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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2112170

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2112170

vendredi 7 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2112170
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantSELARL BAZIRE-BOULOUARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 29 janvier 2021 sous le numéro 2101798 par le greffe du tribunal administratif de Paris et renvoyée, par une ordonnance de la présidente de la 4ème section de ce tribunal du 28 octobre 2021, au greffe du tribunal administratif de Nantes qui l'a enregistrée le 29 octobre 2021 sous le numéro 2112170, et deux mémoires complémentaires enregistrés les 13 octobre 2021 et 7 septembre 2022, la société à responsabilité limitée B Armement Richard, représentée par Me Olivier Boulouard, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 21 aout 2020 par laquelle la cheffe de la division pêche et aquaculture de la direction interrégionale de la mer Nord Atlantique-Manche Ouest a rejeté sa demande d'aide au titre du fonds européen pour les affaires maritimes et de la pêche (FEAMP) pour le navire immatriculé sous le nom de " B 684904 ", ainsi que la décision rejetant son recours gracieux ;

2°) d'enjoindre à la ministre de l'agriculture, de la souveraineté alimentaire et de la forêt de réexaminer sa demande dans un délai de deux mois à compter du jugement à intervenir, et ce, sous une astreinte de 200 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 4 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit ;

- elle a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est entachée d'un vice de procédure.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 aout 2022, le préfet de la région Pays de la Loire conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que l'ensemble des moyens de la requête n'est pas fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le règlement (UE) n° 1005/2008 du 29 septembre 2008 ;

- le règlement délégué (UE) n° 2015/288 de la commission du 14 décembre 2014 ;

- le règlement d'exécution (UE) n° 404/2011 fr la commission du 8 avril 2011 et son annexe XXX ;

-le code rural et de la pêche maritime ;

- l'arrêté du 29 avril 2020 du ministre de l'agriculture et de l'alimentation ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 11 décembre 2024 à 10h :

- le rapport de Mme A,

- les conclusions de M. Guilloteau, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. La société à responsabilité limitée (SARL) Ablette-Armement Richard a déposé, le 3 juin 2020, une demande de subvention au titre du Fonds européen pour les affaires maritimes et la pêche (FEAMP), dans le cadre du dispositif de soutien prévu pour compenser l'arrêt temporaire des activités de pêche en conséquence de la propagation de la COVID-19, laquelle demande a été rejetée par une décision du 21 aout 2020 de la cheffe de la division pêche et aquaculture de la direction interrégionale de la mer Nord Atlantique - Manche Ouest, délégataire du préfet de la région Pays de la Loire . La SARL Ablette-Armement Richard a introduit un recours gracieux le 28 septembre 2020, lequel a été rejeté par une décision du 25 novembre 2020. Par la présente requête, la SARL Ablette-Armement Richard demande l'annulation de la décision du 21 aout 2020, qui a rejeté sa demande de subvention ainsi que celle de la décision rejetant son recours gracieux.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. D'une part, aux termes de l'article 33 du règlement (UE) n° 508/2014 du Parlement européen et du Conseil du 15 mai 2014 relatif au Fonds européen pour les affaires maritimes et la pêche, dans sa rédaction issue du règlement (UE) 2020/560 du Parlement européen et du Conseil du 23 avril 2020 : " 1. Le FEAMP peut financer des mesures en vue de l'arrêt temporaire des activités de pêche dans les cas suivants : / () d) lorsque l'arrêt temporaire des activités de pêche survient entre le 1er février et le 31 décembre 2020 en conséquence de la propagation de la COVID-19 () ". Aux termes de l'article 2 de l'arrêté du 29 avril 2020 relatif à la mise en œuvre d'un arrêt temporaire aidé des activités de pêche dans le cadre de l'épidémie du coronavirus covid-19 : " Le bénéfice d'une aide à l'arrêt temporaire d'activité de pêche est ouvert pour les armateurs d'un ou plusieurs navires de pêche maritime professionnelle battant pavillon français, en application de l'article 33 du règlement (UE) n° 508/2014 du Parlement européen et du Conseil du 15 mai 2014 relatif au Fonds européen pour les affaires maritimes et la pêche modifié, inscrits au fichier national de la flotte française, qui justifient d'une activité de pêche et sont arrêtés en totalité ou en partie, de manière continue ou fractionnée, en raison des conséquences directes ou indirectes de la crise suscitée par l'épidémie de covid-19. / La période d'éligibilité à cette mesure est fixée du 12 mars 2020 au 31 mai 2020. () ". L'article 4 de ce même arrêté prévoit que : " Sans préjudice des dispositions de l'article 10 du règlement (UE) n° 508-2014 précité, pour être éligible à la présente aide, le navire inscrit à l'arrêt aidé et le bénéficiaire doivent respecter les conditions d'éligibilité suivantes : / () 3° Le demandeur doit être à jour de ses obligations déclaratives ; () ".

