficier dans son pays d'origine.
Par un mémoire en défense, enregistré le 1er juillet 2022, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.
M. H a été admis à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 3 novembre 2021.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-algérien modifié du 27 décembre 1968 relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour des ressortissants algériens et de leurs familles ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- les rapports de M. Martin, président-rapporteur,
- et les observations de Me Rodrigues Devesas, représentant Mme et M. H.
Considérant ce qui suit :
1. Mme G épouse H, ressortissante algérienne née le 8 novembre 1991, et son époux, M. H, ressortissant algérien né le 28 septembre 1974, déclarent être entrés irrégulièrement en France le 7 octobre 2016. La mère et les deux sœurs de M. H sont françaises et établies à Nantes. Mme H a donné naissance à deux enfants, A D le 1er octobre 2017 et Abdelali le 3 février 2020. L'aîné est né avec une quadruple malformation cardiaque congénitale appelée la tétralogie de Fallot. Il a été pris en charge pour cette pathologie au centre hospitalier universitaire de Nantes. Des autorisations provisoires de séjour de six mois renouvelables ont été délivrées aux parents en tant qu'accompagnateurs de leur enfant mineur malade, les dernières arrivant à expiration le 21 juillet 2021. Ces autorisations de séjour ont permis aux époux H de travailler légalement mais ils n'ont pu prétendre qu'à des contrats de travail à durée déterminée de six mois. Aussi, le 8 février 2021, lorsqu'ils ont demandé le renouvellement de leurs autorisations provisoires de séjour, ils ont aussi demandé la délivrance de certificats de résidence algériens sur le fondement du 5° de l'article 6 de l'accord franco-algérien. Le 26 mars 2021, le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a émis l'avis selon lequel si l'état de santé du jeune A nécessite une prise en charge médicale, l'absence de cette prise en charge ne devrait pas entrainer de conséquences d'une exceptionnelle gravité. Faisant sien cet avis, par deux arrêtés du 16 juillet 2021, le préfet de la Loire-Atlantique a rejeté les demandes de titre de séjour des époux H, leur a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et fixé l'Algérie comme pays de renvoi. Par la requête n° 2111863, Mme H et, par la requête n° 2111864, M. H demandent au tribunal d'annuler l'arrêté la ou le concernant.
Sur la jonction :
2. Les requêtes présentées respectivement par Mme et M. H présentent à juger des questions semblables et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a donc lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne le moyen commun à l'ensemble des décisions attaquées :
3. Les arrêtés attaqués ont été signés par Mme F E, directrice des migrations et de l'intégration de la préfecture de la Loire-Atlantique. Par un arrêté du 17 mars 2021 publié le 18 mars 2021 au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet de la Loire-Atlantique a donné délégation à Mme E à l'effet de signer notamment les décisions portant refus de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français et fixation du pays de destination. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire des arrêtés attaqués manque en fait.
En ce qui concerne les autres moyens soulevés à l'encontre des décisions portant refus de séjour :
4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".
5. Les arrêtés attaqués, en tant qu'ils portent refus de séjour, visent notamment l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, l'article 3-1 de la convention relative aux droits de l'enfant, les articles 6-5° et 6-7° de l'accord franco-algérien ainsi que les articles L. 425-10 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En outre, ces arrêtés mentionnent les circonstances de fait propres à la situation personnelle et familiale de Mme H et M. H ainsi que la teneur de l'avis du collège des médecins de l'OFII que le préfet de la Loire-Atlantique s'est approprié. Ainsi, alors que le préfet n'est pas tenu de faire état de l'ensemble des éléments propres à la situation individuelle des intéressés mais seulement de ceux servant de fondement à ses décisions, les décisions de refus de séjour attaquées satisfont aux obligations mises à la charge de l'administration par l'article L. 211-5, cité ci-dessus, du code des relations entre le public et l'administration. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de ces décisions doit être écarté comme manquant en fait. Il ressort de cette motivation que le préfet a bien procédé à un examen précis et approfondi de la situation des requérants avant de rejeter leurs demandes de titre de séjour.
