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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2112079

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2112079

mardi 16 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2112079
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation1ère Chambre
Avocat requérantLE FLOCH

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête enregistrée le 27 octobre 2021 sous le n° 2112079, M. C F, représenté par Me Le Floch, demande au tribunal :

1°) de l'admettre à l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler la décision du 12 août 2021 par laquelle le préfet de la Loire-Atlantique a refusé d'enregistrer, comme irrecevable, la demande de titre de séjour présentée par M. F sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique d'enregistrer sa demande de titre de séjour dans le mois de la notification de la décision à rendre et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation, dans le même délai et sous la même astreinte ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 500 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la signataire de la décision attaquée était incompétente ;

- les articles R. 311-17 et R. 311-18 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ont été méconnus ;

- l'article L. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile a été méconnu et le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 février 2023, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au non-lieu à statuer sur les conclusions en annulation et au rejet des conclusions présentées au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient qu'il a ultérieurement enregistré la demande de titre de séjour et l'a instruite.

M. F a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 6 janvier 2022.

II. Par une requête et un mémoire, enregistrés le 3 août 2022 et le 5 avril 2023 sous le n° 2210351, M. C F, représenté par Me Le Floch, demande au tribunal :

1°) de l'admettre à l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 3 juin 2022 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de lui délivrer un titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, laquelle obligation fixe le pays de destination en cas de reconduite d'office à l'issue de ce délai ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à défaut, de réexaminer sa demande, dans le même délai et sous la même astreinte ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 500 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

- le refus de séjour n'est pas régulièrement motivé ;

- il n'y a pas eu d'avis médical et le collège de l'Office français de l'immigration et de l'intégration était irrégulièrement composé ;

- l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile a été méconnu et une erreur de droit a été commise ;

- une erreur manifeste d'appréciation a été commise ;

- l'obligation de quitter le territoire français est illégale en conséquence ;

- elle est signée par une autorité incompétente ;

- elle méconnaît le 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision fixant le pays de renvoi est illégale en conséquence ;

- elle est signée par une autorité incompétente ;

- elle méconnaît l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 février 2023, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

M. F a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 17 août 2022.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. A de Baleine, président, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. F, ressortissant azerbaïdjanais né le 8 octobre 1996, est entré sur le territoire français, le 19 avril 2018 selon ses déclarations. L'arrêté de la préfète de la Loire-Atlantique du 24 septembre 2018 décidant son transfert aux autorités polonaises, responsables de l'examen de la demande d'asile présentée par l'intéressé, qui n'a pas été annulé par la décision de la cour administrative d'appel de Nantes n° 18NT03861 du 7 juin 2019, n'a pas été exécuté et la France est devenue responsable de l'examen de cette demande à l'échéance d'un délai de six mois suivant le jugement du tribunal administratif de Nantes du 26 septembre 2018 rejetant le recours formé contre cet arrêté. En conséquence, M. F a été mis en possession d'une attestation de demande d'asile en procédure normale le 17 juillet 2019. Cette demande d'asile a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 23 mars 2020 et une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 26 juillet 2021. Avant l'intervention de cette décision du 23 mars 2020 et le 3 mai 2019, M. F a demandé la délivrance d'une carte de séjour temporaire en se prévalant de son état de santé. Par la décision du 12 août 2021 dont M. F demande l'annulation sous le n° 2112079, le préfet de la Loire-Atlantique a refusé d'enregistrer, comme irrecevable, cette demande. Postérieurement à l'intervention de la décision de la Cour nationale du droit d'asile du 26 juillet 2021, M. F a, de nouveau, sollicité la délivrance d'un titre de séjour en se prévalant de son état de santé. Cette demande a été enregistrée et un récépissé de demande de carte de séjour a été délivré à l'intéressé le 6 janvier 2022. Par l'arrêté du 3 juin 2022 dont M. F demande l'annulation sous le n° 2210351, le préfet de la Loire-Atlantique a rejeté cette demande et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, laquelle obligation fixe le pays de destination en cas de reconduite d'office à l'issue de ce délai. Il y a lieu de joindre les requêtes de M. F pour statuer par une seule et même décision. M. F ayant été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, ses demandes d'aide juridictionnelle provisoire sont sans objet.

