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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2112976

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2112976

mercredi 19 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2112976
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationMagistrat : M. CATROUX - R. 222-13
Avocat requérantSCP ARTAUD BELFIORE CASTILLON GREBILLE-ROMAND

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 19 novembre 2021et le 24 mars 2022, M. B A, représenté par Me Grebille-Romand, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 24 septembre 2021 par laquelle le ministre de l'intérieur et des outre-mer a retiré un point de son permis de conduire à la suite de l'infraction au code de la route commise le 1er décembre 2020 ainsi que la décision implicite de rejet de son recours gracieux contre cette décision ;

2°) d'annuler les autres décisions de retrait de points prises par le ministre de l'intérieur et des outre-mer à son encontre ;

3°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de lui restituer les points qu'il conteste, dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la réalité des infractions ayant donné lieu aux retraits de points n'est pas établie ;

- l'administration n'apporte pas la preuve de la délivrance, pour l'ensemble des infractions qui lui sont reprochées, de l'information préalable prévue par les dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route.

Par un mémoire en défense enregistré le 22 mars 2022, le ministre de l'intérieur et des outre-mer et des outre-mer conclut au non-lieu à statuer s'agissant des conclusions à fin d'annulation des décisions de retrait de points consécutives aux infractions des 6 novembre 2010, 6 octobre 2019 et 24 septembre 2021 ainsi qu'au rejet du surplus des conclusions de la requête.

Il fait valoir que :

- il résulte de l'instruction compte tenu du relevé d'information intégral édité au 17 mars 2022 que les mentions afférentes à l'infraction commise le 24 septembre 2021 ont été supprimées et que cette dernière n'entraîne donc plus de retrait de points ;

- les points retirés consécutivement aux infractions relevées les 6 novembre 2010 et 6 octobre 2019 ont été restitués au requérant les 26 janvier 2021 et 4 août 2020, de telle sorte que les conclusions dirigées contre la décision 48M en date du 24 septembre 2021 et les retraits de points correspondant aux infractions commises les 6 novembre 2010 et 6 octobre 2019 sont sans objet ;

- les autres moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la route ;

- le code de procédure pénale ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Catroux, premier conseiller, pour statuer sur les litiges visés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de M. Catroux a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Par une décision référencée " 48 M " du 24 septembre 2021, le ministre de l'intérieur et des outre-mer a retiré un point du permis de conduire de M. A à la suite de l'infraction au code de la route commise le 1er décembre 2020. Ce dernier a formé le 4 octobre 2021 un recours gracieux contre cette décision ainsi que toutes les décisions de retrait de points de son permis de conduire. M. A demande au tribunal l'annulation de la décision du 24 septembre 2021. Il doit être regardé, compte tenu des restitutions de points acquises, comme demandant aussi l'annulation de toutes les décisions entraînant encore actuellement des retraits de points de son permis de conduire, à savoir les décisions de retrait de points à la suite des infractions au code de la route commises les 21 et 22 janvier 2021, 4 février 2021, 19 novembre 2020, 3 novembre 2016 et 4 septembre 2015, 20 mars 2021, 17 mai 2015 et 18 mai 2014.

Sur l'exception de non-lieu opposée par le ministre sur les conclusions à fin d'annulation de la décision " 48 M " du 24 septembre 2021 :

2. Contrairement à ce que soutient le ministre de l'intérieur et des outre-mer, il résulte du relevé intégral des informations relatives au permis de conduire de M. A enregistrées dans le système national automatisé des permis de conduire prévu par les articles L. 225-1 du code de la route, que la mention de la décision de retrait d'un points prise à la suite de l'infraction commise le 1er décembre 2020 y figure toujours. Il y a donc lieu de statuer sur les conclusions à fin d'annulation de cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen tiré de ce que la réalité des infractions ne serait pas établie :

3. Aux termes de l'article L. 223-1 du code de la route, alinéa 4 : " La réalité d'une infraction entraînant retrait de points est établie par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, l'exécution d'une composition pénale ou par une condamnation définitive. "

4. Il résulte des dispositions des articles L. 223-1 et L. 225-1 du code de la route, combinées avec celles des articles 529 et suivants du code de procédure pénale et du premier alinéa de l'article 530 du même code, que le mode d'enregistrement et de contrôle des informations relatives aux infractions au code de la route conduit à estimer que la réalité de l'infraction est établie dans les conditions prévues à l'article L. 223-1 de ce code dès lors qu'est inscrite, dans le système national des permis de conduire, la mention du paiement de l'amende forfaitaire ou de l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, sauf si l'intéressé justifie avoir présenté une requête en exonération dans les quarante-cinq jours de la constatation de l'infraction ou de l'envoi de l'avis de contravention ou avoir formé, dans le délai prévu à l'article 530 du code de procédure pénale, une réclamation ayant entraîné l'annulation du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée.

