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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2112705

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2112705

lundi 11 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2112705
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation9ème Chambre
Avocat requérantANDUJAR

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 11 novembre 2021, Mme D B épouse A, représentée par Me Andujar, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 30 septembre 2021 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé contre la décision du 19 juillet 2021 des autorités consulaires françaises à Dakar refusant de délivrer à Fatimata Seydi Dia un visa de long séjour, ainsi que cette décision de refus consulaire ;

2°) d'enjoindre au consul général de France à Dakar de lui délivrer le visa de long séjour sollicité dans un délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 30 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros sur le fondement l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les décisions consulaire et de la commission de recours sont entachées d'un défaut de motivation et d'un défaut d'examen ;

- ces décisions sont entachées d'une erreur d'appréciation au regard de la délégation de l'autorité parentale dont elle dispose à l'égard de la jeune demanderesse de visa et des ressources dont elle dispose pour le financement de son séjour en France, pour laquelle une assurance médicale a été souscrite ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention internationale des droits de l'homme et des libertés fondamentales et celles du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 avril 2021, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés ;

- la décision attaquée peut être également fondée sur un autre motif tiré de l'absence d'assurance maladie couvrant la durée du séjour envisagé en France.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer ses conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme C a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Par une décision du 19 juillet 2021, les autorités consulaires françaises à Dakar ont refusé de délivrer à Fatimata Seydi Dia, née le 10 août 2006, un visa de long séjour " visiteur ", afin qu'elle rejoigne sur le territoire français sa tante de nationalité française, Mme D B épouse A. Par une décision du 30 septembre 2021, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé contre cette décision consulaire. Mme B épouse A demande au tribunal l'annulation de ces décisions.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision des autorités consulaires à Dakar :

2. Il résulte des dispositions de l'article D. 312-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que la décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France se substitue à celle qui a été prise par les autorités diplomatiques ou consulaires. Par suite, la décision du 30 septembre 2021 de cette commission s'est substituée à la décision des autorités consulaires à Dakar. Il en résulte que les conclusions de la requête doivent être regardées comme dirigées contre la seule décision de la commission de recours et les conclusions à fin d'annulation de la décision consulaire rejetées comme irrecevables. Par voie de conséquence, les moyens dirigés contre la décision consulaire et qui tendent à mettre en cause l'existence d'un vice propre à cette décision doivent être écartés comme inopérants.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France :

Sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête ;

3. Aux termes des stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

4. L'intérêt d'un enfant est en principe de vivre auprès de la personne qui, en vertu d'une décision de justice qui produit des effets juridiques en France, est titulaire à son égard de l'autorité parentale. Ainsi, dans le cas où un visa d'entrée et de long séjour en France est sollicité en vue de permettre à un enfant de rejoindre un ressortissant français ou étranger qui a reçu délégation de l'autorité parentale dans les conditions qui viennent d'être indiquées, ce visa ne peut en règle générale, être refusé pour un motif tiré de ce que l'intérêt de l'enfant serait au contraire de demeurer dans son pays de résidence. En revanche, et sous réserve de ne pas porter une atteinte disproportionnée au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale, l'autorité chargée de la délivrance des visas peut se fonder, pour rejeter la demande dont elle est saisie, non seulement sur l'atteinte à l'ordre public qui pourrait résulter de l'accès de l'enfant au territoire national, mais aussi sur le motif tiré de ce que les conditions d'accueil de celui-ci en France seraient, compte tenu notamment des ressources et des conditions de logement du titulaire de l'autorité parentale, contraires à son intérêt.

5. Aux termes de la décision attaquée, pour rejeter la demande de visa de long séjour présentée pour Fatimata Seydi Dia, la commission de recours s'est fondée sur le motif tiré de ce que les conditions de ressources régulières et de logement de Mme B épouse A, dont le foyer de cinq personnes est non imposable, ne permettent pas d'accueillir un enfant supplémentaire dans des conditions appropriées. La commission de recours en a déduit que l'intérêt de cette enfant, âgée de 15 ans à la date de la demande de visa, est de demeurer au Sénégal où elle a toujours vécu.