Sur l'étendue du litige :

2. En délivrant à M. F le 6 janvier 2022 un récépissé, valable jusqu'au 5 juillet 2022, de sa demande de carte de séjour temporaire au titre de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, puis en procédant à l'instruction de cette demande, qui a donné lieu à un avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du 14 janvier 2022, le préfet de la Loire-Atlantique a nécessairement rapporté sa décision du 12 août 2021 par laquelle il avait initialement refusé d'enregistrer la demande de titre de séjour présentée le 3 mai 2021 par l'intéressé sur le même fondement. Il en résulte que les conclusions de la requête n° 2112079 tendant à l'annulation de cette décision du 12 août 2021 et à ce qu'il soit enjoint au préfet d'enregistrer cette demande et de procéder à son instruction sont sans objet.

Sur le surplus des conclusions aux fins d'annulation et d'injonction :

3. L'arrêté attaqué du 3 juin 2022 a été signé par Mme G I, cheffe du bureau du séjour à la préfecture de la Loire-Atlantique. Par un arrêté du 11 avril 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de la Loire-Atlantique n° 56 du 11 avril 2022, le préfet lui a donné délégation, en l'absence ou l'empêchement de Mme E D, directrice des migrations et de l'intégration de la préfecture de la Loire-Atlantique et de M. H B, son adjoint, à l'effet de signer notamment les décisions, relevant des attributions de ce bureau portant refus de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français, portant sur le délai de retour volontaire et fixant le pays de renvoi. Il ne ressort pas du dossier que Mme D et M. B n'auraient pas été simultanément absents ou empêchés. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de cette signataire ne peut qu'être écarté.

4. L'arrêté du 3 juin 2022, qui énonce notamment qu'il ressort de l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du 14 janvier 2022 que l'état de santé de l'intéressé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut ne devrait pas entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, qu'au vu des éléments du dossier et à la date de cet avis cet état de santé lui permet de voyager sans risque et ajoute qu'en tout état de cause il n'est pas établi que l'intéressé ne puisse bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine où il pourra poursuivre les soins dont il a besoin, comporte l'énoncé des raisons de droit et de fait pour lesquelles son auteur a refusé de délivrer un titre de séjour au requérant, ce dont résulte que cette décision est régulièrement motivée.

5. Il ne ressort pas des pièces du dossier ni ne résulte de l'instruction que le préfet de la Loire-Atlantique, auquel il appartenait de prendre en compte dans son appréciation l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du 14 janvier 2022 et qui n'avait pas l'obligation, pour fonder son appréciation, de se référer dans la motivation de sa décision à un autre élément d'appréciation que cet avis ce qu'au demeurant il n'a pas fait, se serait estimé tenu par cet avis de refuser au requérant la délivrance de la carte de séjour temporaire qu'il avait demandée et aurait, ce faisant, méconnu l'étendue de sa compétence d'appréciation. Il en résulte que le moyen tiré d'une erreur de droit doit être écarté.

6. Aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. () / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. / Sous réserve de l'accord de l'étranger et dans le respect des règles de déontologie médicale, les médecins de l'office peuvent demander aux professionnels de santé qui en disposent les informations médicales nécessaires à l'accomplissement de cette mission. Les médecins de l'office accomplissent cette mission dans le respect des orientations générales fixées par le ministre chargé de la santé. / Si le collège de médecins estime dans son avis que les conditions précitées sont réunies, l'autorité administrative ne peut refuser la délivrance du titre de séjour que par une décision spécialement motivée (). ".

7. Aux termes de l'article R. 425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. ". Aux termes de l'article R. 425-12 du même code : " Le rapport médical mentionné à l'article R. 425-11 est établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à partir d'un certificat médical établi par le médecin qui suit habituellement le demandeur ou par un médecin praticien hospitalier inscrits au tableau de l'ordre, dans les conditions prévues par l'arrêté mentionné au deuxième alinéa du même article. ". Aux termes de l'article R. 425-13 de ce code : " Le collège à compétence nationale mentionné à l'article R. 425-12 est composé de trois médecins, il émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du même article. La composition du collège et, le cas échéant, de ses formations est fixée par décision du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège. / Le collège peut délibérer au moyen d'une conférence téléphonique ou audiovisuelle. / L'avis est rendu par le collège dans un délai de trois mois à compter de la transmission du certificat médical. ". L'article 6 de l'arrêté du 27 décembre 2016 pris pour l'application des dispositions précitées prévoit que : " Au vu du rapport médical mentionné à l'article 3, un collège de médecins désigné pour chaque dossier dans les conditions prévues à l'article 5 émet un avis, conformément au modèle figurant à l'annexe C du présent arrêté, précisant: / a) si l'état de santé de l'étranger nécessite ou non une prise en charge médicale ; / b) si le défaut de cette prise en charge peut ou non entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur son état de santé ; / c) si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont le ressortissant étranger est originaire, il pourrait ou non y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ; / d) la durée prévisible du traitement. / Dans le cas où le ressortissant étranger pourrait bénéficier effectivement d'un traitement approprié, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, le collège indique, au vu des éléments du dossier du demandeur, si l'état de santé de ce dernier lui permet de voyager sans risque vers ce pays. / Cet avis mentionne les éléments de procédure. / Le collège peut délibérer au moyen d'une conférence téléphonique ou audiovisuelle. L'avis émis à l'issue de la délibération est signé par chacun des trois médecins membres du collège ".

