dimanche 30 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2112744 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | PHILIPPON |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 14 novembre 2021, M. A D, représenté par Me Philippon, demande au tribunal :
1°) à titre principal, d'annuler la décision du 10 août 2021 par laquelle le directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) a refusé de faire droit à sa demande tendant au réexamen de la décision de ce même directeur du 29 septembre 2020 refusant de lui accorder le statut d'apatride, à titre subsidiaire, de surseoir à statuer pour permettre à la formation de jugement de mettre en œuvre ses pouvoirs généraux d'instruction et prendre toute mesure de nature à lui permettre de former sa conviction ;
2°) d'enjoindre à l'OFPRA, à titre principal, de lui accorder le statut d'apatride, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa demande ;
3°) en tout état de cause, de mettre à la charge de l'OFPRA le versement à son conseil d'une somme de 1 400 euros en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la compétence du signataire de la décision attaquée n'est pas établie ;
- la décision attaquée n'est pas suffisamment motivée tant en droit qu'en fait ;
- le directeur général de l'OFPRA a méconnu l'article 1 de la convention de New-York du 28 septembre 1954 ainsi que les articles L. 582-1 et L. 582-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il rapporte la preuve de ce que la Serbie et la Macédoine refusent de le considérer comme l'un de leurs nationaux ; dès lors, en exigeant de lui qu'il apporte la preuve de démarches répétées et adéquates afin de se voir reconnaître la nationalité d'un autre pays, le directeur général de l'OFPRA a commis une erreur de droit ; en tout état de cause, il démontre avoir multiplié les efforts pour obtenir le bénéfice d'une nationalité.
Une mise en demeure de présenter des observations en défense a été adressée le 17 octobre 2022 à l'OFPRA.
M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 13 décembre 2021.
Vu :
- la convention de New-York du 28 septembre 1954 ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 22 mai 2024 :
- le rapport de M. Martin, président-rapporteur,
- les conclusions de M. Labouysse, rapporteur public,
- et les observations de Me Philippon, représentant M. D.
Considérant ce qui suit :
1. M. D, qui déclare être né le 16 juin 1979 à Skopje, en ex-Yougoslavie, d'une mère serbe et d'un père inconnu de nationalité bosniaque, a demandé, le 3 décembre 2018, à l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) de l'admettre au statut d'apatride. Par une décision du 29 juillet 2020, le directeur général de l'OFPRA a rejeté sa demande. M. D a saisi le tribunal d'une demande d'annulation de cette décision. Toutefois, sans attendre la décision du tribunal, il a, par l'intermédiaire de son avocat, adressé à l'OFPRA, le 8 juillet 2021, une demande de réexamen de la décision du 29 juillet 2020. Par une décision du 10 août 2021, le directeur général de l'OFPRA a confirmé son refus d'admettre M. D au statut d'apatride. Par la présente requête, ce dernier demande au tribunal d'annuler cette décision du 10 août 2021.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, par une décision du 15 février 2021, régulièrement publiée sur le site internet de l'OFPRA et aisément consultable sur ce site, le directeur général de l'Office a donné délégation à M. C B, attaché d'administration de l'Etat hors classe, chef de division, à l'effet de signer notamment tous actes individuels pris en application de l'article L. 812-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Cet article, dont les dispositions ont été reprises, à compter du 1er mai 2021, à l'article L. 582-1 du même code, est relatif à la reconnaissance de la qualité d'apatride. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée doit être écarté comme manquant en fait.
3. En deuxième lieu, comme il a été dit au point 1, après que l'OFPRA a eu rejeté, par une décision du 29 juillet 2020, la demande de M. D d'admission au statut d'apatride, l'intéressé a sollicité de l'Office le réexamen de sa demande. Par la décision attaquée, le directeur général de l'OFPRA a rejeté cette demande de réexamen au motif qu'aucun des éléments produits, postérieurs à la décision du 29 juillet 2020, n'était susceptible de remettre en cause la légalité de cette dernière décision. Ainsi que l'a considéré le tribunal dans un jugement du 19 juillet 2023 devenu définitif, la décision du 29 juillet 2020 comportait l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituaient le fondement et était ainsi suffisamment motivée. La décision attaquée, si elle ne précise pas son fondement légal, fait référence à cette décision du 29 juillet 2020 dont le requérant a eu connaissance, mentionne que les deux requêtes de référé-suspension par lesquelles M. D a demandé au juge des référés du tribunal de suspendre l'exécution de la décision du 29 juillet 2020 ont été rejetées par deux ordonnances des 10 février et 3 mai 2021, précise la nature des nouveaux éléments produits par le requérant et indique que ceux-ci ne sont pas de nature à remettre en cause la légalité de la décision du 29 juillet 2020. Dans ces conditions, la décision attaquée, à supposer qu'elle soit soumise à une obligation de motivation, doit, en tout état de cause, être regardée comme suffisamment motivée.
4. En troisième lieu, d'une part, aux termes de l'article 1er de la convention de New-York du 28 septembre 1954 relative au statut des apatrides : " () Le terme "apatride" désigne une personne qu'aucun Etat ne considère comme son ressortissant par application de sa législation. ()." Aux termes de l'article L. 582-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La qualité d'apatride est reconnue à toute personne qui répond à la définition de l'article 1er de la convention de New-York, du 28 septembre 1954, relative au statut des apatrides. Ces personnes sont régies par les dispositions applicables aux apatrides en vertu de cette convention. ".