6. Il ressort des pièces du dossier que, par un jugement du tribunal d'instance hors classe de Dakar en date du 26 janvier 2021, Fatimata Seydi Dia, dont la mère est décédée le 14 août 2020, a été confiée par son père à sa tante maternelle, Mme D B A, de nationalité française. Ce jugement dispose que le père de l'enfant a délégué l'exercice de la puissance paternelle sur sa fille mineure, équivalente à l'autorité parentale, à la requérante. Si le ministre de l'intérieur fait valoir que les ressources de Mme A sont insuffisantes pour l'accueil de cette enfant, il ressort des pièces du dossier, notamment de l'avis d'imposition sur le revenu pour l'année 2020, que le revenu imposable du foyer de Mme A, composé alors de deux adultes et de trois enfants, est de 25 348 euros. Il ressort également des pièces du dossier, notamment des bulletins de salaire de Mme A relatif au premier trimestre de l'année 2021, que celle-ci occupe des emplois d'assistante maternelle agréée pour trois enfants et d'aide à domicile, pour un montant de salaire mensuel moyen d'environ 2 500 euros, supérieur à celui qu'elle percevait au cours de l'année 2020. Si le ministre de l'intérieur fait valoir que le couple doit faire face à des charges fixes mensuelles, il ressort des relevés bancaires produits que le foyer est financièrement en mesure de les assumer. Ainsi, les conditions d'accueil en France de Fatimata Seydi Dia apparaissent, eu égard à ces ressources, conformes à son intérêt. Par suite, la commission de recours a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation en fondant sa décision sur le motif précédemment exposé.

7. Toutefois, l'administration peut, en première instance, faire valoir devant le juge de l'excès de pouvoir que la décision dont l'annulation est demandée est légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondé sur la situation existant à la date de cette décision. Il appartient alors au juge, après avoir mis à même l'auteur du recours de présenter ses observations sur la substitution ainsi sollicitée, de rechercher si un tel motif est de nature à fonder légalement la décision, puis d'apprécier s'il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Dans l'affirmative il peut procéder à la substitution demandée, sous réserve toutefois qu'elle ne prive pas le requérant d'une garantie procédurale liée au motif substitué.

8. Pour établir que la décision attaquée est légale, le ministre fait valoir dans son mémoire en défense, communiqué à la requérante, que la demanderesse de visa ne dispose pas d'une assurance maladie couvrant les frais médicaux et hospitaliers pendant son séjour en France. Toutefois, compte tenu de ce qui précède, au regard de l'intérêt de l'enfant à rejoindre Mme A, qui dispose de l'autorité parentale exclusive à son égard, et alors qu'il ressort des pièces du dossier qu'une attestation d'assurance médicale a été produite au soutien de sa demande de visa, il n'y a pas lieu de faire droit à la demande de substitution de motifs sollicitée par le ministre de l'intérieur en défense.

9. Il résulte de tout ce qui précède que la requérante est fondée à demander l'annulation de la décision attaquée.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

10. Le présent jugement implique nécessairement eu égard à ses motifs qu'il soit procédé à la délivrance à Fatimata Seydi Dia un visa de long séjour dans un délai d'un mois suivant la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu dans les circonstances de l'espèce d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

11. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 euros à verser à la requérante en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La décision en date du 30 septembre 2021 de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur de délivrer à Fatimata Seydi Dia un visa de long séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à Mme B épouse A la somme de 1 200 (mille deux cents) euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme D B épouse A et au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 20 juin 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Allio-Rousseau, présidente,

Mme Thomas, première conseillère,

Mme Beyls, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 juillet 2022.

La rapporteure,

S. C

La présidente,

M.-P. ALLIO-ROUSSEAU

La greffière,

S. LE DUFF

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°2112705

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