8. Il résulte des dispositions citées au point précédent que l'avis émis par le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration doit être rendu à l'issue d'une délibération dont le caractère collégial constitue une garantie pour le demandeur de titre de séjour. Préalablement à l'avis rendu par ce collège, un rapport médical, relatif à l'état de santé de l'étranger intéressé et établi par un médecin instructeur, doit lui être transmis. Le médecin instructeur à l'origine de ce rapport médical ne doit pas siéger au sein du collège de médecins qui rend l'avis transmis au préfet. Il appartient à l'autorité administrative de se prononcer sur la demande de titre de séjour présentée en qualité d'étranger malade au vu de l'avis émis par le collège de médecins.

9. Il ressort des pièces du dossier que la demande de titre de séjour présentée par M. F au titre de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile a fait l'objet d'un avis émis le 14 janvier 2022 par un collège de trois médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Cet avis a été émis au vu d'un rapport médical établi le 21 décembre 2021 par une médecin n'étant pas au nombre des membres de ce collège. Cet avis mentionne avoir été émis après qu'il en ait été délibéré, cette mention faisant foi du caractère collégial, dont l'absence ne ressort pas du dossier, dudit avis, que le préfet n'avait pas l'obligation de communiquer au requérant avant de prendre sa décision. Il en résulte que le moyen tiré de l'irrégularité de la procédure doit, en toutes ses branches, être écarté.

10. Il résulte des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qu'il appartient à l'autorité administrative, lorsqu'elle envisage de refuser la délivrance du titre de séjour qu'elles prévoient, de vérifier, au vu de l'avis émis par le collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, que cette décision ne peut avoir de conséquences d'une exceptionnelle gravité sur l'état de santé de l'étranger, et en particulier d'apprécier, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir la nature et la gravité des risques qu'entraînerait un défaut de prise en charge médicale dans le pays dont l'étranger est originaire. Lorsque le défaut de prise en charge risque d'avoir des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur la santé de l'étranger, l'autorité administrative ne peut légalement refuser le titre de séjour sollicité que s'il existe des possibilités de traitement approprié de l'affection en cause dans son pays d'origine. Si de telles possibilités existent mais que l'étranger fait valoir qu'il ne peut en bénéficier, soit parce qu'elles ne sont pas accessibles à la généralité de la population, eu égard notamment aux coûts du traitement ou à l'absence de modes de prise en charge adaptées, soit parce qu'en dépit de leur accessibilité, des circonstances exceptionnelles tirées des particularités de sa situation personnelle l'empêcheraient d'y accéder effectivement, il appartient à cette même autorité, au vu de l'ensemble des informations dont elle dispose, d'apprécier si cet étranger peut ou non bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine.

11. S'il est saisi, à l'appui de conclusions tendant à l'annulation de la décision de refus, d'un moyen relatif à l'état de santé du demandeur, aux conséquences de l'interruption de sa prise en charge médicale ou à la possibilité pour lui d'en bénéficier effectivement dans le pays dont il est originaire, il appartient au juge administratif de prendre en considération l'avis médical rendu par le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Si le demandeur entend contester le sens de cet avis, il appartient à lui seul de lever le secret relatif aux informations médicales qui le concernent, afin de permettre au juge de se prononcer en prenant en considération l'ensemble des éléments pertinents, notamment l'entier dossier du rapport médical au vu duquel s'est prononcé le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, en sollicitant sa communication, ainsi que les éléments versés par le demandeur au débat contradictoire.

