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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2112262

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2112262

mercredi 19 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2112262
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantRODRIGUES DEVESAS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 2 novembre 2021, M. E A, représenté par Me Rodrigues Devesas, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 8 mars 2021 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 75 euros par jours de retard, ou, subsidiairement, de réexaminer sa situation, dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'État le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

S'agissant du refus de titre de séjour :

- il a été pris par une autorité incompétente ;

- il est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 313-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il est entaché d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions de l'article

L. 313-11, 7° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

S'agissant de l'obligation de quitter le territoire :

- elle doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation du refus de séjour ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 511-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il suit un traitement médical en France, dont il ne pourra pas bénéficier en Guinée ;

S'agissant de l'interdiction de retour sur le territoire :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur de droit au regard des dispositions du II de l'article

L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 septembre 2022, le préfet de la

Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 27 septembre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de M. C a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant guinéen né le 20 août 1997, entré en France le 21 août 2013 selon ses déclarations, a été confié aux services de l'aide sociale à l'enfance du département la Loire-Atlantique par une ordonnance du tribunal de grande instance de Nantes du 30 août 2013. Il a fait l'objet d'un refus de titre de séjour assorti d'une obligation de quitter le territoire français édicté par le préfet de la Loire-Atlantique par un arrêté du 17 juin 2015. Cet arrêté étant devenu définitif à la suite du rejet des recours contentieux formés par l'intéressé devant le tribunal administratif de Nantes puis devant la cour administrative d'appel de Nantes, l'intéressé a alors sollicité, le 11 septembre 2017, la délivrance, à titre principal, d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou, à titre subsidiaire, d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 313-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou un titre de séjour portant la mention " étudiant ". Par nouvel arrêté du 26 juin 2018, le préfet de la Loire-Atlantique a rejeté sa demande et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours. A la suite du rejet des recours contentieux formés par l'intéressé, ce dernier a, à nouveau, sollicité son admission au séjour, sur le fondement des articles L. 313-7, L. 313-11 7° et L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 8 mars 2021, dont M. A demande l'annulation, le préfet de la Loire-Atlantique a rejeté cette demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an.

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, par un arrêté du 8 janvier 2021, régulièrement publié le même jour, le préfet de la Loire-Atlantique a accordé à Mme D B, directrice des migrations et de l'intégration, et signataire de l'arrêté en litige, une délégation à effet de signer les décisions relatives au séjour. Le moyen tiré de l'incompétence de l'auteure de la décision attaquée doit, dès lors, être écarté.

3. En deuxième lieu, la décision portant refus de titre de séjour énonce les considérations de droit et de fait qui la fondent. Elle est, dès lors, suffisamment motivée. Il ressort de cette motivation que le préfet a procédé à un examen particulier de la situation du requérant.

4. En troisième lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 313-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " I . - La carte de séjour temporaire accordée à l'étranger qui établit qu'il suit en France un enseignement ou qu'il y fait des études et qui justifie qu'il dispose de moyens d'existence suffisants porte la mention " étudiant ". En cas de nécessité liée au déroulement des études ou lorsque l'étranger a suivi sans interruption une scolarité en France depuis l'âge de seize ans et y poursuit des études supérieures, l'autorité administrative peut accorder cette carte de séjour sans que la condition prévue à l'article L. 313-2 soit exigée et sous réserve d'une entrée régulière en France. () ". Aux termes de l'article L. 313-2 du même code : " Sous réserve des engagements internationaux de la France et des exceptions prévues par les dispositions législatives du présent code, la première délivrance de la carte de séjour temporaire et celle de la carte de séjour pluriannuelle mentionnée aux articles L. 313-20, L. 313-21, L. 313-23 et L. 313-24 sont subordonnées à la production par l'étranger du visa de long séjour mentionné aux 1° ou 2° de l'article L. 311-1. ".

5. Pour rejeter la demande de titre de séjour en qualité d'étudiant de M. A, le préfet s'est fondé, en particulier, sur l'absence d'entrée régulière en France et de détention par l'intéresse d'un visa de long séjour. Le requérant ne conteste pas utilement le bienfondé de ce motif en se prévalant de son implication dans ses études et notamment de sa poursuite d'une formation de brevet de technicien supérieur (BTS). Il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision en se fondant sur ce seul motif. Par suite, le moyen tiré de l'inexacte appréciation des dispositions précitées de l'article L. 313-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peut qu'être écarté.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors applicable : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " est délivrée de plein droit : () 7° A l'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France, appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'intéressé, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec la famille restée dans le pays d'origine, sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, sans que la condition prévue à l'article L. 313-2 soit exigée. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République () ". Aux termes de l'article L. 313-14 alors applicable du même code : " La carte de séjour temporaire mentionnée à l'article L. 313-11 ou la carte de séjour temporaire mentionnée aux 1° et 2° de l'article L. 313-10 peut être délivrée, sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, à l'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 313-2 () ". Enfin aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".

