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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2111973

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2111973

jeudi 22 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2111973
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantGOUACHE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 25 octobre 2021, M. D E, représenté par Me Gouache, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 24 février 2021 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office à l'expiration de ce délai ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou, à défaut, " salarié ", dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros au profit de son conseil qui renoncera, dans cette hypothèse, à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

- il n'est pas justifié de la compétence de son signataire ;

- elle est entachée d'un vice de procédure tiré de l'absence de consultation régulière de la commission du titre de séjour ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 313-11, 7° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- il n'est pas justifié de la compétence de son signataire ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Sur la décision fixant le pays de destination :

- il n'est pas justifié de la compétence de son signataire ;

- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense enregistré le 10 juin 2022, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

M. E a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 20 septembre 2021.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B ;

- les observations de Me Beaumont, substituant Me Gouache, avocat de M. E.

Considérant ce qui suit :

1. M. D E, ressortissant égyptien, né le 14 mai 1984, a déclaré être entré en France le 1er janvier 2005. Il s'est vu opposer une décision de refus de séjour assortie d'une obligation de quitter le territoire français le 22 octobre 2013. M. E a sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 24 février 2021, le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office à l'expiration de ce délai. Par sa requête, M. E demande l'annulation de cet arrêté.

Sur le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur des décisions attaquées :

2. L'acte attaqué a été signé par Mme C A, directrice des migrations et de l'intégration à la préfecture de la Loire-Atlantique, qui bénéficiait, par un arrêté du 8 janvier 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour, d'une délégation du préfet de la Loire-Atlantique à l'effet de signer, notamment, les décisions portant refus de titre de séjour, les décisions portant obligation de quitter le territoire et les décisions fixant le pays de renvoi. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

3. En premier lieu, en vertu des dispositions de l'article L. 313-14, alors applicables, l'autorité administrative est tenue de soumettre pour avis à la commission mentionnée à l'article L. 312-1 la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par l'étranger qui justifie par tout moyen résider en France habituellement depuis plus de dix ans.

4. En se bornant à soutenir avoir transmis l'intégralité des preuves de sa présence en France pour les années 2005 à 2013 à la " préfecture de Sarcelles " lors du dépôt d'une précédente demande de titre de séjour, le requérant ne justifie pas d'une résidence habituelle sur le territoire national de plus de dix ans. Il n'est, dès lors, pas fondé à soutenir que la décision contestée serait entachée d'une irrégularité au regard des dispositions citées au point précédent.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " est délivrée de plein droit : () 7° A l'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France, appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'intéressé, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec la famille restée dans le pays d'origine, sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus () ". Par ailleurs, aux termes de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur: " La carte de séjour temporaire mentionnée à l'article L. 313-11 ou la carte de séjour temporaire mentionnée au 1° de l'article L. 313-10 sur le fondement du troisième alinéa de cet article peut être délivrée, sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, à l'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 311-7. () ". Enfin, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ".

6. Si M. E se prévaut d'un séjour d'une durée de seize ans en France, une telle durée ne ressort pas des pièces du dossier. De plus, l'intéressé est célibataire et sans charge de famille en France. Si son frère réside en France, il n'a pas noué par ailleurs dans le pays des attaches personnelles anciennes, intenses et stables, et s'il soutient avoir travaillé en France comme peintre en bâtiment, cette activité professionnelle a été effectuée sans autorisation. M. E ne peut ainsi être regardé, indépendamment de la durée de son séjour en France, comme y ayant porté le centre de ses intérêts personnels et familiaux. En revanche, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il serait dépourvu d'attaches personnelles en Egypte, où il a vécu la majeure partie de sa vie et où vivent encore ses parents. Il s'ensuit que le refus d'admission au séjour n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale de M. E au regard des buts en vue desquels il a été pris. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et, en tout état de cause, du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés. Les circonstances dont se prévaut l'intéressé ne sont pas davantage de nature à caractériser l'existence de circonstances humanitaires ou de motifs exceptionnels justifiant qu'un titre de séjour lui soit délivré en application de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le préfet de la Loire-Atlantique n'a pas méconnu ces dispositions en prenant à l'égard de M. E la décision de refus de titre de séjour contestée.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

7. En premier lieu, il résulte de ce qui vient d'être dit que l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour n'est pas établie. Par suite, le moyen tiré de cette illégalité, invoqué par M. E à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français, ne peut qu'être écarté.

8. En second lieu, pour les mêmes motifs de fait que ceux exposés au point 6, la décision portant obligation de quitter le territoire français ne méconnaît pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

9. Il résulte de ce qui a été dit précédemment que l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français n'est pas établie. Par suite, le moyen tiré de l'illégalité de ces décisions, que M. E invoque à l'encontre de la décision fixant le pays de destination, doit être écarté.

10. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. E doit être rejetée, en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. E est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D E, à Me Gouache et au préfet de la Loire-Atlantique.

Délibéré après l'audience du 15 décembre 2022 à laquelle siégeaient :

M. Martin, président,

M. Labouysse, premier conseiller,

M. Catroux, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 décembre 2022.

Le rapporteur,

X. B

Le président,

L. MARTIN La greffière,

V. MALINGRE

La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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