5. D'autre part, l'article L. 582-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " L'Office français de protection des réfugiés et apatrides reconnaît la qualité d'apatride aux personnes remplissant les conditions mentionnées à l'article L. 582-1, au terme d'une procédure définie par décret en Conseil d'Etat ". Il incombe à toute personne se prévalant de la qualité d'apatride d'apporter la preuve qu'en dépit de démarches répétées et assidues, l'Etat de la nationalité duquel elle se prévaut a refusé de donner suite à ses démarches.
6. Il ressort des pièces du dossier que M. D, né à Skopje en 1979, affirme avoir quitté la Macédoine en 1992 pour s'établir avec ses parents en Italie où il serait demeuré jusqu'en 2003. Il indique avoir regagné la Macédoine en 2003 où il lui aurait été indiqué qu'il ne pourrait pas acquérir la nationalité macédonienne. Un laissez-passer pour étranger lui aurait alors été délivré et c'est ainsi qu'il serait arrivé en France le 1er juillet 2003 avec sa compagne et leur enfant. Dans sa décision du 29 juillet 2020, le directeur général de l'OFPRA a considéré que l'intéressé, qui possédait autrefois, en tant que citoyen yougoslave, la nationalité de la République socialiste de Macédoine et qui, par la suite, a quitté ce territoire répond à la définition de " l'émigrant " fixée par les articles 7 et 10 de la loi sur la citoyenneté de la République de Macédoine du 3 novembre 1992 telle que modifiée par la loi du 22 janvier 2004. Ce même directeur en a déduit que le requérant remplissait les conditions prévues par la loi macédonienne pour prétendre à la nationalité nord-macédonienne mais qu'il ne rapportait pas la preuve de ce qu'il aurait effectué des démarches répétées et adéquates afin de se voir reconnaître cette dernière.
7. Prenant acte de la réponse de l'OFPRA, M. D a demandé à l'ambassade de la République de Macédoine du Nord en France, par un courriel du 2 décembre 2020, de bien vouloir lui confirmer qu'il remplissait toutes les conditions pour se voir délivrer de plein droit la nationalité macédonienne sur le fondement des articles 7 et 10 de la loi sur la citoyenneté du 3 novembre 1992 modifiée. Par courriel du 16 décembre 2020, les autorités consulaires macédoniennes ont répondu au requérant qu'afin de gagner du temps et d'éviter le dépôt d'un dossier de demande de nationalité, la meilleure solution à ce stade était de faire une vérification concernant la nationalité de sa mère et que, s'il s'avérait qu'elle n'était pas citoyenne de Macédoine du Nord, une attestation selon laquelle il ne pouvait obtenir la nationalité macédonienne pourrait être directement établie. Sachant que sa mère est de nationalité serbe, M. D, anticipant la réponse négative de l'ambassade de Macédoine du Nord, a sollicité, le 18 décembre 2020, de cette ambassade l'envoi d'un dossier de demande de naturalisation. Cette demande est restée sans réponse. Si l'intéressé produit une attestation du 30 septembre 2022 de ladite ambassade selon laquelle il n'a pas la nationalité nord-macédonienne et ne remplit pas les conditions pour déposer une demande de citoyenneté de cet Etat, une telle pièce est toutefois postérieure à la décision en litige et ne peut ainsi être de nature à entacher d'illégalité la décision attaquée du directeur général de l'OFPRA. Au demeurant, ce document n'établit pas un rejet définitif de sa demande, en l'absence d'éléments sur le recours que le requérant pouvait introduire devant les juridictions de la République de Macédoine du Nord. Il en va de même s'agissant du refus opposé par le ministre de l'intérieur serbe, le 1er décembre 2020, à la demande de l'intéressé de se voir reconnaitre la citoyenneté serbe, qui renvoie à l'article 23, paragraphe 1 de la loi sur la citoyenneté de la République de Serbie et mentionne une voie de recours devant le tribunal administratif de Belgrade que M. D n'allègue pas avoir utilisée.
8. Il résulte de ce qui précède que M. D ne démontre ni entrer dans le champ d'application des stipulations précitées de l'article 1er de la convention de New-York du 28 septembre 1954, ni que la décision attaquée serait entachée d'une erreur de droit ou d'une erreur d'appréciation du directeur général de l'OFPRA au regard de ces stipulations et des dispositions précitées des articles L. 582-1 et L. 582-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
9. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il y ait lieu de surseoir à statuer pour permettre au tribunal de poursuivre l'instruction de l'affaire, que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision attaquée du 10 août 2021.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
10. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par M. D, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction présentées par le requérant doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, combinées avec celles de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'OFPRA, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, le versement d'une somme au conseil de M. D au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D É C I D E:
Article 1er : La requête de M. D est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A D, à l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et à Me Thibaut Philippon.
Délibéré après l'audience du 22 mai 2024, à laquelle siégeaient :
M. Luc Martin, président,
M. Xavier Catroux, premier conseiller,
Mme Justine-Kozue Kubota, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 juillet 2024.
Le président-rapporteur,
L. MARTINL'assesseur le plus ancien
dans l'ordre du tableau,
X. CATROUXLa greffière,
V. MALINGRE
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
V. MALINGRE
em
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026