7. Pour rejeter la demande de titre de séjour de M. A sur le fondement des dispositions citées au point précédent, le préfet s'est fondé sur les circonstances, qui ressortent des pièces du dossier, que ce dernier, célibataire et sans enfant, n'établissait pas détenir d'attaches familiales sur le territoire français et en être dépourvu dans son pays d'origine et qu'il ne pouvait se prévaloir d'aucune insertion professionnelle stable et pérenne depuis son entrée sur le territoire français. A cet égard, la durée du séjour du requérant en France, de huit années, les périodes de scolarisation du requérant, la réalisation de stages en entreprises et la poursuite d'une première année de BTS, si elles témoignent d'efforts d'intégration, notamment au plan éducatif et professionnel, ne sauraient caractériser à elles seules tant une erreur du préfet dans l'appréciation des conséquences de la décision contestée sur la vie personnelle de l'intéressé qu'une erreur manifeste dans l'appréciation des considérations humanitaires et motifs exceptionnels qu'il invoquait. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le refus de titre de séjour en litige méconnaît l'article L. 313-11, 7° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. De plus, en admettant même que les documents d'états civils par M. A soient authentiques, contrairement à ce qu'a relevé l'administration, celle-ci aurait pris la même décision en se fondant seulement sur les autres motifs de sa décision.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

8. En premier lieu, l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour n'étant pas établie eu égard à ce qui précède, M. A n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de cette décision à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

9. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 511-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors applicable : " Ne peuvent faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français : () 10° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ; () ".

10. Il n'est ni établi par les pièces versées au dossier, dont il ressort que M. A a été suivi médicalement pour un syndrome dépressif et des troubles post-traumatiques, et n'est, au demeurant, pas allégué que le défaut de prise en charge médicale de l'intéressé aurait des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Ainsi, et à supposer même que ce dernier ne pourrait pas bénéficier dans son pays d'un traitement approprié à son état de santé, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées ne peut qu'être écarté.

Sur l'interdiction de retour sur le territoire :

11. En vertu des dispositions du III de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur, la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français dont l'autorité administrative peut assortir l'obligation de quitter le territoire français dont fait l'objet un ressortissant étranger auquel un délai de départ volontaire a été accordé est décidée en tenant compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français.

12. La décision d'interdiction de retour doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaître les motifs. Si cette motivation doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi, aucune règle n'impose que le principe et la durée de l'interdiction de retour fassent l'objet de motivations distinctes, ni que soit indiquée l'importance accordée à chaque critère. Il incombe ainsi à l'autorité compétente qui prend une décision d'interdiction de retour d'indiquer dans quel cas susceptible de justifier une telle mesure se trouve l'étranger. Elle doit par ailleurs faire état des éléments de la situation de l'intéressé au vu desquels elle a arrêté, dans son principe et dans sa durée, sa décision, eu égard notamment à la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, à la nature et à l'ancienneté de ses liens avec la France et, le cas échéant, aux précédentes mesures d'éloignement dont il a fait l'objet. Elle doit aussi, si elle estime que figure au nombre des motifs qui justifie sa décision une menace pour l'ordre public, indiquer les raisons pour lesquelles la présence de l'intéressé sur le territoire français doit, selon elle, être regardée comme une telle menace. En revanche, si, après prise en compte de ce critère, elle ne retient pas cette circonstance au nombre des motifs de sa décision, elle n'est pas tenue, à peine d'irrégularité, de le préciser expressément.

13. Au cas présent, il ressort de la décision attaquée que l'administration a bien fait état de la durée de la présence de M. A sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France et des deux précédentes mesures d'éloignement dont il a fait l'objet. Il ressort, de plus, des pièces du dossier qu'elle a pris en compte l'ensemble des critères prévus par les dispositions du III de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Les moyens tirés du défaut de motivation et de l'erreur de droit au regard de ces dispositions doivent, dès lors, être écartés.

14. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E A, à Me Rodrigues Devesas et au préfet de la Loire-Atlantique.

Délibéré après l'audience du 5 octobre 2022 à laquelle siégeaient :

Mme Loirat, présidente,

M. Gauthier, premier conseiller,

M. Catroux, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 octobre 2022.

Le rapporteur,

X. C

La présidente,

C. LOIRAT La greffière,

S. LEGEAY

La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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