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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2112807

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2112807

mercredi 11 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2112807
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantGUILBAUD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 15 novembre 2021, Mme B D, représentée par Me Guilbaud, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 27 octobre 2021 par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration a mis fin à ses conditions matérielles d'accueil ;

2°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de lui rétablir les conditions matérielles d'accueil, dans un délai de sept jours à compter de la notification de la décision, sous astreinte de cent euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée a été signée par une autorité dont la compétence n'est pas établie ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'elle n'a pas été informée des conséquences du refus de la proposition d'hébergement ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur de fait dès lors qu'il n'est pas démontré qu'elle a refusé une proposition d'hébergement ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 avril 2024, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme D ne sont pas fondés.

Mme D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 22 novembre 2021.

Vu :

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme El Mouats-Saint-Dizier a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B D, ressortissante sierra-léonaise née le 5 février 1994, est entrée en France en 2019 et y a sollicité l'asile. Sa demande d'asile a été enregistrée le 3 mai 2019 et elle a accepté à cette date les conditions matérielles d'accueil. L'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) lui a proposé un hébergement le 5 octobre 2021 mais, en raison de son état de grossesse avancée, a refusé la proposition. Par une décision du 27 octobre 2021, dont Mme D demande l'annulation, l'OFII a mis fin à ses conditions matérielles d'accueil.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, par une décision du 3 juin 2021, le directeur général de l'OFII a donné à Mme A C, directrice territoriale de l'OFII à Nantes, délégation à l'effet de signer toutes les décisions se rapportant aux missions de l'OFII dans la région Pays de la Loire. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision contestée doit être écarté.

3. En deuxième lieu, la décision attaquée vise les dispositions de l'article L. 551-16, anciennement L. 744-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et indique à l'intéressée qu'elle a refusé une proposition d'hébergement le 5 octobre 2021. La décision attaquée comporte ainsi l'énoncé des considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde et est, par suite, suffisamment motivée.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 551-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le demandeur est informé, dans une langue qu'il comprend ou dont il est raisonnable de penser qu'il la comprend, que le bénéfice des conditions matérielles d'accueil peut lui être refusé ou qu'il peut y être mis fin dans les conditions et selon les modalités prévues aux articles L. 551-15 et L. 551-16. ".

5. Il ressort des pièces du dossier que Mme D a attesté, par sa signature de l'offre de prise en charge du 3 mai 2019, avoir été informée dans une langue qu'elle comprend des modalités de suspension, de retrait et de refus des conditions matérielles d'accueil. Par suite, le moyen tiré du défaut d'information n'est pas fondé et doit être écarté.

6. Aux termes de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les conditions matérielles d'accueil sont refusées, totalement ou partiellement, au demandeur, dans le respect de l'article 20 de la directive 2013/33/ UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, dans les cas suivants : / () / 2° Il refuse la proposition d'hébergement qui lui est faite en application de l'article L. 552-8 () ". Aux termes de l'article L. 551-16 de ce code : " Il est mis fin, partiellement ou totalement, aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficie le demandeur, dans le respect de l'article 20 de la directive 2013/33/ UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, dans les cas suivants : / () / 2° Il quitte le lieu d'hébergement dans lequel il a été admis en application de l'article L. 552-9 () ".

7. L'OFII a la possibilité de refuser le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, après examen de sa situation particulière et par une décision motivée, à la personne qui a refusé le lieu d'hébergement proposé ou la région d'orientation. Il lui est également possible, dans les mêmes conditions et après avoir mis, sauf impossibilité, l'intéressée en mesure de présenter ses observations, de suspendre le bénéfice de ces conditions lorsque le demandeur ou la demanderesse a quitté le lieu d'hébergement proposé ou la région d'orientation ou n'a pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment de se rendre aux entretiens, de se présenter aux autorités et de fournir les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes.

8. Il ressort des pièces du dossier que, par un courrier remis en main propre le

30 septembre 2021, l'OFII a adressé à Mme D une notification à se présenter à un hébergement pour demandeur d'asile et que l'intéressée a refusé cette orientation. Dès lors, l'OFII était fondé à mettre fin aux conditions matérielles d'accueil de Mme D et le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.

9. En dernier lieu, il ressort des pièces du dossier que Mme D a indiqué être enceinte de trois mois le 2 juillet 2021 et que le médecin coordonnateur de zone de l'OFII a évalué son degré de vulnérabilité à 1, sans caractère d'urgence, en préconisant un lieu d'hébergement à proximité d'un centre hospitalier. Par les pièces qu'elle produit, Mme D n'établit pas que la proposition d'hébergement à Bordeaux, qui nécessitait un changement de lieu de suivi de sa grossesse, était incompatible avec son état de santé. Par suite, elle n'est pas fondée à soutenir que la décision, qui tient compte de sa vulnérabilité, est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme D doivent être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte et celles présentées au titre des frais de l'instance doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B D, à Me Guilbaud et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 20 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Rimeu, présidente,

M. Jégard, premier conseiller,

Mme El Mouats-Saint-Dizier, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 décembre 2024.

La rapporteure,

M. E

SAINT-DIZIER

La présidente,

S. RIMEULa greffière,

A. GOUDOU

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun

contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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