3. D'autre part, aux termes de de l'article 42 du règlement (UE) n° 1005/2008 du 29 septembre 2008 : " Infractions graves / 1. Aux fins du présent règlement, on entend par infractions graves : / a) les activités considérées comme de la pêche INN conformément aux critères établis à l'article 3 ; / b) la réalisation d'opérations économiques concernant directement la pêche INN, y compris l'échange de produits de la pêche INN ou l'importation de ceux-ci ; / c) la falsification de documents visés par le présent règlement ou l'utilisation de ces faux documents ou de documents non valables. / 2. La gravité de l'infraction est déterminée par l'autorité compétente d'un État membre en tenant compte des critères énoncés à l'article 3, paragraphe 2. ". Aux termes de l'article 3 du règlement précité : " Navires de pêche pratiquant la pêche INN / 1. Un navire de pêche est présumé pratiquer la pêche INN s'il est démontré qu'il a, en violation des mesures de conservation et de gestion applicables dans la zone d'exercice de ces activités : () / b) manqué à ses obligations d'enregistrement et de déclaration des données de capture ou des données connexes, y compris les données à transmettre par système de surveillance des navires par satellite ou les notifications préalables au titre de l'article 6 () ". Aux termes de l'article 3 du règlement délégué (UE) n° 2015/288 de la commission du 14 décembre 2014 : " Article 3 / Inadmissibilité des demandes présentées par les opérateurs ayant commis des infractions graves relevant de l'article 42, paragraphe 1, du règlement (CE) n° 1005/2008 du Conseil (1) ou de l'article 90, paragraphe 1, du règlement (CE) n° 1224/2009 / 1. Lorsqu'une autorité compétente a établi qu'un opérateur a commis une infraction grave relevant de l'article 42, paragraphe 1, du règlement (CE) n° 1005/2008 ou de l'article 90, paragraphe 1, du règlement (CE) n° 1224/2009, les demandes d'aide au titre du FEAMP présentées par cet opérateur ne sont pas admissibles pendant une période de douze mois. / 2. Par dérogation au paragraphe 1, lorsqu'un État membre, en application de l'article 42, paragraphe 1, point a), du règlement (CE) n° 1005/2008, attribue des points d'infraction pour les infractions graves énumérées à l'annexe XXX, points 1, 2 et 5, du règlement d'exécution (UE) no 404/2011, les règles suivantes s'appliquent: / a) si le nombre de points d'infraction accumulés par un opérateur pour un navire de pêche reste inférieur à 9, les demandes d'aide au titre du FEAMP présentées par cet opérateur sont admissibles () ". Le point 1 de l'annexe XXX du règlement d'exécution (UE) n° 404/2011 prévoit l'attribution de trois points en cas de commission de l'infraction grave ainsi définie " manquement aux obligations d'enregistrement et de déclaration des données de capture ".

