Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2112575

mercredi 19 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2112575
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantRODRIGUES DEVESAS

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Nantes a annulé la décision du 18 janvier 2021 par laquelle le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de délivrer une carte de résidente à Mme A, ressortissante gabonaise, parent d’un enfant français. La décision attaquée a été jugée insuffisamment motivée, en méconnaissance de l’article L. 211-5 du code des relations entre le public et l’administration, faute d’énoncé des considérations de droit. Le tribunal a enjoint au préfet de réexaminer la situation de Mme A dans un délai de deux mois et a condamné l’État à verser 1 000 euros à son avocate au titre des frais de justice.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 8 novembre 2021, Mme B A, représentée par Me Rodrigues Devesas, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 18 janvier 2021 par laquelle le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de lui délivrer une carte de résidente ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique, à titre principal, de lui délivrer la carte de résidente sollicitée, à titre subsidiaire, de réexaminer sa demande, dans le délai de quinze jours à compter de la date de notification du présent jugement, sous astreinte de soixante-quinze euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros qui devra être versée à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Mme A soutient que la décision attaquée :

- lui fait grief ;

- est entachée d'un vice d'incompétence ;

- n'est pas suffisamment motivée ;

- méconnait les dispositions de l'article L. 314-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 novembre 2023, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par Mme A n'est fondé.

Par décision du 7 septembre 2021, la section administrative du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Nantes a admis Mme A au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Jégard a été entendu au cours de l'audience publique du 29 janvier 2025.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A, ressortissante gabonaise née en 1989, est entrée en France le 22 juin 2016 sous couvert d'un visa de court séjour. Elle a sollicité une carte de résidente en sa qualité de parent d'un enfant français. Par une décision du 18 janvier 2021 le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de faire droit à sa demande. Par sa requête, Mme A sollicite l'annulation de cette décision.

2. Aux termes de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

3. En l'absence d'énoncé des considérations de droit ou même d'un simple visa des textes appliqués, la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation.

4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que Mme A est fondée à demander l'annulation de la décision du préfet de la Loire-Atlantique du 18 janvier 2021.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

5. Eu égard à ces motifs, le présent jugement implique seulement qu'il soit enjoint au préfet de la Loire-Atlantique de réexaminer la situation de Mme A dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

6. Mme A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État, qui est la partie perdante dans cette instance, la somme de 1 000 euros à verser à Me Rodrigues Devesas sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique. Conformément aux dispositions de ce dernier article, la perception de cette somme vaudra renonciation de cette avocate au versement de la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle qui a été accordée à la requérante.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 18 janvier 2021 du préfet de la Loire-Atlantique prise à l'égard de Mme A est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Loire-Atlantique de procéder au réexamen de la situation de Mme A dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'État versera à Me Rodrigues Devesas une somme de 1 000 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme A est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, à Me Rodrigues Devesas et au préfet de la Loire-Atlantique.

Délibéré après l'audience du 29 janvier 2025, à laquelle siégeaient :

Mme Rimeu, présidente,

M. Jégard, premier conseiller,

Mme El Mouats-Saint-Dizier, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 février 2025.

Le rapporteur,

X. JÉGARDLa présidente,

S. RIMEU

La greffière,

P. LABOUREL

La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,