jeudi 2 février 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2112768 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 6ème Chambre |
| Avocat requérant | RODRIGUES DEVESAS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des pièces enregistrés le 9 novembre 2021 et le 4 janvier 2023, M. D A, représenté par Me Rodrigues Devesas, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 8 mars 2021 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé son pays d'origine comme pays de destination vers lequel il pourra être reconduit d'office lorsque le délai sera expiré ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 75 euros par jour de retard, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation, dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au profit de son conseil qui renoncera, dans cette hypothèse, à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :
- il n'est pas établi qu'elle a été signée par une autorité compétente ;
- elle n'est pas suffisamment motivée et est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;
- la commission du titre de séjour n'a pas été saisie ;
- elle est entachée d'erreur de fait et d'un défaut d'examen sérieux de sa demande de titre de séjour ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît l'article 3 paragraphe 1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
S'agissant des décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination :
- l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour les prive de base légale ;
- les moyens développés au soutien de la demande d'annulation de la décision portant refus de délivrance du titre de séjour sont repris avec la même motivation et les mêmes conséquences contre l'obligation de quitter le territoire français ;
Par un mémoire en défense, enregistré le 29 décembre 2022, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.
M. A a été admis à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 7 octobre 2021.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et son décret d'application n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Giraud président-rapporteur a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant turc né le 22 novembre 1986, est entré en France en 2002. Il a bénéficié d'un premier titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " valable du 22 novembre 2004 au 21 novembre 2005, puis d'un second titre de séjour portant cette même mention, valable du 16 avril 2010 au 15 avril 2011. Il a sollicité du préfet de la Loire-Atlantique la délivrance d'un titre de séjour le 1er juillet 2020. Sa demande a été rejetée par un arrêté du 8 mars 2021 portant en outre obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office lorsque le délai sera expiré. M. A demande au tribunal d'annuler cet arrêté.
Sur la légalité de la décision portant refus de titre de séjour :
2. En premier lieu, l'arrêté litigieux a été signé, au nom du préfet de la Loire-Atlantique et par délégation, par Mme C B, directrice des migrations et de l'intégration. Par un arrêté du 8 janvier 2021, publié au recueil des actes administratifs du même jour, le préfet de la Loire-Atlantique a donné à Mme B une délégation à l'effet de signer, dans le cadre des attributions relevant de sa direction, " tous arrêtés et décisions individuelles relevant des attributions de la direction des migrations et de l'intégration, à l'exception des arrêtés réglementaires et des circulaires aux maires ", et plus spécifiquement au titre du bureau du contentieux et de l'éloignement " les décisions portant obligation de quitter le territoire assorties ou non d'une décision portant sur le délai de retour volontaire avec ou sans mesure de surveillance " et " les décisions fixant le pays de renvoi ". Il suit de là que le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté du 8 mars 2021 n'est pas fondé et doit être écarté.
3. En deuxième lieu, la décision portant refus de délivrer un titre de séjour vise les articles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont elle fait application et fait en outre état d'éléments concernant la biographie et la situation personnelle de M. A. Par suite, cette décision est suffisamment motivée tant en droit qu'en fait. Contrairement à ce que soutient M. A, il ressort des termes de cette décision que le préfet a procédé à un examen particulier de la situation personnelle et familiale de l'intéressé avant son édiction.
4. En troisième lieu, le requérant soutient que la décision attaquée est entachée d'une erreur de fait dès lors que le préfet s'est fondé, pour lui refuser la délivrance d'un titre de séjour, sur la menace à l'ordre public que représente M. A, alors que certains faits qui lui seraient reprochés seraient imputables à ses frères. Cependant, le préfet produit le bulletin numéro 2 du casier judiciaire de M. A selon lequel il ressort que, pour les dix-huit condamnations pénales de M. A, celui-ci est connu sous différents alias.
5. Si le requérant soutient que le préfet a commis une erreur de fait en estimant qu'il était entré irrégulièrement sur le territoire national en 2002 et qu'il n'aurait bénéficié que d'un seul titre de séjour, il ressort des pièces du dossier que le préfet a seulement relevé, sans en faire un motif de sa décision, que le requérant n'établissait pas être entré régulièrement sur le territoire français en 2002 et que le requérant n'avait pas demandé le renouvellement de son titre de séjour après 2011. Dès lors le moyen tiré de ce que le préfet aurait commis des erreurs de fait doit être écarté.
6. En quatrième lieu, il ressort des motifs exposés aux points 3, 4 et 5 de ce même jugement, que le requérant n'est pas non plus fondé à soutenir que le préfet n'aurait pas sérieusement examiné la demande de titre de séjour de M. A.
7. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors applicable, dont les dispositions sont reprises, depuis le 1er mai 2021, à l'article L. 435-1 du même code: " La carte de séjour temporaire mentionnée à l'article L. 313-11 ou la carte de séjour temporaire mentionnée aux 1° et 2° de l'article L. 313-10 peut être délivrée, sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, à l'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 313-2. () / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. / () ".
