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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2112830

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2112830

vendredi 10 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2112830
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantBOEZEC CARON BOUCHE AVOCATS ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 16 novembre 2021 et le 4 janvier 2023, M. E A, représenté par Me Boezec, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 19 octobre 2021 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de lui délivrer un titre de séjour, a abrogé l'attestation de prolongation d'instruction qui lui avait été délivrée, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office à l'expiration de ce délai ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification de ce jugement ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :

- elle n'a pas été signée par une autorité compétente ;

- elle n'est pas suffisamment motivée ;

- le préfet n'a pas procédé à l'examen particulier de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant au caractère sérieux de ses études ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle n'a pas été signée par une autorité compétente ;

- elle n'est pas suffisamment motivée ;

- le préfet n'a pas procédé à l'examen particulier de sa situation personnelle ;

- l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour prive de base légale la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant de la décision portant abrogation de l'attestation de prolongation d'instruction :

- l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français prive de base légale la décision portant abrogation de l'attestation de prolongation d'instruction ;

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français prive de base légale la décision fixant le pays de destination.

Par un mémoire en défense enregistré le 20 décembre 2022, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et son décret d'application n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Rosemberg, première conseillère ;

- et les observations de Me Jadeau, substituant Me Boezec, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. E A, ressortissant vietnamien né le 27 novembre 1998, est entré en France le 29 janvier 2018 sous couvert d'un visa de long séjour portant la mention " étudiant " valable jusqu'au 24 août 2018. Il a obtenu la délivrance d'une carte de séjour pluriannuelle en qualité d'étudiant, valable jusqu'au 24 août 2021. Il a sollicité le renouvellement de son titre de séjour en qualité d'étudiant et a obtenu, dans le cadre de l'instruction de sa demande, une attestation de prolongation d'instruction l'autorisant à séjourner sur le territoire jusqu'au 3 janvier 2022. Par un arrêté du 19 octobre 2021, le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de lui délivrer un titre de séjour, a abrogé l'attestation de prolongation d'instruction qui lui avait été délivrée, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office à l'expiration de ce délai. Par sa requête, M. A demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne le moyen commun aux décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français :

2. L'arrêté attaqué a été signé par M. F B, adjoint à la directrice des migrations et de l'intégration de la préfecture de la Loire-Atlantique. Par un arrêté du 31 août 2021 publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet lui a donné délégation à l'effet de signer notamment les décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français en cas d'absence ou d'empêchement de Mme C, directrice de migrations et de l'intégration, dont il n'est pas allégué qu'elle n'était pas effectivement absente ou empêchée à la date de l'arrêté litigieux. Ainsi le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur des décisions attaquées manque en fait et doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

3. En premier lieu, la décision attaquée vise les stipulations conventionnelles et les articles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont elle fait application. Elle mentionne en outre les circonstances de fait propres à la situation personnelle de M. A relatives, notamment, aux études poursuivies sur le territoire par l'intéressé prises en compte par le préfet pour refuser de renouveler son titre de séjour en qualité d'étudiant. Par suite, cette décision est suffisamment motivée tant en droit qu'en fait.

4. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier, notamment des termes mêmes de la décision litigieuse, que le préfet a procédé à l'examen particulier de la situation personnelle de M. A avant de lui refuser la délivrance d'un titre de séjour, le requérant ne justifiant pas, en tout état de cause, qu'il aurait porté à sa connaissance, avant l'intervention de cette décision, des éléments complémentaires sur sa situation familiale et personnelle sur le territoire qui n'auraient pas, à tort, été pris en compte, tels que sa relation avec Mme D, ressortissante française avec laquelle il envisageait de conclure un pacte civil de solidarité (Pacs).

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an. () ". Aux termes de l'article L. 433-4 du même code : " () / L'étranger bénéficie, à sa demande, du renouvellement de cette carte de séjour pluriannuelle s'il continue de remplir les conditions de délivrance de la carte de séjour temporaire dont il été précédemment titulaire. ".