5. S'agissant de l'ensemble des infractions en litige, le relevé d'information intégral du requérant mentionne que les infractions ont donné lieu au paiement d'amende forfaitaire, à l'émissions des titres exécutoires des amendes forfaitaires majorées ou, pour l'infraction du 20 mars 2021 à une condamnation pénale devenue définitive. Le requérant n'établit pas avoir présenté des réclamations ayant entraîné l'annulation des titres exécutoires en cause. Il s'en suit qu'il n'est pas fondé à soutenir que la réalité des infractions n'est pas établie.

En ce qui concerne le moyen tiré du défaut d'information préalable :

6. La délivrance au titulaire du permis de conduire à l'encontre duquel est relevée une infraction donnant lieu à retrait de points de l'information prévue aux articles L. 223-3 et R. 223- 3 du code de la route constitue une garantie essentielle donnée à l'auteur de l'infraction pour lui permettre, avant d'en reconnaître la réalité par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'exécution d'une composition pénale, d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis et éventuellement d'en contester la réalité devant le juge pénal. Son accomplissement conditionne dès lors la régularité de la procédure au terme de laquelle le retrait de points est décidé. Cette information doit porter, d'une part, sur l'existence d'un traitement automatisé des points et la possibilité d'exercer le droit d'accès et, d'autre part, sur le fait que le paiement de l'amende établit la réalité de l'infraction dont la qualification est précisée et entraîne un retrait de points correspondant à cette infraction. Ni l'article L. 223-3, ni l'article R. 223-3 du code de la route n'exigent que le conducteur soit informé du nombre exact de points susceptibles de lui être retirés, dès lors que la qualification de l'infraction qui lui est reprochée est dûment portée à sa connaissance.

S'agissant des infractions des 21 et 22 janvier 2021 :

7. Lorsqu'il est établi que le titulaire du permis de conduire a payé l'amende forfaitaire prévue à l'article 529 du code de procédure pénale au titre d'une infraction constatée par radar automatique, il découle de cette seule constatation qu'il a nécessairement reçu l'avis de contravention. Eu égard aux mentions dont cet avis doit être revêtu, la même constatation conduit également à regarder comme établi que l'administration s'est acquittée envers lui de son obligation de lui délivrer, préalablement au paiement de l'amende, les informations requises, à moins que l'intéressé, à qui il appartient à cette fin de produire l'avis qu'il a nécessairement reçu, ne démontre avoir été destinataire d'un avis inexact ou incomplet.

8. L'intéressé, qui s'est acquitté des amendes forfaitaires, comme cela résulte des mentions figurant au système national des permis de conduire, doit ainsi être regardé comme ayant nécessairement reçu les avis de contravention se rapportant aux infractions en cause qui ont été constatées par radar automatique. Par ailleurs, M. A n'apporte aucun élément de nature à établir qu'il aurait été destinataire d'avis de contravention inexacts ou incomplets. Dans ces conditions, le ministre doit être regardé comme établissant la preuve de délivrance de l'information préalable prévue aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route.

S'agissant des infractions des 4 février 2021, 19 novembre 2020, 3 novembre 2016 et 4 septembre 2015 :

9. Le titulaire d'un permis de conduire à l'encontre duquel une infraction au code de la route est relevée au moyen d'un appareil électronique sécurisé et dont il est établi, notamment par la mention qui en est faite au système national des permis de conduire, qu'il a payé, à une date postérieure à celle de l'infraction, l'amende forfaitaire correspondant à celle-ci, a nécessairement reçu l'avis de contravention. Eu égard aux mentions dont cet avis est réputé être revêtu, l'administration doit être regardée comme s'étant acquittée envers le titulaire du permis de son obligation de lui délivrer les informations requises préalablement au paiement de l'amende, à moins que l'intéressé, à qui il appartient à cette fin de produire l'avis qu'il a nécessairement reçu, ne démontre s'être vu remettre un avis inexact ou incomplet.