4. Enfin, aux termes de l'article 3 du règlement (CE) n° 1224/2009 du Conseil du 20 novembre 2009 instituant un régime de l'Union de contrôle afin d'assurer le respect des règles de la politique commune de la pêche : " Le présent règlement s'applique sans préjudice des mesures nationales de contrôle allant au-delà de ses exigences minimales, pour autant qu'elles soient conformes à la législation communautaire ainsi qu'à la politique commune de la pêche. () ". Aux termes de l'article R. 946-4 du code rural et de la pêche maritime : " La présente section définit les " infractions graves ", au sens de l'article 42 du règlement (CE) n° 1005/2008 du Conseil du 29 septembre 2008 établissant un système communautaire destiné à prévenir, à décourager et à éradiquer la pêche illicite, non déclarée et non réglementée ainsi que du paragraphe 1 de l'article 90 du règlement (CE) n°1224/2009 du Conseil du 20 novembre 2009 instituant un régime communautaire de contrôle afin d'assurer le respect des règles de la politique commune de la pêche. / Ces infractions donnent lieu à l'attribution de points de pénalité au titulaire d'une licence de pêche et au capitaine d'un navire de pêche en vertu de l'article 92 du règlement (CE) n° 1224/2009 précité et des dispositions prises pour son application. / Le nombre de points de pénalité est fonction des catégories d'infractions mentionnées à l'annexe XXX du règlement d'exécution (UE) n° 404/2011 de la Commission du 8 avril 2011 portant modalités d'application du règlement (CE) n° 1224/2009 du Conseil du 20 novembre 2009 instituant un régime communautaire de contrôle afin d'assurer le respect des règles de la politique commune de la pêche. () ". L'article R. 946-5 du même code prévoit que : " I.- Constituent une " infraction grave " entrant dans la catégorie n° 1 mentionnée au troisième alinéa de l'article R. 946-4 et donnent lieu à l'attribution de trois points de pénalité lorsqu'ils sont commis dans une ou plusieurs des conditions définies au II : / 1° Les manquements aux obligations déclaratives concernant le navire, ses déplacements, les opérations de pêche, les captures et les produits qui en sont issus, () ".

5. Pour rejeter la demande de la SARL Ablette-Armement Richard, le préfet de la région Pays de la Loire s'est fondé sur le motif tiré de ce que la société avait fait l'objet d'une attribution de points pour non-respect de ses obligations déclaratives dans les douze mois ayant précédé le dépôt de sa demande d'aide

6. Il est constant que le capitaine et l'armateur du navire B se sont vu infliger, par deux décisions du 7 novembre 2019, chacun, une pénalité de trois points pour " exercice d'activité de pêche maritime sans respect des obligations déclaratives nécessaires au contrôle des activités de pêche ", le volume de 1641 kilogrammes de bars capturé, débarqué et vendu par ledit navire à l'issue de la marée du 24 janvier 2016 n'ayant fait l'objet, de la part du capitaine, d'aucune déclaration de capture ni de débarquement. Si la société requérante admet que ce manquement de l'armateur et du capitaine de son navire de pêche à leurs obligations d'enregistrement et de déclaration des données de capture, commis moins de douze mois avant le dépôt de sa demande d'aide, constituait une infraction grave au sens des dispositions précitées des articles 42 et 3 du règlement n°1005/2008 du 29 septembre 2008 faisant en principe obstacle à l'obtention d'une aide du FEAMP, conformément aux dispositions également précitées du paragraphe 1 de l'article 3 du règlement délégué n°2015/288 de la commission du 14 décembre 2014, elle soutient que sa demande d'aide entrait dans le champ de la dérogation prévue par le paragraphe 2 de ce même article 3 dès lors que l'infraction grave pour laquelle elle a été sanctionnée figure au point 1 de l'annexe XXX du règlement n°404/2011 et que le nombre de points d'infraction qu'elle avait accumulés pour le navire de pêche B restait inférieur à 9. Le préfet de région fait valoir, pour sa part, qu'il résulte des dispositions du paragraphe 2 de l'article 3 du règlement n°2015/288 que cette dérogation ne s'applique que lorsque les points d'infraction ont été attribués en application de l'article 42, paragraphe 1, point a) du règlement n°1005/2005. Il ajoute que tel n'a pas été le cas en l'espèce, les décisions de sanction prise à l'encontre du capitaine et de l'armateur du navire B ayant été prises sur le fondement des dispositions de l'article 14, paragraphe 3 du règlement n°1224/2009, lesquelles prévoient l'obligation pour les capitaines de navire de pêche d'enregistrer sur un journal de pêche les quantités estimées de chaque espèce et de transmettre ces informations à l'Etat membre du pavillon.