6. Il ressort des pièces du dossier qu'au titre des années 2018/2019, 2019/2020 et 2020/2021, M. A était inscrit en première année de licence de mathématiques, informatique, physique à l'université de Nantes et qu'il n'a pas validé cette année d'études malgré ses deux redoublements. A la date de la décision attaquée, l'intéressé était de nouveau inscrit en première année de licence de mathématiques, informatique, physique pour la quatrième année consécutive. Si M. A entend se prévaloir de son assiduité, malgré l'emploi qu'il occupe par ailleurs au sein d'un commerce d'alimentation, ainsi que de la progression de ses résultats depuis sa première année d'études, il ne justifie pas, ainsi, d'une progression dans ses études sur la période de trois années prise en compte, la circonstance qu'il a été admis à intégrer la deuxième année de licence à l'issue de l'année 2021/2022, soit postérieurement à la décision attaquée, n'étant pas de nature à justifier d'une telle progression à cette date. Dans ces conditions, le requérant ne peut être regardé comme établissant le caractère réel et sérieux de ses études à la date de la décision attaquée. Il n'est pas fondé, par suite, à soutenir qu'il remplissait les conditions pour obtenir la délivrance d'un titre de séjour en qualité d'étudiant, ni que la décision attaquée méconnaîtrait les dispositions précitées des articles L. 422-1 et L. 433-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

7. En quatrième et dernier lieu, si M. A invoque son droit au respect de sa vie privée et familiale garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, un tel moyen est inopérant à l'encontre du refus de renouvellement de titre de séjour en qualité d'étudiant attaqué, qui résulte seulement de l'appréciation par l'administration de la réalité et du sérieux des études poursuivies.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

8. En premier lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () / 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents () ". Aux termes de l'article L. 613-1 du même code : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. () ".

9. Ainsi qu'il a été dit précédemment, le refus de titre de séjour opposé à

M. A est suffisamment motivé. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'obligation de quitter le territoire français, prise sur le fondement des dispositions du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, doit être écarté.

10. En deuxième lieu, il résulte de ce qui vient d'être dit que l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour n'est pas établie. Par suite, le moyen tiré de cette illégalité, invoqué par M. A à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français, ne peut qu'être écarté.

11. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier, notamment des termes mêmes de la décision litigieuse, que le préfet a procédé à l'examen particulier de la situation personnelle de M. A avant de prendre la décision litigieuse, l'intéressé n'établissant pas qu'il aurait informé le préfet, avant l'intervention de cette décision, de sa relation avec Mme D, ressortissante française.

12. En quatrième et dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale. () ".

13. M. A, qui résidait en France dans le cadre de ses études depuis environ trois ans et demi à la date de la décision attaquée, entend se prévaloir de sa relation avec Mme D, ressortissante française avec laquelle il envisageait de conclure un Pacs. Toutefois, cette relation, née environ six mois avant l'intervention de la décision attaquée, était encore particulièrement récente à la date de cette décision, la communauté de vie entre les intéressés étant d'ailleurs intervenue postérieurement à cette date. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée porterait une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne la décision portant abrogation de l'attestation de prolongation d'instruction :

14. Il résulte de ce qui a été dit précédemment que l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français n'est pas établie. Par suite, le moyen tiré de cette illégalité, invoqué par M. A à l'encontre de la décision portant abrogation de l'attestation de prolongation d'instruction, doit être écarté.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

15. Il résulte de ce qui a été dit précédemment que l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français n'est pas établie. Par suite, le moyen tiré de cette illégalité, invoqué par M. A à l'encontre de la décision fixant le pays de destination, doit être écarté.

16. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du préfet de la Loire-Atlantique du 19 octobre 2021 doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

17. Le présent jugement, qui rejette les conclusions aux fins d'annulation de M. A, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction présentées par M. A doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

18. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par M. A au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E A et au préfet de la Loire-Atlantique.

Délibéré après l'audience du 20 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

M. Livenais, président,

Mme Rosemberg, première conseillère,

M. Huin, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 10 février 2023.

La rapporteure,

V. ROSEMBERG

Le président,

Y. LIVENAIS

Le greffier,

E. LE LUDEC

La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique, en ce qui le concerne ou à tous commissaire de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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