12. Il ressort des pièces du dossier que le requérant est affecté d'une schizophrénie et de trouble schizotypique. Il présente pour cette raison des éléments hallucinatoires auditifs, des mécanismes intuitifs et interprétatifs et des éléments persécutoires ponctuellement majorés par des consommations de toxiques. Il bénéficie d'un traitement antipsychotique oral et d'un suivi psychiatrique une fois par mois. Toutefois, en dépit de l'avis d'un médecin psychiatre du 15 mars 2021, il n'est pas établi que l'absence de prise en charge médicale de cet état de santé pourrait avoir sur l'état de santé de l'intéressé des conséquences d'une exceptionnelle gravité et, en particulier, que son pronostic vital pourrait, selon une probabilité élevée, en être remis en cause à un horizon temporel n'étant pas éloigné. En outre, il ressort également des pièces du dossier qu'une prise en charge médicale appropriée d'un état de santé tel que celui du requérant est disponible en Azerbaïdjan pour la généralité de la population, le requérant ne justifiant pas de circonstances exceptionnelles tirées de particularités de sa situation personnelle qui l'empêcheraient d'y accéder effectivement. Il en résulte qu'il n'est pas fondé à soutenir que les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile lui ouvraient droit à la délivrance d'un titre de séjour. Il ne l'est pas davantage à prétendre que les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 de ce code faisaient obstacle à ce que le préfet, qui n'a pas commis d'erreur ou d'erreur manifeste d'appréciation, lui fasse obligation de quitter le territoire français.

13. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

14. Le séjour du requérant en France, remontant aux mois d'avril ou mai 2018, n'est pas ancien et la fraction de ce séjour jusqu'à la fin du mois de juillet 2021 ne s'explique que par l'examen de la demande d'asile présentée par l'intéressé, qui est arrivé irrégulièrement sur le territoire français et ne pouvait ignorer qu'en cas de rejet de cette demande il s'exposait à une mesure de retour. Si le requérant se prévaut de ce que son père, titulaire d'une carte de séjour temporaire depuis le 18 mars 2022, réside en France et qu'il en va de même de sa grand-mère, à laquelle a été reconnue la qualité de réfugiée et à laquelle une carte de résident a été délivrée à ce titre le 24 avril 2017, le requérant, né en 1996, est âgé de près de 26 ans à la date de l'arrêté attaqué. Il est célibataire et n'a aucune tierce personne à sa charge. Quand bien même certains membres de sa famille résident en France, le requérant ne justifie pas d'attaches personnelles intenses, anciennes et stables dans ce pays. Dès lors, eu égard à la durée et aux conditions de son séjour en France comme aux effets d'une obligation de quitter le territoire français, le préfet, en lui faisant obligation de quitter le territoire français, n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels a été prise cette décision. Il en résulte que le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

15. Le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français serait illégale en raison de l'illégalité de celle lui refusant le séjour. Il ne l'est pas davantage à soutenir que la décision fixant le pays de destination en cas d'éloignement d'office serait illégale en raison de l'illégalité de cette obligation.

16. Aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : / 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; / 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; / 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ". Selon ce dernier : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".

17. Il n'est pas établi que la vie ou la liberté du requérant seraient menacées en Azerbaïdjan ou qu'il serait exposé dans ce pays à la torture ou à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. Il en résulte que la décision fixant le pays de destination en cas de reconduite d'office à l'issue du délai de départ volontaire ne méconnaît pas les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Sur les frais liés au litige :

18. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, le versement au conseil du requérant d'une somme à ces titres.

D É C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, et à l'annulation de la décision du préfet de la Loire-Atlantique du 12 août 2021 ainsi que sur les conclusions à fin d'injonction présentées en suite de ces conclusions à fin d'annulation.

Article 2 : Le surplus des conclusions des requêtes de M. F est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C F, au préfet de la Loire-Atlantique et à Me Le Floch.

Délibéré après l'audience du 2 mai 2023, à laquelle siégeaient :

M. A de Baleine, président,

Mme Thomas, première conseillère,

Mme Milin, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 mai 2023.

Le président-rapporteur,

A. A DE BALEINEL'assesseure la plus ancienne

dans l'ordre du tableau,

S. THOMAS

La greffière,

L. LÉCUYER

La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°s 2112079, 2210351

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Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.

01/06/2026

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