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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2112867

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2112867

mardi 1 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2112867
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantSEGUIN & KONRAT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 17 novembre 2021, M. A B et Mme F G, agissant tant en leur nom personnel qu'au nom de leurs enfants mineurs, C B D, E B D et H B D, représentés par Me Seguin, demandent au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 27 septembre 2021 par laquelle la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a mis fin au bénéfice des conditions matérielles d'accueil accordées aux demandeurs d'asile ;

2°) d'enjoindre à l'OFII de rétablir à leur bénéfice les conditions matérielles d'accueil dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'OFII la somme de 1 200 euros au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la décision attaquée est entachée d'une erreur de fait et d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors, d'une part, que l'OFII n'établit pas qu'ils auraient obtenu des autorités italiennes une protection internationale et, d'autre part, qu'ils n'ont pas cherché à dissimuler une information dont ils n'avaient pas connaissance ;

- elle méconnaît l'intérêt supérieur de leurs enfants garanti par les stipulations du premier paragraphe de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense enregistré le 5 avril 2024, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 7 décembre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Barès a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, Mme G et leurs trois enfants mineurs, C, E et H B D, ressortissants soudanais, sont entrés en France le 20 juin 2021 et ont déposé une demande d'asile à la préfecture de la Loire-Atlantique, enregistrée le 2 juillet 2021. M. B et Mme G ont accepté à cette date, pour eux-mêmes et leurs enfants, les conditions matérielles d'accueil qui leur ont été proposées par l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII). Par une décision du 27 septembre 2021, dont M. B et Mme G demandent l'annulation au tribunal, la directrice territoriale de l'OFII a mis fin à leurs conditions matérielles d'accueil au motif que les intéressés avaient dissimulé avoir déjà obtenu la protection internationale en Italie.

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Il peut être mis fin, partiellement ou totalement, aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficie le demandeur dans les cas suivants : () / 3° Il ne respecte pas les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes ; () ".

3. Pour mettre fin aux conditions matérielles d'accueil de M. B et Mme G, la directrice territoriale de l'OFII s'est fondée, à l'issue d'une procédure contradictoire, sur la circonstance qu'ils avaient dissimulé avoir obtenu la protection internationale en Italie, en méconnaissance des obligations auxquelles ils avaient pourtant consenti lors de leur acceptation de l'offre de prise en charge de l'OFII. Si les requérants soutiennent qu'ils n'avaient pas connaissance de la décision des autorités italiennes et se prévalent de leur bonne foi, il ressort toutefois des pièces du dossier que M. B a déclaré lors de son entretien de demande d'asile n'avoir pas déposé de demande d'asile en Italie. Dans ces conditions et alors qu'il leur appartenait d'informer l'OFII de l'existence et de l'issue de leur demande d'asile déposée auprès des autorités italiennes, les requérants ne justifient pas du caractère involontaire de la dissimulation d'information qui leur est reprochée. Par suite, M. B et Mme G ne sont pas fondés à soutenir que la décision attaquée est entachée d'une erreur de fait ou d'une erreur d'appréciation.

4. En second lieu, aux termes du premier paragraphe de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

5. En se bornant à produire la fiche d'évaluation de vulnérabilité établie par l'OFII, laquelle révèle au demeurant qu'ils étaient hébergés avec leurs enfants, et alors qu'il n'est pas soutenu qu'il aurait été mis un terme à leur hébergement dès la notification du courrier de la directrice territoriale de l'OFII, les requérants n'établissent pas que la décision attaquée porterait atteinte à l'intérêt supérieur de leurs enfants. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées doit être écarté.

6. Il résulte de ce qui précède que M. B et Mme G ne sont pas fondés à demander l'annulation de la décision qu'ils contestent. Par voie de conséquence, leurs conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. B et de Mme G est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Mme F G, à Me Seguin et à l'Office français de l'immigration de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 10 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Cantié, président,

M. Barès, premier conseiller,

M. Delohen, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 1er octobre 2024.

Le rapporteur,

M. BARÈSLe président,

C. CANTIÉ

La greffière,

C. DUMONTEIL

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière

C. DUMONTEIL

No 2112867

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