7. Il ressort toutefois des pièces du dossier que les sanctions de trois points infligées au capitaine et à l'armateur du navire B à raison de la méconnaissance de cette obligation ont été prononcées en application des dispositions combinées des articles 42 et 3 du règlement n° 1005/2008, des articles 14 et 92 du règlement n° 1224-2009 et de l'annexe XXX du règlement n° 404/2011. Les deux décisions de sanction, produites par le préfet, visent d'ailleurs ces trois règlements. La société requérante est, dès lors fondée à soutenir que les trois points d'infraction qui ont été attribués respectivement au capitaine et à l'armateur de son navire l'ont été en application de l'article 42, paragraphe 1, point a) du règlement n° 1005/2008, les manquements sanctionnés étant au nombre des activités considérées comme de la pêche INN, de sorte qu'elle était en droit de bénéficier de la dérogation prévue par le paragraphe 2 de l'article 3 de ce même règlement.

8. Le préfet de région fait encore valoir que l'article 4 de l'arrêté du 29 avril 2020 subordonnait l'octroi de l'aide demandée par la société requérante à la condition que le demandeur fût à jour de ses obligations déclaratives, sans prévoir aucune possibilité de dérogation. Il se prévaut également du paragraphe 2 de l'article 3 du règlement n°1224-2009 en tant qu'il prévoit que ce règlement s'applique sans préjudice des mesures nationales de contrôle allant au-delà de ses exigences minimales, pour autant qu'elles soient conformes à la législation. Toutefois, l'article 4 de l'arrêté du 29 avril 2020 prévoit que la condition d'éligibilité qu'il énonce s'applique " sans préjudice de l'article 10 du règlement (UE) n° 508-2014 ". Le a) de cet article 10 prévoit que n'est pas admissible au soutien du FEAMP pendant une certaine période l'opérateur ayant commis une infraction grave au titre de l'article 42 du règlement n°1005/2008, ce qui est le cas, comme il vient d'être dit, de la société requérante. Ainsi, l'article 4 de l'arrêté du 29 avril 2020, qui se bornait à exiger des demandeurs qu'ils attestent sur l'honneur être à jour de leurs obligations déclaratives, sans plus de précision, ne pouvait faire obstacle à l'application, aux demandeurs qui en remplissaient les conditions, de de la dérogation prévue par l'article 3 du règlement n°2015/288, d'application directe. Il suit de là que le préfet de région, en rejetant comme inéligible la demande d'aide présentée par la Sarl B Armement Richard, sans rechercher si elle était en droit de bénéficier de cette dérogation, a fait une inexacte application des dispositions combinées des différents règlements, citées ci-dessus.

9. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que la décision attaquée du 21 aout 2020 et le rejet du recours gracieux doivent être annulés.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

10. L'exécution du présent jugement implique que la demande de la SARL B Armement Richard soit réexaminée. Il y a lieu, par suite, d'enjoindre au préfet de la région Pays de la Loire de procéder à ce réexamen dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais d'instance :

11. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 500 euros à la SARL B Armement Richard au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Les décisions attaquées de la cheffe de la division pêche et aquaculture de la direction interrégionale de la mer Nord Atlantique-Manche Ouest des 21 aout et 25 novembre 2020 sont annulées.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la région des Pays de la Loire de réexaminer la demande présentée par la SARL B Armement Richard dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir.

Article 3 : L'Etat versera une somme de 1 500 euros à la SARL B Armement Richard au titre des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la SARL B Armement Richard et à la ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire.

Copie en sera adressée au préfet de de la région des Pays de la Loire.

Délibéré après l'audience du 11 décembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Luc Martin, président,

Mme Claire Martel, première conseillère,

Mme Justine-Kozue Kubota, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 février 2025.

La rapporteure,

J-K. A

Le président,

L. MARTIN

La greffière,

S. BARBERA

La République mande et ordonne à la ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

1

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