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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2112107

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2112107

mardi 20 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2112107
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation1ère Chambre
Avocat requérantJEANNETEAU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 28 octobre 2021 et 15 avril 2022, M. B C, représenté par Me Jeanneteau, demande au tribunal :

1°) à titre principal, d'annuler l'arrêté du 28 septembre 2021 par lequel le préfet de Maine-et-Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office lorsque le délai sera expiré ;

2°) à titre subsidiaire, d'abroger l'arrêté du 28 septembre 2021 par lequel le préfet de Maine-et-Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office lorsque le délai sera expiré à la date de son mariage ou à compter de la décision à intervenir ;

3°) d'enjoindre au préfet de Maine-et-Loire de lui délivrer le titre de séjour sollicité ou, à défaut, une autorisation provisoire de séjour dans un délai de trois jours à compter de la notification du jugement à intervenir et, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa demande de titre de séjour, dans un délai d'une semaine à compter de la notification du jugement à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :

- elle porte atteinte à son droit de mener une vie privée et familiale normale au regard de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation de sa situation personnelle au regard du 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- elle méconnait le 2) de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- il n'est pas établi qu'elle a été signée par une autorité compétente ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français et de la décision fixant le pays de destination :

- elles portent une atteinte disproportionnée à son droit de mener une vie privée et familiale normale et méconnaissent l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il n'est pas établi qu'elles ont été signées par une autorité compétente.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 12 avril et 1er août 2022, le préfet de Maine-et-Loire conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour des ressortissants algériens et de leurs familles ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A de Baleine, président-rapporteur,

- les observations de Me Néraudau, substituant Me Jeanneteau, avocate de M. C.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant algérien né en 1990, est entré en France le 30 août 2016, muni d'un passeport en cours de validité revêtu d'un visa de long séjour à entrées multiples portant la mention " étudiant ", valable du 20 août 2016 au 18 novembre 2016 et délivré le 2 août 2016 par l'autorité consulaire française à Alger. Un certificat de résidence en qualité d'étudiant, valable du 20 décembre 2016 au 19 décembre 2017, lui a ensuite été délivré et a été renouvelé jusqu'au 19 décembre 2018. S'étant ensuite irrégulièrement maintenu en France, il a, le 18 janvier 2021, sollicité du préfet de Maine-et-Loire la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " sur le fondement du 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ou son admission exceptionnelle au séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Sa demande a été rejetée par un arrêté du 28 septembre 2021 portant en outre obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office lorsque le délai sera expiré. M. C demande au tribunal d'annuler cet arrêté ou, à titre subsidiaire, de l'abroger.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen commun aux décisions attaquées :

2. Mme Daverton, secrétaire générale de la préfecture de Maine-et-Loire et signataire de l'arrêté attaqué, disposait d'une délégation de signature en date du 7 septembre 2021 régulièrement publiée le 9 septembre 2021 au recueil spécial des actes administratifs de la préfecture de Maine-et-Loire, à l'effet de signer un arrêté d'une telle nature, en toutes les décisions qu'il comporte. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de cette signataire manque en fait.

En ce qui concerne la légalité de la décision portant refus de titre de séjour :

3. Aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () / 2) au ressortissant algérien, marié avec un ressortissant de nationalité française, à condition que son entrée sur le territoire français ait été régulière, que le conjoint ait conservé la nationalité française () / 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs de refus () ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

4. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que M. C s'est marié à une ressortissante française le 15 janvier 2022, soit postérieurement à la date de l'arrêté portant refus de titre de séjour du 28 septembre 2021 et dont la légalité s'apprécie à la date de son édiction. Ainsi, le moyen tiré de la méconnaissance, par cet arrêté, du 2) de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ne peut être qu'écarté comme inopérant.

5. En second lieu, si, à la date de la décision attaquée, M. C séjournait en France depuis cinq ans, son séjour n'y était néanmoins pas ancien et il s'y maintenait irrégulièrement depuis plus de deux ans et demi. Le pacte civil de solidarité conclu entre l'intéressé et une ressortissante française le 12 juin 2020 est récent et les partenaires n'ont ensemble personne à leur charge, rien ne faisant obstacle à ce que la compagne du requérant se rende en Algérie. En outre, les parties à ce pacte ne pouvaient ignorer, au moment de sa conclusion, la situation irrégulière du requérant au regard du séjour et, de même qu'il était loisible à l'autre partie de conclure avec l'intéressé un tel partenariat en connaissance de cette situation, il lui est loisible de chercher à s'établir avec lui ailleurs qu'en France, notamment en Algérie. M. C se prévaut également de sa maîtrise du français pour rendre compte de son intégration en France. Il verse aux débats des bulletins de salaire justifiant de plusieurs emplois occupés entre 2017 et 2018 en qualité d'adjoint d'animation à la mairie d'Angers, d'agent contractuel étudiant au centre régional des œuvres universitaires et scolaires Nantes Pays-de-la-Loire et d'employé polyvalent dans une chaîne de restauration. Toutefois, la possibilité qui était ainsi ouverte au requérant d'exercer une activité salariée découlait seulement de titres de séjour qui lui avaient été délivrés en qualité d'étudiant, mais non de salarié. En outre, le maintien irrégulier de l'intéressé en situation irrégulière sur le territoire français, en connaissance de cause et pendant plus de deux ans, ne permet pas de caractériser l'effectivité de l'intégration dans la société française dont il fait état. Par ailleurs, M. C ne justifie pas être dépourvu d'attaches personnelles en Algérie, pays dont il a la nationalité et où il a vécu pendant au moins vingt-six ans. Dès lors, compte tenu de l'ensemble des éléments caractérisant sa situation en France, M. C ne justifie pas de liens personnels intenses, anciens et stables, tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs de refus. Dans ces conditions, M. C n'est pas fondé à soutenir qu'en refusant de lui délivrer un titre de séjour, le préfet aurait méconnu le 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français et de la décision fixant le pays de destination :

6. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 5 du présent jugement.

7. Il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué.

Sur les conclusions à fin d'abrogation :

8. Il n'appartient pas au juge de l'excès de pouvoir d'une décision administrative individuelle, auquel il revient seulement de se prononcer sur la légalité de cette décision mais non de se substituer à l'autorité administrative seule compétente pour, le cas échéant, abroger une décision de cette nature ou la remplacer par une autre décision en sens différent, de prononcer l'abrogation d'une telle décision. Si M. C soutient qu'à raison de son mariage le 15 janvier 2022, il remplit désormais, selon lui, les conditions de délivrance d'un certificat de résidence en application des stipulations du 2) de l'article 6 de l'accord franco-algérien modifié du 27 décembre 1968, il lui appartient, s'il s'y croit fondé, de saisir l'autorité compétente d'une nouvelle demande de délivrance d'un titre de séjour en se prévalant de cette circonstance postérieure à l'arrêté attaqué, pour cette raison sans incidence sur l'appréciation de sa légalité, comme de tous autres éléments dont il estimerait pouvoir se prévaloir. Il en résulte que les conclusions tendant à l'abrogation de cet arrêté ne sauraient être accueillies.

9. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. C ne peut qu'être rejetée en toutes ses conclusions.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au préfet de Maine-et-Loire.

Délibéré après l'audience du 6 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. A de Baleine, président,

Mme Thomas, première conseillère.

Mme Milin, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 septembre 2022.

Le président-rapporteur,

A. A DE BALEINE

L'assesseure la plus ancienne

dans l'ordre du tableau,

S. THOMAS

La greffière,

L. LÉCUYER

La République mande et ordonne au préfet de Maine-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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