8. Il ressort des pièces du dossier que si M. A est entré en France, régulièrement, en 2002, qu'il a ensuite bénéficié d'un titre de séjour vie privée et familiale en 2004 et un autre en 2010, il n'a pas, entre ces deux titres et postérieurement à celui obtenu en 2010 sollicité de nouveaux titres de séjour et a, ainsi, pour les périodes où il était en France, séjourné irrégulièrement sur le territoire français. De plus, M. A a fait, comme cela ressort des pièces du dossier et en particulier du bulletin n°2 de son casier judiciaire, l'objet de dix-huit condamnations pénales, lesquelles, contrairement à ce qu'il soutient et comme il a été dit au point 4, ne concernent pas ses frères mais lui-même. Ainsi, M. A ne démontre pas que son séjour en France répondrait à des considérations humanitaires ou se justifierait au regard de motifs exceptionnels.
9. En sixième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance / Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
10. Il ressort des pièces du dossier que M. A est entré en France à l'âge de 16 ans, où vivent régulièrement ses parents, trois de ses frères et deux de ses sœurs. Il n'est pas contesté qu'il aurait séjourné de manière habituelle et continue en France de 2010 à 2015. Il se prévaut également de la présence en France, certes de manière irrégulière, d'une compatriote qui serait la mère de son enfant né le 4 mai 2021, postérieurement à la décision attaquée. Cependant, les différents éléments qu'il produit pour les années qui précèdent la décision attaquée, et en particulier pour les années 2016 et 2018, la seule production d'un avis d'imposition et d'une promesse d'embauche, ne permettent pas d'établir son séjour habituel sur le territoire français. Egalement, comme il a été dit précédemment, le requérant a fait l'objet de nombreuses condamnations pour vols, détentions de stupéfiant, recels de produit provenant d'un vol, multiples conduites sans permis de conduire, violences commises en réunion, extorsions par violence, menace de mort. Ainsi, en refusant de délivrer un titre de séjour à M. A au motif que son comportement constitue une menace pour l'ordre public, le préfet, se fondant sur un motif d'ingérence légitime, n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie familiale du requérant tel que garantie par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
11. En septième lieu, il ressort de ce qui a été énoncé au point précédent, que M. A ne justifiant pas résider habituellement en France depuis plus de dix ans, notamment pour les années 2016, 2017 et 2018, il n'est pas fondé à soutenir que les dispositions alors applicables de l'article L. 313-14 du code précité faisaient obligation au préfet de la Loire-Atlantique de saisir la commission du titre de séjour et que, faute qu'il en ait été ainsi, l'arrêté attaqué serait intervenu à l'issue d'une procédure irrégulière.
12. En huitième lieu, aux termes du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait () des tribunaux, des autorités administratives (), l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".
13. La décision attaquée n'ayant ni pour objet ni pour effet de séparer l'enfant de son père, il n'est pas justifié d'une méconnaissance de l'intérêt supérieur de l'enfant de M. A, au surplus né postérieurement à la date de l'arrêté attaqué. De plus, la mère de l'enfant, ressortissante turque, réside irrégulièrement sur le territoire français. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations du 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant doit être également écarté.
Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
14. M. A n'ayant pas démontré l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour, il n'est pas fondé à s'en prévaloir, par la voie de l'exception, à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision l'obligeant à quitter le territoire français.
15. En se bornant à se référer à l'ensemble " moyens développés au soutien de la demande d'annulation de la décision portant refus de délivrance du titre de séjour avec la même motivation et les mêmes conséquences ", M. A n'assortit pas sa critique de la légalité externe et interne de l'obligation de quitter le territoire français, qui constitue une décision distincte, des précisions suffisantes pour permettre d'en apprécier le bien-fondé. En tout état de cause, tous les moyens de légalité externe et interne dirigés contre la décision de refus de titre de séjour ont été écartés.
Sur la légalité de la décision fixant le pays de destination :
16. M. A n'ayant pas démontré l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français il n'est pas fondé à s'en prévaloir, par la voie de l'exception, à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de destination.
17. En se bornant à se référer à l'ensemble " moyens développés au soutien de la demande d'annulation de la décision portant refus de délivrance du titre de séjour avec la même motivation et les mêmes conséquences ", M. A n'assortit pas sa critique de la légalité externe et interne de la décision fixant le pays de destination qui constitue une décision distincte, des précisions suffisantes pour permettre d'en apprécier le bien-fondé. En tout état de cause, tous les moyens de légalité externe et interne dirigés contre la décision de refus de titre de séjour ont été écartés.
18. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée, en toutes ses conclusions.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D A, au préfet de la Loire-Atlantique et à Me Rodrigues Devesas.
Délibéré après l'audience du 19 janvier 2023, à laquelle siégeaient :
M. Giraud, président,
Mme Le Lay, première conseillère,
Mme Sainquain-Rigollé, première conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 février 2023.
Le président-rapporteur,
T. GIRAUD
L'assesseure le plus ancien
dans l'ordre du tableau,
Y. LE LAY
La greffière,
C. GENTILS
La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique ce qui le concerne ou à tous commissaires à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026