6. En deuxième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié : " Les dispositions du présent article () fixent les conditions de délivrance et de renouvellement du certificat de résidence aux ressortissants algériens établis en France ainsi qu'à ceux qui s'y établissent (). Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () 7) au ressortissant algérien, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve qu'il ne puisse pas effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays ". Aux termes de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les parents étrangers de l'étranger mineur qui remplit les conditions prévues à l'article L. 425-9, ou l'étranger titulaire d'un jugement lui ayant conféré l'exercice de l'autorité parentale sur ce mineur, se voient délivrer, sous réserve qu'ils justifient résider habituellement en France avec lui et subvenir à son entretien et à son éducation, une autorisation provisoire de séjour d'une durée maximale de six mois. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / Cette autorisation provisoire de séjour ouvre droit à l'exercice d'une activité professionnelle. / Elle est renouvelée pendant toute la durée de la prise en charge médicale de l'étranger mineur, sous réserve que les conditions prévues pour sa délivrance continuent d'être satisfaites. / Elle est délivrée par l'autorité administrative, après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans les conditions prévues à l'article L. 425-9. ". Les dispositions de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour et du droit d'asile, qui prévoient la délivrance d'une autorisation provisoire de séjour au bénéfice des parents d'enfants dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale, ne sont pas applicables aux ressortissants algériens dont la situation est entièrement régie par les stipulations de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié. Cette circonstance ne fait toutefois pas obstacle à ce que le préfet, dans le cadre de son pouvoir discrétionnaire d'appréciation, délivre à ces ressortissants un certificat de résidence pour l'accompagnement d'un enfant malade.
7. Les époux H font valoir que l'état de santé de leur fils A nécessite des soins et un suivi médical régulier par un cardiologue pédiatrique qui doit être assuré en France. Toutefois, comme il a été dit, le collège des médecins de l'OFII a estimé qu'une interruption de la prise en charge médicale dont bénéficie l'enfant ne devrait pas entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Il ressort des pièces des dossiers qu'après avoir subi une opération en 2020, le jeune A était, à la date des décisions attaquées, asymptomatique sur le plan cardiovasculaire, sa pathologie nécessitant seulement un suivi cardiologique à vie avec des contrôles échographiques réguliers. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que le préfet de la Loire-Atlantique aurait commis une erreur de droit et une erreur manifeste d'appréciation en refusant de délivrer à Mme et M. H une nouvelle autorisation provisoire de séjour en tant qu'accompagnants d'un enfant mineur malade doit être écarté.
8. En troisième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien susvisé : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () / 5°) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ; () ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, () ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier l'ancienneté, la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.
9. Mme et M. H se prévalent de leur séjour en France depuis plus de quatre ans à la date des décisions attaquées, de la présence à leurs côtés de leurs deux enfants mineurs nés sur le territoire français et qui n'ont donc jamais vécu en Algérie, de leur insertion professionnelle et de la résidence régulière en France des parents et de deux sœurs du requérant. Toutefois, les intéressés étaient, à leur arrivée en France, âgés respectivement de vingt-cinq ans et quarante-deux ans. Ils ne sont pas dépourvus d'attaches familiales en Algérie où vivent notamment les parents de Mme H. Ils ne font état d'aucune circonstance particulière qui ferait obstacle à ce que leurs enfants poursuivent ou commencent leur scolarité en Algérie. Enfin, leur insertion professionnelle, pour méritoire qu'elle soit, est demeurée précaire. Postérieurement aux décisions attaquées, Mme H justifie avoir conclu un contrat de travail à durée indéterminée à temps partiel en tant qu'assistante de vie. Si la société Alter Ego a renseigné une demande d'autorisation de travail pour permettre à la requérante d'occuper cet emploi, il ne ressort pas des pièces des dossiers, en tout état de cause, que cette autorisation de travail ait été délivrée. Dans ces conditions, en refusant de délivrer à Mme et M. H des certificats de résidence, le préfet de la Loire-Atlantique n'a pas porté à leur droit au respect de leur vie privée et familiale une atteinte disproportionnée. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations du 5° de l'article 6 de l'accord franco-algérien et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes raisons, doit aussi être écarté le moyen tiré de ce que le préfet aurait manifestement mal apprécié la situation familiale des requérants.
10. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ". Bien que l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ne prévoie pas des modalités d'admission exceptionnelle au séjour semblables à celles prévues par l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, cette circonstance ne fait pas obstacle à ce que le préfet puisse délivrer un certificat de résidence à un ressortissant algérien qui ne remplit pas l'ensemble des conditions auxquelles est subordonnée sa délivrance de plein droit, en faisant usage de son pouvoir discrétionnaire pour apprécier, compte tenu de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation.
11. Eu égard à ce qui a été dit au point 9, les éléments relatifs à la situation personnelle et professionnelle et à la durée de séjour en France de Mme et M. H ne permettent pas de considérer que le préfet, qui dispose en la matière d'un large pouvoir d'appréciation, aurait commis une erreur manifeste dans son appréciation de la situation des intéressés en refusant de les admettre exceptionnellement au séjour.
12. En cinquième lieu, aux termes de l'article 3 paragraphe 1 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".
13. Comme il a été dit précédemment, les décisions attaquées n'impliquent pas, par elles-mêmes, que Mme et M. H soient séparés de leurs enfants. Compte tenu de l'état de santé de l'aîné des enfants, la circonstance qu'il doive accompagner ses parents en Algérie n'est pas contraire à son intérêt supérieur. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.
En ce qui concerne les autres moyens soulevés à l'encontre des décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixation du pays de destination :
14. En premier lieu, aux termes de l'article L. 613- du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour () ". Le 3° de l'article L. 611-1 est relatif à l'hypothèse où, comme en l'espèce, l'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour. Ainsi qu'il a été dit précédemment, les arrêtés attaqués, en tant qu'ils portent refus de titre de séjour, sont suffisamment motivés. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation des décisions portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.
15. En deuxième lieu, les arrêtés attaqués, en tant qu'ils fixent le pays de destination, comportent les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Ils se réfèrent notamment à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et à l'absence de justification par les intéressés de l'existence d'un risque en cas de retour dans leur pays d'origine. Les décisions sont ainsi suffisamment motivées en droit comme en fait.
16. En troisième lieu, si les requérants invoquent l'existence d'un vice de procédure tenant à l'irrégularité de l'avis émis par le collège des médecins de l'OFII, cette affirmation est, en tout état cause, dépourvue de précision de sorte que sa portée ne peut être appréhendée par le tribunal.
17. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. ".
18. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 7, les éléments produits ne sont pas de nature à établir que le défaut de prise en charge médicale du jeune A entrainerait pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité ni, au demeurant, qu'il ne pourrait bénéficier d'un suivi médical effectif approprié en Algérie. Par suite, en ne faisant pas bénéficier les époux H de la protection prévue par les dispositions citées au point précédent, le préfet n'a pas commis d'erreur d'appréciation.
19. Il résulte de tout ce qui précède que Mme et M. H ne sont pas fondés à demander l'annulation des arrêtés attaqués du 16 juillet 2021.
Sur les conclusions à fin d'injonction et tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :
20. D'une part, le rejet des conclusions à fin d'annulation présentées par Mme et M. H entraine, par voie de conséquence, celui de leurs conclusions à fin d'injonction.
21. D'autre part, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que les sommes demandées par les requérants au titre des frais exposés et non compris dans les dépens soient mises à la charge de l'Etat qui n'a pas la qualité de partie perdante dans les présentes instances.
D É C I D E :
Article 1er : Les requêtes de Mme H et de M. H sont rejetées.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B G épouse H, à M. C H, au préfet de la Loire-Atlantique et à Me Stéphanie Rodrigues Devesas.
Délibéré après l'audience du 26 janvier 2023, à laquelle siégeaient :
M. Luc Martin, président,
M. David Labouysse, premier conseiller,
Mme Nathalie Caro, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 mai 2023.
Le président-rapporteur,
L. MARTINL'assesseur le plus ancien
dans l'ordre du tableau,
D. LABOUYSSE
La greffière,
V. MALINGRE
La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
V. Malingre
Nos 2111863-2111864
cnd
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026