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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2112277

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2112277

jeudi 2 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2112277
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation12eme chambre
Avocat requérantJEANNOT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 29 octobre 2021, M. B A, représenté par

Me Jeannot, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 1er septembre 2021 par laquelle le ministre de l'intérieur a rejeté son recours hiérarchique formé contre la décision du 29 avril 2021 par laquelle le préfet de Meurthe-et-Moselle a rejeté sa demande de naturalisation ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de faire droit à sa demande de naturalisation ou de réexaminer sa situation, dans le délai de trente jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit, le ministre de l'intérieur s'étant borné à confirmer la décision préfectorale sans examiner son recours hiérarchique ;

- elle est entachée d'une erreur de fait et d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 mars 2023, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Milin a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant algérien né en 1980, demande au tribunal d'annuler la décision du 1er septembre 2021 par laquelle le ministre de l'intérieur a rejeté son recours hiérarchique formé contre la décision du 29 avril 2021 par laquelle le préfet de Meurthe-et-Moselle a rejeté sa demande de naturalisation.

2. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le ministre de l'intérieur n'aurait pas procédé à un examen sérieux du recours hiérarchique formé par M. A contre la décision préfectorale, le ministre n'étant pas tenu de faire état dans sa décision de l'ensemble des éléments du recours hiérarchique dont il est saisi.

3. D'une part, aux termes de l'article 21-15 du code civil : " () l'acquisition de la nationalité française par décision de l'autorité publique résulte d'une naturalisation accordée par décret à la demande de l'étranger ". D'autre part, aux termes de l'article 48 du décret du 30 décembre 1993 relatif aux déclarations de nationalité, aux décisions de naturalisation, de réintégration, de perte, de déchéance et de retrait de la nationalité française : " () Si le ministre chargé des naturalisations estime qu'il n'y a pas lieu d'accorder la naturalisation ou la réintégration sollicitée, il prononce le rejet de la demande. Il peut également en prononcer l'ajournement en imposant un délai ou des conditions. () ". L'autorité administrative dispose, en matière de naturalisation, ou de réintégration dans la nationalité française, d'un large pouvoir d'appréciation. Dans le cadre de cet examen d'opportunité, elle peut légalement prendre en compte les renseignements défavorables recueillis sur le comportement du postulant et tenir compte de toutes les circonstances de l'affaire, y compris de celles qui ont été examinées pour statuer sur la recevabilité de la demande, telles que les circonstances tenant à la situation familiale de l'intéressé.

4. Pour rejeter la demande de naturalisation de M. A, le ministre de l'intérieur s'est fondé sur la circonstance que le postulant a été l'auteur de violence ayant entraîné une incapacité temporaire de travail (ITT) n'excédant pas huit jours ainsi que de menaces de délit contre les personnes faites sous condition le 2 novembre 2013 et qu'il a fait l'objet de procédures pour violences volontaires sur personne dépositaire de l'autorité publique avec ITT de moins de huit jours le 10 juin 2012 à Nice, faits ayant donné lieu à un rappel à la loi, pour des faits de violence ayant entraîné une ITT n'excédant pas huit jours commis le 2 mai 2014 à Nice et enfin pour des faits d'abandon de famille, non-paiement d'une pension ou d'une prestation alimentaire du

5 février au 4 décembre 2019 à Nancy, ayant donné lieu à un rappel à la loi. Le ministre s'est également fondé sur un second motif tiré de ce que l'épouse de M. A réside en Algérie.

5. S'agissant du premier motif de la décision, il ressort d'un courrier du parquet du procureur de la République près le tribunal judiciaire de Nice, en date du 16 février 2021 et adressé au préfet de Meurthe-et-Moselle, que les premiers faits mentionnés dans la décision attaquée, de violence ayant entraîné une incapacité de travail n'excédant pas huit jours ainsi que de menaces de délit contre les personnes faites sous condition le 2 novembre 2013, ont été sanctionnés par un jugement du tribunal judiciaire de Nice du 9 mars 2015 condamnant M. A à un an d'emprisonnement avec sursis, ce courrier faisant également état de rappels à la loi pour les trois derniers faits mentionnés dans la décision, de violences volontaires sur personne dépositaire de l'autorité publique avec ITT de moins de huit jours le 10 juin 2012 à Nice, de violence ayant entraîné une ITT n'excédant pas huit jours commis le 2 mai 2014 à Nice et enfin d'abandon de famille, non-paiement d'une pension ou d'une prestation alimentaire du 5 février au 4 décembre 2019 à Nancy. Il ressort en outre des pièces du dossier que M. A, interrogé par les services de police dans le cadre de sa demande de naturalisation, a confirmé avoir commis ces derniers faits ayant donné lieu à rappel à la loi. Il suit de là que la matérialité du comportement défavorable attribué à M. A est suffisamment établie par les pièces du dossier. En outre, la circonstance qu'une partie de ces faits n'a pas donné lieu à condamnation ne faisait pas obstacle à ce que le ministre de l'intérieur les prenne en compte pour apprécier le comportement du requérant. Dans ces conditions, le ministre, a pu, sans commettre d'erreur de fait ni d'erreur manifeste d'appréciation, se fonder sur ces faits graves, réitérés et non anciens à la date à laquelle la décision attaquée a été prise, pour rejeter la demande de naturalisation présentée par M. A.

6. Si M. A conteste le bien-fondé du second motif de la décision, en indiquant qu'il a sollicité le bénéfice du regroupement familial au profit de son épouse, il résulte de l'instruction que le ministre de l'intérieur aurait pris la même décision s'il s'était fondé sur le seul motif tiré du caractère sujet à critique du comportement de M. A.

7. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée, en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 11 avril 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Gourmelon, présidente,

Mme Milin, première conseillère,

M. Cordrie, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 mai 2024.

La rapporteure,

C. MILIN

La présidente,

V. GOURMELONLa greffière,

S. LEGEAY

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer

en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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