10. L'intéressé, qui s'est acquitté des amendes forfaitaires, comme cela résulte des mentions figurant au système national des permis de conduire, doit ainsi être regardé comme ayant nécessairement reçu les avis de contravention se rapportant aux infractions en cause. Par ailleurs, M. A n'apporte aucun élément de nature à établir qu'il aurait été destinataire d'avis de contravention inexacts ou incomplets. Dans ces conditions, le ministre doit être regardé comme établissant la preuve de délivrance de l'information préalable prévue aux articles L. 223- 3 et R. 223-3 du code de la route.

S'agissant de l'infraction du 20 mars 2021 :

11. Depuis une mise à jour logicielle effectuée le 15 avril 2015, tous les appareils électroniques utilisés par les agents verbalisateurs font apparaître sur la page présentée au contrevenant, en cas d'infraction entraînant retrait de points, l'ensemble des informations exigées par la loi. Dès lors, pour les infractions constatées à compter de cette date, la signature apposée par l'intéressé et conservée par voie électronique établit que ces informations lui ont été délivrées. La mention certifiée par l'agent selon laquelle le contrevenant a refusé d'apposer sa signature sur la page qui lui était présentée possède la même valeur probante.

12. Au cas présent, l'infraction commise par M. A a été constatée par un procès-verbal dressé avec un appareil électronique sécurisé. Si l'intéressé n'a pas signé le procès-verbal en raison des règles sanitaires alors en vigueur, il résulte de l'historique des documents reçus par l'officier du ministre public, produit par le ministre, que l'intéressé a formé une requête en exonération. Cet élément démontre qu'il a nécessairement pris connaissance des informations prévues aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Par suite, à le supposer même opérant, dès lors que l'infraction a donné lieu à une condamnation pénale définitive, le moyen tiré de l'absence de ces informations doit être écarté.

S'agissant de l'infraction des infractions des 17 mai 2015, 18 mai 2014 et 1er décembre 2020 :

13. Ces infractions ont donné lieu à l'émission d'amendes forfaitaires majorées. Il n'est pas établi, notamment par le paiement de ces amendes, que l'intéressé ait reçu les avis de contravention correspondants.

14. Toutefois, la seule circonstance que l'intéressé n'a pas été informé, lors de la constatation d'une infraction, de l'existence d'un traitement automatisé des points et de la possibilité d'y accéder n'entache pas d'illégalité la décision de retrait de points correspondante s'il ressort des pièces du dossier que ces éléments ont été portés à sa connaissance à l'occasion d'infractions antérieures suffisamment récentes.

15. Or, ainsi que le fait valoir le ministre, le requérant s'était vu délivrer l'information prévue par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, à l'occasion de l'infraction du 18 janvier 2014, également un excès de vitesse de moins de 20 km/h constaté par radar automatique, et pour laquelle il avait réglé l'amende forfaitaire. Ce règlement établit la délivrance de l'information, alors qu'il n'est pas démontré que l'intéressé, à qui il appartient à cette fin de produire l'avis qu'il a nécessairement reçu, que l'avis alors reçu était inexact ou incomplet. dans les circonstances de l'espèce, M. A n'a pas été privé de la garantie tenant à la délivrance de l'information prévue par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, à l'occasion des infractions des 17 mai 2015 et 18 mai 2014.

16. De même, eu égard à ce qui a été dit aux points 9 et 10, il est établi que l'intéressé s'était vu délivrer l'information requise à l'occasion de l'infraction du 19 novembre 2020. Dans ces circonstances, il n'a pas été privé de la garantie tenant à la délivrance des informations en cause, à la suite de l'infraction du 1er décembre 2020, également un excès de vitesse de moins de 20 km/h constaté par radar automatique.

17. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. A à fin d'annulation doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, de ses conclusions à fin d'injonction et de celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 juin 2024.

Le magistrat désigné,

X. CATROUX

La greffière,

V. MALINGRELa République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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