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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2112186

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2112186

mercredi 30 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2112186
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantPRONOST

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 29 octobre 2021 et 9 septembre 2024, Mme C, représentée par Me Pronost, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 10 décembre 2020 par laquelle le ministre de l'intérieur a rejeté sa demande de naturalisation°;

2°) d'enjoindre au le ministre de l'intérieur et des outre-mer, de réexaminer sa demande de naturalisation, dans les plus brefs délais, à compter de la notification du présent jugement ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros qui devra être versée à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- il n'est pas justifié que la décision attaquée ait été signée par une autorité habilitée ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors que le caractère non probant d'un acte de naissance, en l'absence de fraude, ne permet pas de rejeter une demande de naturalisation ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 janvier 2023, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par Mme A n'est fondé.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 27 septembre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 ;

- le décret n° 2005-850 du 27 juillet 2005 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 25 septembre 2024 :

- le rapport de Mme Martel,

- et les observations de Me Pronost, représentant Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante ivoirienne née le 17 juillet 1990, a sollicité l'acquisition de la nationalité française par naturalisation. Sa demande a été rejetée par décision du préfet du 10 décembre 2020 du ministre de l'intérieur. Mme A demande au tribunal d'annuler cette décision.

Sur la légalité de la décision attaquée :

2. Aux termes de l'article 21-15 du code civil : " () l'acquisition de la nationalité française par décision de l'autorité publique résulte d'une naturalisation accordée par décret à la demande de l'étranger ". En vertu des dispositions de l'article 48 du décret du 30 décembre 1993 relatif aux déclarations de nationalité, aux décisions de naturalisation, de réintégration, de perte, de déchéance et de retrait de la nationalité française, si le ministre chargé des naturalisations estime qu'il n'y a pas lieu d'accorder la naturalisation sollicitée, il prononce le rejet de la demande. Il peut également en prononcer l'ajournement en imposant un délai ou des conditions. Une fois ce délai expiré ou ces conditions réalisées, il appartient au postulant, s'il le juge opportun, de formuler une nouvelle demande. Il appartient ainsi au ministre de porter une appréciation sur l'intérêt d'accorder la naturalisation au ressortissant étranger qui la sollicite. Dans le cadre de cet examen d'opportunité, il peut légalement se fonder sur la circonstance que le postulant a, au soutien de sa demande, présenté des documents d'état civil étrangers dépourvus de caractère probant, au sens de l'article 47 du code civil.

3. Aux termes de l'article 47 du code civil : " Tout acte de l'état civil () des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité ".

4. Il résulte de ces dispositions que la force probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger peut être combattue par tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. En cas de contestation par l'administration de la valeur probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger, il appartient au juge administratif de former sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties. Pour juger qu'un acte d'état civil produit devant lui est dépourvu de force probante, qu'il soit irrégulier, falsifié ou inexact, le juge doit en conséquence se fonder sur tous les éléments versés au dossier dans le cadre de l'instruction du litige qui lui est soumis.

5. Il ressort de la décision attaquée que pour rejeter la demande de naturalisation présentée par Mme A, le ministre de l'intérieur s'est fondé sur le motif tiré de ce l'acte de naissance la concernant présenté lors de la constitution de son dossier, s'est avéré être inauthentique.

6. A l'appui de sa demande de naturalisation, Mme A a produit un acte n° 62 dressé dans les registres de l'état civil de la commune de Zikisso le 12 juillet 2005 en retranscription d'un acte de naissance N° 332 du 19 septembre 1997 suivant jugement n° 858 du 11 juillet 2005, et dont il ressort que Zihonon Franceline est née le 17 juillet 1990 de A Degri Antonin et de Diagbre Alihon Véronique. Il ressort des pièces du dossier que le jugement du 11 juillet 2005 a été rendu par le tribunal de première instance de Gagnoa au motif que son acte de naissance ne figure plus dans les registres de l'état civil à la suite d'une détérioration, et ordonné sa transcription sur les registres de l'état civil de l'année en cours. Par suite, la circonstance que l'acte de naissance n° 332 du registre de l'état civil de la commune de Zikisso de 1997 ne corresponde pas à l'acte de naissance de la requérante, n'est pas de nature à remettre en cause le caractère authentique de l'acte n° 62 du 12 juillet 2005 établi précisément à raison de la détérioration de l'acte d'état civil n° 332 du 19 septembre 1997. En outre, la circonstance que la naissance de l'intéressée ait été déclarée plus de 15 jours après sa naissance est sans incidence sur le caractère probant de l'acte de naissance dont il ressort qu'il a été dressé suite à un jugement supplétif du 10 septembre 1997. Ainsi, les éléments invoqués par le ministre en défense ne suffisent pas à remettre en cause le caractère authentique des actes produits par Mme A. Dans ces conditions et alors que Mme A réside régulièrement en France depuis l'âge de 8 ans sans que le caractère inauthentique de ses documents d'état civil n'ait jamais été opposé par l'administration, elle est fondée à soutenir que la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

7. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, la décision du ministre de l'intérieur en date du 10 décembre 2020 doit être annulée.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

8. L'exécution du présent jugement implique nécessairement qu'il soit procédé au réexamen de la demande de naturalisation de Mme A. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer d'y procéder dans un délai de quatre mois suivant la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

9. Mme A ayant obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, son conseil peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Pronost, avocate de la requérante, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à lui verser au titre de ces dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 10 décembre 2020 par laquelle le ministre de l'intérieur a rejeté la demande de naturalisation présentée par Mme A est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur et des outre-mer de de statuer à nouveau sur la demande de naturalisation de Mme A dans un délai de quatre mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'État versera à Me Pronost une somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, Me Pronost et au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 25 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Martin, président,

Mme Martel, première conseillère,

Mme Kubota, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 octobre 2024.

La rapporteure,

C. MARTELLe président,

L. MARTIN

La greffière,

V. MALINGRE

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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